POLITIQUE-SIERRA LEONE: Des troupes britanniques arrivent pour renforcer lasécurité

FREETOWN, 25 fév (IPS) – Un contingent de 300 soldats de l'infanterie royale britannique Gurkha est arrivé à Freetown, la capitale sierra léonaise, pour renforcer la sécurité, que plusieurs croient être actuellement en danger.

"Ce déploiement démontrera à tous, l'engagement du gouvernement britannique à appuyer le processus de paix en Sierra Leone et notre capacité à conduire de tels déploiements rapidement", affirme Adrian Freer, commandant de l'Equipe consultative militaire et de formation internationale dirigée par la Grande-Bretagne (IMATT).

Les Gurkhas sont arrivés vendredi et sont en train d'être déployés au centre de formation militaire de Benguema à l'est de Freetown. Certains seront déployés à travers le pays et le long de la frontière poreuse du pays avec le Libéria, a indiqué à IPS le commandant de l'IMATT.

Les Gurkhas britanniques arrivent à un moment où la situation sécuritaire reste instable, avec une attaque antérieure contre une garnison militaire par des hommes armés inconnus, la disparition mystérieuse de l'ancien chef de junte Johnny Paul Koroma, qui est accusé de complot pour déstabiliser l'Etat et les rumeurs d'une attaque pendante contre la capitale, par des forces dissidentes.

Le déploiement fait suite à un accord entre le gouvernement du président Ahmed Tejan Kabbah et le gouvernement britannique dans le but d'effectuer des exercices militaires conjoints et de former l'armée sierra léonaise dans l'utilisation de l'équipement, les manœuvres terrestres et la formation en appui logistique.

Ce n'est pas la première fois que les Gurkhas viennent en Sierra Leone. En 2001, ils y étaient pour aider à recycler l'armée nationale et un an plus tôt, avec des milliers de troupes britanniques régulières, ils ont aidé à consolider le gouvernement, qui était au bord de l'effondrement, après la tentative des rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) de le renverser.

"Nous nous réjouissons de cette nouvelle", a fait remarquer Amara Sesay, une victime amputée de la guerre. "Les troupes britanniques sont les véritables antidotes des rebelles".

Les forces spéciales britanniques ont délogé une milice rebelle notoire, connue sous le nom de 'Westside Boys', qui détenaient en otage plus d'une douzaine de soldats britanniques, en 2000.

Ils ont également aidé à stabiliser la situation sécuritaire fragile à l'époque.

Le ministre britannique de la Défense, Lord Bach, a déclaré que les troupes étaient envoyées en Sierra Léone pour soutenir l'ancienne colonie britannique face à une éventuelle guerre déstabilisatrice entre les rebelles et les troupes gouvernementales au Libéria voisin.

Durant le mois dernier, plus de 250 combattants libériens ont fait une incursion en Sierra Leone, provoquant davantage de panique chez les citoyens las de la guerre. Cela explique la crainte selon laquelle Koroma et certains de ses partisans seraient en train de planifier quelque chose de sinistre comme l'ont révélé les policiers qui ont arrêté et interrogé plus de 50 suspects.

La tension accrue fait suite à une attaque contre une garnison militaire à l'est de Freetown le mois dernier par des hommes armés inconnus. La sécurité a été maintenant renforcée dans plusieurs parties du pays en prévision d'une attaque imminente.

"Je ne fais pas confiance à nos forces de sécurité", indique Philippe Sandy, un fonctionnaire dans la capitale. "C'était ces mêmes personnes qui avaient commis des exactions sur la population, je préfère donc que les Britanniques s'occupent de notre sécurité".

L'armée sierra léonaise est en cours de restructuration, mais sa crédibilité est largement mise en doute par les citoyens à cause du rôle qu'elle a joué durant la guerre civile de 10 ans, qui a pris fin en 2001.

Plusieurs avaient changé de camps et aidé les forces rebelles.

Entre-temps, des éléments intellectuels dans la société mettent en doute le nouvel accord entre les deux parties, citant des expériences au Kenya où des forces militaires britanniques ont laissé derrière eux la mort et la destruction.

"Pourquoi ont-ils choisi la Sierra Léone et quelles garanties y a-t-il qu'ils ne vont pas finir par laisser des obus non explosés et des personnes mutilées", demande Francis Kamara, un analyste militaire, faisant référence aux bombes que les Britanniques ont laissées derrière dans le nord du Kenya, qui ont fait l'objet d'un procès l'année dernière.

De même, des responsables gouvernementaux, pas tout à fait à l'aise avec leurs propres forces armées, jubilent à l'arrivée des troupes Gurkhas. Mais on ne sait pas toujours si les troupes sont en Sierra Léone en prévision d'un désastre potentiel.