DROITS-ZIMBABWE: La famine détériore la santé des personnes vivant avec le SIDA

HARARE, 7 déc. (IPS) – Une grave pénurie de vivres est en train de détériorer la santé des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Zimbabwe, ont averti des responsables de la santé.

Près de la moitié des 14,5 millions d'habitants du Zimbabwe ont besoin d'aide alimentaire d'urgence d'ici à mars 2003. Des rapports indiquent que certaines familles rurales ont déjà eu recours à la consommation de fruits sauvages, poussant le Programme alimentaire mondial (PAM) à lancer un appel aux donateurs pour prévenir la famine.

"Nous approchons justement de la période la plus critique de la crise, où 6,7 millions de Zimbabwéens auront besoin d'aide alimentaire et, jusqu'ici, le PAM n'a même pas obtenu les ressources pour atteindre l'objectif de trois millions de bénéficiaires ce mois, que nous nous étions fixé. C'est une situation extrêmement préoccupante et elle ne fera qu'empirer", a déclaré Kevin Farrell, représentant du PAM au Zimbabwe.

Le PAM est confronté à une pénurie de près de 200.000 tonnes d'ici à mars 2003.

De trois millions de personnes dans 35 districts en novembre, le PAM doit maintenant, selon ses plans, distribuer l'aide alimentaire à 5,8 millions de bénéficiaires dans 57 districts d'ici à janvier, en attendant des ressources suffisantes.

"Nous devrons travailler tous sans arrêt au cours des prochains mois si nous voulons éviter la faim à des millions de personnes au Zimbabwe. Le gouvernement, les agences humanitaires et la communauté internationale doivent faire tout possible pour accroître la quantité de vivres entrant dans le pays, autrement la souffrance que nous voyons déjà ne fera que s'étendre et s'aggraver davantage" a averti Farrell.

Les niveaux de malnutrition se s'aggravent, tandis que des cas de maladies liées à la faim se font plus fréquents.

L'ONUSIDA indique qu'elle oeuvre pour accroître la quantité et la qualité de vivres distribués aux personnes vivant avec le VIH/SIDA.

"Ayant réalisé combien le SIDA et l'alimentation sont interconnectés, nous nous battons pour accroître la quantité des rations des ménages tout en augmentant la teneur des repas à base de maïs en vitamines et autres minéraux", a déclaré Gael Lescornec de l'ONUSIDA cité par le journal zimbabwéen, 'Sunday Mirror' du 1er décembre.

Lors de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA, le directeur exécutif de l'ONUSIDA, Peter Piot, a dit que plus de sept millions d'ouvriers agricoles dans 25 pays africains étaient morts de SIDA depuis 1985.

Près de 15 millions de personnes au Lesotho, au Zimbabwe, au Mozambique, au Swaziland, au Malawi et en Zambie sont confrontées à la famine.

Selon World Vision, une organisation non gouvernementale (ONG), il y a une forte augmentation du nombre d'enfants relativement mal nourris à cause du VIH/SIDA dans certaines parties du sud zimbabwéen, où l'organisation distribue actuellement de l'aide alimentaire.

"Nous nous sommes rendu compte que la pénurie alimentaire s'aggrave de jour en jour", affirme Rudo Kwaramba, qui est en charge de World Vision au Zimbabwe.

Selon Kwaramba, l'insécurité alimentaire augmente davantage aussi bien les risques d'être exposé au VIH que la vulnérabilité du ménage à son impact croissant au fur et à mesure que la maladie progresse.

Pour une personne vivant avec le VIH/SIDA, ne pas avoir la nutrition appropriée pourrait être le meilleur moyen de mourir rapidement.

Un rapport récent de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) indique que le VIH/SIDA a frappé durement le secteur agricole du Zimbabwe, avec des familles touchées qui luttent pour produire assez de vivres pour survivre.

Un adulte sexuellement actif, sur quatre au Zimbabwe, vit avec le VIH/SIDA.

"La maladie n'est plus un problème de santé seul, mais a un impact sensible sur la production alimentaire, la sécurité alimentaire du ménage et la capacité des populations rurales à gagner leur vie", souligne le rapport de la FAO.

Le directeur adjoint du PAM dans le pays, Gawaher Atif, estime que la crise humanitaire au Zimbabwe s'est détériorée au point où "nous sommes au bord de la famine".

Le PAM a distribué plus de 80.000 tonnes métriques de vivres depuis mars 2002. Mais dans certains cas, lorsque les vivres arrivent, il y a des rumeurs très répandues selon lesquelles des partisans de l'opposition sont en train d'être privés de l'aide par le gouvernement.

Rejetant ces affirmations, le gouvernement dit qu'il distribue des vivres à tous ceux qui en ont besoin, indépendamment de leurs affiliations politiques.

Le gouvernement du président Robert Mugabe rend les pluies irrégulières responsables de la crise alimentaire malgré les affirmations croissantes selon lesquelles son programme de réforme agraire controversé a aggravé les problèmes causés par la sécheresse.

"Nous aimerions réagir vigoureusement contre le fait que le gouvernement zimbabwéen utilise notre aide et nos vivres pour exercer une pression économique et politique sur ses propres populations", a déclaré un porte-parole de l'Union européenne (UE) le mois dernier.

Récemment, un responsable américain a prévenu qu'il se pourrait que les Etats-Unis prennent des mesures "indiscrètes" pour s'assurer que l'aide alimentaire est correctement distribuée.

Seule la société d'Etat "Grain Marketing Board" est autorisée à distribuer des vivres sur l'ensemble du territoire, bien qu'elle manque de capacité à importer assez de céréales.

Des villageois interrogés par des contrôleurs locaux du PAM révèlent que plusieurs écoliers arrivent chaque jour en classes sans avoir mangé.

La vue d'élèves s'évanouissant est devenue courante. Des écoliers n'ont souvent que le thé sans sucre pour petit-déjeuner et des fruits sauvages pour déjeuner, à moins que leurs familles ne reçoivent de l'aide alimentaire.

Plusieurs enfants abandonnent complètement les classes à cause de la faim.

Un grand nombre d'élèves du cours secondaire sont en train de quitter l'école pour travailler comme ouvriers agricoles occasionnels dans l'espoir d'apporter un soutien à leurs familles. La plupart des familles pauvres prennent un repas par jour.

Selon le PAM, bien que le gouvernement ait accepté d'autoriser le PAM à distribuer la farine du maïs génétiquement modifié (GM), des problèmes sanitaires et sécuritaires sur l'importation et la distribution du maïs GM ont ralenti l'entrée de l'aide dont on a tant besoin.

"Le nombre de gens nécessiteux continue de monter en flèche et le PAM ne peut pas y faire face tout seul. Le déficit doit être comblé aussi bien par le gouvernement que par le PAM et les ONG. Seul un effort collectif peut espérer combattre cette crise", a ajouté Farrell.