JOHANNESBURG, 27 mars (IPS) – Si on laissait faire Suresh Babu, il soutiendrait le petit agriculteur pour régler les problèmes de faim et de pauvreté affligeant l'Afrique.
Babu croit fortement qu'en augmentant la production des petits agriculteurs, on accroîtrait leurs revenus et la sécurité alimentaire, réduirait les prix des vivres, stimulerait l'économie en général et réduirait la pauvreté en Afrique.
"La recherche a montré qu'une augmentation d'un pour cent de la production alimentaire peut aider six millions de personnes (en Afrique) à faire accroître leurs revenus au-dessus d'un dollar US par jour. A ce taux, une stratégie de croissance conduite par un petit cultivateur pourrait donner lieu à d'énormes réductions de la pauvreté rurale en Afrique en l'intervalle de deux décennies", affirme Babu.
Quatre-vingt pour cent de tous les Africains vivent avec un revenu journalier de moins de deux dollars US; presque la moitié se bat pour survivre avec moins d'un dollar US ou moins par jour. Un pourcentage incroyable – un tiers de la population – autour de 600 millions – est mal-nourri, selon le groupe d'experts basé à Washington, Institut international de recherche sur la politique alimentaire (IFPRI), qui fournit l'information sur l'agriculture.
Babu, chercheur à l'IFPRI, a emmené sa campagne – de Johannesburg – à Gaborone, au Botswana, où les 14 nations membres de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) se réunissent cette semaine pour étudier les voies et moyens d'améliorer la sécurité alimentaire dans la sous-région.
"Nous nous attendons à ce que des fonctionnaires et des ministres prennent part à cette conférence", affirme-t-il.
Pendant son séjour à Gaborone, Babu va lancer un appel aux décideurs politiques pour qu'ils aident les femmes à améliorer les rendements agricoles dans la sous-région. Apporter un soutien durable aux femmes agricultrices est critique pour une stratégie de développement conduit par un petit agriculteur. Les femmes fournissent plus de 70 pour cent de la main-d'œuvre agricole en Afrique subsaharienne, et elles sont les principales dispensatrices de soins et de nutrition dans la famille, selon un document de politique de l'IFPRI, mis à la disposition de IPS cette semaine.
"Lorsque les femmes acquièrent les mêmes niveaux d'éducation, d'expérience, et d'intrants agricoles que les hommes, elles font des rendements nettement plus élevés.
"Pour cette raison, l'extension agricole et les technologies culturales doivent cibler les femmes – non pas seulement avec des intrants, des technologies, et des services, mais également avec les droits, y compris le titre légal à posséder la terre", indique le document.
Babu va également exhorter les décideurs politiques à développer des technologies qui accroissent la productivité et la rentabilité des travailleurs (comme les charrues légères que les femmes comme les jeunes peuvent utiliser), qui sont particulièrement importantes en Afrique australe, où plusieurs familles ont perdu leurs hommes à cause du SIDA.
Dans sept pays, tous dans le cône sud de l'Afrique, plus d'un adulte sur cinq est séropositif, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
En Afrique, où la pandémie est actuellement la plus sérieuse, le SIDA est apparu avec, comme toile de fond l'extrême pauvreté, la faim, la guerre et l'infrastructure inadéquate.
Babu va également persuader les décideurs politiques d'aider les petits fermiers à avoir accès au marché. "L'investissement dans l'infrastructure, notamment les routes, offre une voie critique au développement agricole.
Sans les routes, les agriculteurs ne peuvent pas se procurer les engrais et d'autres intrants à des prix abordables. Pis encore, ils ne peuvent pas amener leurs produits au marché. Même si les agriculteurs réussissent à avoir des augmentations significatives de rendements, les pays peuvent toujours être confrontés à la famine si les vivres ne peuvent pas être effectivement transportés des zones de surplus vers des zones de déficit, ou stockés pour des temps de crise", souligne Babu.
L'année dernière, l'Afrique australe a été dévastée par la sécheresse, les inondations, et la guerre civile, précipitant de graves pénuries alimentaires qui menacent près de 14 millions de personnes de famine.
Parmi les pays les plus durement touchés en Afrique australe, figurent le Zimbabwe, le Malawi, la Zambie, le Mozambique, le Lesotho, le Swaziland et l'Angola.
D'ici à la fin de 2003, près de 35 millions de personnes en Afrique auront besoin d'aide alimentaire, selon l'Agence américaine de développement international (USAID).
Apporter l'aide alimentaire d'urgence à des millions de personnes en proie à la famine est critique, mais pour que les crises alimentaires mortelles soient un souvenir du passé, les décideurs politiques doivent s'attaquer aux causes sous-jacentes de la famine – pauvreté chronique, malnutrition répandue et maladie, et faible productivité agricole, estime Babu.
L'USAID indique qu'elle travaille actuellement avec ses partenaires, comme le Programme alimentaire mondial (PAM), pour fournir près de 2,75 millions de tonnes métriques de vivres afin d'aider à faire face aux besoins des personnes souffrant de famine en Afrique.
L'agence américaine ajoute qu'elle travaille également avec des gouvernements pour s'attaquer aux problèmes structurels à plus long-terme, et à cette fin, est en train de lancer, cette année, quatre nouvelles initiatives spéciales en Afrique dans le domaine de l'agriculture, du commerce, de l'éducation et de la bonne gouvernance. Chacune d'elle contribuera à l'accroissement de la productivité agricole, qui est fondamentale pour les efforts de l'Afrique dans la réduction de la grande pauvreté.
L'agriculture est la base de la plupart des économies africaines, supportant plus de 70 pour cent de la population et contribuant pour 30 pour cent en moyenne au Produit intérieur brut (PIB).
Sur les 4,5 milliards de personnes vivant dans le monde en développement, 1,4 milliard – la majorité d'entre elles en Afrique – sont encore confrontées aux ravages de la pauvreté quotidiennement. Près de 800 millions sont dans une situation alimentaire précaire tandis que 160 millions d'enfants de moins de cinq ans sont mal-nourris, affirme l'IFPRI.
L'accroissement de la productivité agricole dans les pays en développement, autrefois rapide, connaît maintenant un ralentissement. D'ici à 2020, il y aura 1,5 milliard supplémentaires de personnes sur la planète, ce qui mettra encore plus de pression sur des ressources limitées, selon l'IFPRI.

