DROITS-MALI: Le statut faible des femmes les expose face au VIH/SIDA, selonune responsable de L'UNIFEM

BAMAKO, 5 déc. (IPS) – Une lutte efficace pour protéger les femmes contre le VIH/SIDA doit passer par une "amélioration de leur statut au sein de nos sociétés", selon Aminata Touré, du bureau régional du Fonds des Nations Unies pour le développement des femmes (UNIFEM) en Afrique de l'ouest.

"Aujourd'hui, tout le monde sait que les femmes sont économiquement dépendantes de leurs partenaires et, lorsque le partenaire a un comportement sexuel à risque, elles ne peuvent pas exiger de lui qu'il porte le préservatif. Elles ne peuvent pas refuser un rapport sexuel qu'elles savent même contaminant parce qu'elles dépendent économiquement de l'homme", a déclaré Touré, chargée de programme en droit, genre et VIH à l'UNIFEM.

Touré s'exprimait en prélude à une campagne médiatique en genre et VIH/SIDA au Mali, qui s'est déroulée en novembre. Le bureau régional de l'UNIFEM pour l'Afrique de l'ouest, basé à Dakar (Sénégal), couvre six pays : Sénégal, Côte D'Ivoire, Burkina Faso, Togo, Guinée-Bissau et Mali.

Cette campagne visait à mettre en évidence, au niveau des décideurs et de l'opinion publique, tous les facteurs de vulnérabilité qui font qu'aujourd'hui, la femme constitue le "segment le plus infecté" face à la pandémie du SIDA.

Selon les statistiques de l'ONUSIDA, sur 28,5 millions de personnes infectées en Afrique subsaharienne par le virus du SIDA, 55 pour cent sont des femmes. Dans la tranche d'âge de 20 à 30 ans, les femmes sont trois fois plus infectées que les hommes et, les adolescentes cinq fois plus que les adolescents.

Selon une récente enquête démographique et de santé (EDS 2001), le Mali compte 6.846 personnes infectées par le VIH/SIDA, soit un taux de prévalence de 1,7 pour cent. Sur ce nombre, 3.864 sont des femmes contre 2.971 hommes.

Et sur les 3.864 femmes, 662 sont des veuves du SIDA. Ces chiffres confirment qu'on assiste aujourd'hui à une "féminisation accrue du VIH/SIDA", souligne Touré.

Pour la secrétaire à l'information de l'Association féminine d'aide et de soutien aux veuves et orphelins du SIDA (AFAS), Rokiatou Dème Niang, le facteur principal de la vulnérabilité est la pauvreté : "La situation de dépendance économique fait que les femmes ne peuvent pas se soustraire à des rapports (sexuels) à risque vis-à-vis de leurs maris ou même de l'extérieur".

"La pauvreté n'explique pas tout", s'insurge Assa Diallo, chargée de programme au groupe Pivot/Santé, un collectif d'organisations non gouvernementales (ONG) nationales. Selon elle, le facteur social et culturel y est pour beaucoup : "Au sein du foyer, est-ce que la femme peut avoir le courage de refuser un rapport sexuel même si elle sait que son mari a des comportements à risque au dehors? Elle ne peut pas", répond-elle.

Tiémoko Traoré, vice-président du Réseau des communicateurs en santé, s'est interrogé sur le rôle des hommes dans cette campagne : "En quoi les hommes sont-ils concernés par cette campagne et que peuvent-ils faire en retour?" Selon la responsable de l'UNIFEM, ce programme s'intéresse à la fois aux femmes et aux hommes. Il s'adresse spécifiquement aux hommes parce qu'ils font partie du problème, dit Touré. "Il faut que les hommes aient désormais une attitude mieux vaillante vis-à-vis des femmes… Il faut aussi qu'ils comprennent que s'ils infectent leurs femmes et si la femme s'en va (meurt), c'est le foyer qui est détruit, voire la société", renchérit le Dr Aliou Sylla, directeur du Centre de soins, d'animation et de conseil pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA (CESAC). De l'avis de Touré de l'UNIFEM, la protection et l'amélioration de la condition de la femme passent par l'éducation : "Les filles qui sont instruites sont moins touchées par le virus du SIDA. On sait également que plus leur niveau d'éducation est élevé, plus elles ont un pouvoir économique assez consistant pour les mettre à l'abri de certaines situations à risque.

Par exemple, elles ne seront pas obligées de 'se vendre' pour manger…", plaide-t-elle.

Niang de l'AFAS estime que l'amélioration du statut de la femme passe aussi par la "formation et le soutien à des activités génératrices de revenus", ajoutant qu'il faut faire en sorte que "les femmes soient actrices de leur propre développement". La chargée de programme en droit, genre et VIH au bureau régional de l'UNIFEM, a fait également la promotion du préservatif féminin (le fémidon). Contrairement au préservatif masculin, ce produit est largement méconnu du public malien, et son coût annoncé est exorbitant, en moyenne 2.000 francs CFA (environ trois dollars US). "C'est plus que la dépense journalière pour survivre dans nos pays", s'indigne Dr Sylla.

"Au nom de toutes les femmes", Niang a lancé un "appel SOS pour la subvention de ce produit comme c'est le cas avec le préservatif masculin". Le fémidon n'est pas encore vendu au Mali. Le CESAC et l'Association malienne pour la promotion de la famille ont procédé à des tests auprès de certaines femmes. Pour Fanta Diallo, informaticienne, "il n'y a pas de confort avec ce préservatif. il fait trop de bruit pendant les rapports sexuels…" Rose Coulibaly, une prostituée, affirme qu'en plus du bruit, "son port pose problème : quand on est pressé, ce n'est pas facile".

Le Mali est un pays pauvre, avec une population de 10 millions d'habitants environ, dont 69 pour cent vivent sous le seuil de pauvreté.