JOHANNESBURG, 2 déc. (IPS) – L'Afrique du Sud devrait susciter de nouveau un débat pour savoir s'il faut ou non faire du VIH/SIDA une maladie à déclarer obligatoirement, croit la ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, à la lumière d'une étude sur la mortalité qui révèle l'ampleur macabre de la pandémie dans le pays. Le rapport, publié au début du mois dernier par Statistiques Afrique du Sud et le Comité médical de recherche (MRC), montre que le SIDA est maintenant la maladie la plus grande tueuse de jeunes filles et de femmes, âgées de moins de 40 ans. Toutefois, tous les secteurs et les dimensions genres de la population ont montré un accroissement de la mortalité due au VIH/SIDA. L'étude a examiné des mécanismes de décès au sein d'un échantillon représentatif de Sud-Africains dans la période 1997 à 2001.
Une précédente tentative du MRC seul, qui a révélé l'ampleur des décès dus au SIDA, a été tournée en dérision par le gouvernement au moment où le président Thabo Mbeki doutait encore du fléau.
A l'époque, le président affirmait que beaucoup plus de personnes décédaient par suite d'accidents de la route. Après le tollé que ses déclarations avaient provoqué, une nouvelle étude a été commandée et il est maintenant confirmé que l'opinion selon laquelle le VIH/SIDA et les maladies infectieuses qui y sont liées, comme la pneumonie et la tuberculose, sont les nouvelles et les plus importantes causes de décès.
La ministre de la Santé a fait ses commentaires sur la déclaration obligatoire ou non du SIDA parce que les statistiques peuvent toujours ne pas montrer tout le tableau. La recherche sur la mortalité est basée sur des certificats de décès et il existe plusieurs raisons qui font croire qu'ils peuvent ne pas révéler l'ampleur du VIH/SIDA dans une société où la honte est encore profondément enracinée.
"La considération que les praticiens accordent à l'assurance, et d'autres implications, en particulier parmi les soutiens de famille, peuvent déboucher sur la non-notification du VIH/SIDA", a indiqué la ministre. Les compagnies d'assurance ne couvrent pas le VIH/SIDA, excepté dans des cas très limités.
Mais toute tentative visant à faire du SIDA une maladie que l'on doit déclarer devra être négociée de manière très sensible à cause des "attitudes et de la honte", a-t-elle ajouté.
Alors que les années situées entre 1997 et 2001 montrent une baisse dans les causes "non naturelles et non-spécifiées" de décès (jusqu'alors, le secteur le plus important), la baisse a été compensée par une augmentation des décès dus à la grippe, à la pneumonie et au VIH.
La conclusion la plus choquante est que le SIDA est arrivé rapidement à occuper la première place en tant qu'une maladie mortelle qui tue des jeunes femmes, mais le rapport remarque également que le nombre de jeunes hommes succombant à la maladie a triplé dans la période étudiée.
Mais la maladie meurtrière suit une voie raciale. Des femmes noires ont 15 fois plus de chance de mourir du SIDA que des femmes blanches et 14 fois plus que des femmes indiennes. Le SIDA prend une teinte raciale en Afrique du Sud, en grande partie parce que les mécanismes de revenus sont encore très biaisés sur le plan de la race.
Le nombre de jeunes femmes mortes du SIDA est passé de trois pour cent de l'échantillon en 1997 à plus de 13 pour cent en 2001 – une augmentation de 53 pour cent.
Ces conclusions concordent avec un autre rapport publié la semaine dernière "Mise à jour sur l'épidémie du SIDA" de l'Organisation mondiale de la santé et de l'ONUSIDA, qui a révélé que les taux d'infection et de décès allaient probablement continuer d'augmenter jusqu'à la fin de la décennie avant d'atteindre leur apogée. Le rapport demande "une prévention, des efforts de traitement et de soins extrêmement étendus", un appel auquel le gouvernement sud-africain affirme prêter attention, depuis qu'il a tourné dos, le plus tôt en avril, au chemin du refus d'admission de la maladie, emprunté jadis par Mbeki.
Une étude annuelle a révélé que les taux d'infection parmi les jeunes femmes est en baisse, un facteur qui selon le porte-parole du département de la Santé Joanne Collinge, peut être le résultat d'un programme de prévention renforcé.
Tshabalala-Msimang a également dit que le gouvernement allait dépenser 3,3 milliards de Rands (330 millions de dollars US) sur la prévention et le traitement du VIH/SIDA au cours des trois prochaines années, une hausse budgétaire considérable.
Mais la ministre a souligné que l'étude des causes de décès doit être considérée comme un tout pour l'impression instantanée qu'elle donnait sur la santé de la population.
Le nombre élevé de personnes mortes de causes non naturelles et non spécifiées, masquait une société qui est dans un traumatisme profond. "Des causes non naturelles comme les blessures, les accidents de voiture, le suicide et la noyade constituent toujours les plus importantes causes sous-jacentes de décès parmi les jeunes hommes", a indiqué la ministre.
"Ces conclusions confirment également la nécessité d'intensifier les campagnes autour des problèmes de violence, d'alcool, d'abus, d'accidents de la route et de styles de vie malsains dans notre société", a-t-elle ajouté.

