SANTE: Le nombre de femmes victimes du VIH est égal à celui des hommes

LONDRES, 28 nov. (IPS) – Pour la première fois, près de la moitié du nombre de personnes vivant avec le VIH/SIDA sont des femmes, révèle le rapport annuel des Nations Unies sur le VIH/SIDA.

Cette "féminisation" du SIDA a été soutenue par l'épidémie du VIH/SIDA en Afrique subsaharienne où 60 pour cent de ceux qui en souffrent sont des femmes, a indiqué à la presse, Dr Peter Piot, directeur exécutif de l'ONUSIDA au lancement du rapport à Londres, mardi.

Le nombre total des personnes vivant avec le VIH/SIDA dans le monde entier est de 42 millions, dont 19,2 millions sont des femmes et 3,2 millions d'enfants âgés de moins de 15 ans, affirme la "Mise à jour 2002 sur l'épidémie du SIDA", publiée par le programme conjoint des Nations Unies (ONUSIDA) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le rapport a été publié en prélude à la Journée mondiale de lutte contre le SIDA, célébrée le 1er décembre.

L'impact de l'infection s'accroît et "s'étend très rapidement dans des zones où elle était connue auparavant", a déclaré Dr Piot. Quelques nouvelles zones qui enregistrent un nombre élevé de nouveaux cas sont l'Asie et l'Europe de l'est.

La propagation du VIH/SIDA alimente également une "famine qui s'étend et s'accroît de plus en plus en Afrique australe", souligne le rapport.

Selon le nouveau rapport, la famine africaine est un "exemple clair de la manière dont l'impact du VIH/SIDA va au-delà de des pertes en vies humaines et en coûts de soins de santé traditionnellement associés à la maladie".

Plus de 14 millions de personnes sont maintenant menacées de famine dans six Etats d'Afrique australe : le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, le Swaziland, la Zambie, le Zimbabwe, indique le rapport. Toutes ces six sociétés majoritairement agricoles se battent contre de sérieuses épidémies de SIDA, avec plus de cinq millions d'adultes vivant actuellement avec le VIH/SIDA dans ces pays, sur une population adulte totale de quelque 26 millions, selon le rapport.

"Nous pouvons voir maintenant que le SIDA n'est pas simplement une crise sanitaire mais une crise de développement, et il n'est nulle part aussi important qu'en Afrique australe", a déclaré le professeur Alan Whiteside de l'Université du Natal en Afrique du Sud, et spécialiste du SIDA, au lancement.

La relation entre le SIDA et une crise alimentaire commence maintenant à être comprise, a-t-il indiqué. "Ce ne sont pas seulement les pluies irrégulières qui sont à la base du problème", a-t-il poursuivi. "Des gens sont simplement trop malades pour sortir travailler dans les champs, même les bons jours", a-t-il affirmé. "Nous perdons des ouvriers agricoles, nous perdons les connaissances qui se transmettent de génération en génération, et nous perdons nos enfants qui restent sans instruction et sont abandonnés". Ces crises vont faire progresser le VIH/SIDA, a-t-il dit. La crise économique qui en a résulte ne fera qu'amener beaucoup plus de femmes dans des relations sexuelles non protégées, a-t-il ajouté.

Les décès liés au SIDA dans une concession agricole provoquent un effondrement du rendement agricole – souvent de près de 60 pour cent, souligne le rapport. Une étude de 2002 dans le centre du Malawi a montré que près de 70 pour cent des ménages interrogés avaient souffert des pertes en main-d'œuvre à cause de la maladie.

Le rapport indique que sept millions d'ouvriers agricoles dans 25 pays africains sont morts du SIDA depuis 1985. Rien qu'en 2001, le SIDA a tué à peu près 500.000 personnes dans les six pays essentiellement agricoles menacés de famine, dont la plupart étaient en parfaite condition pour produire. "La famine en Afrique australe a mis le monde face-à-face avec l'effet dévastateur et profond du SIDA", a dit Dr Piot. "Nous devons agir maintenant, sur une plus grande échelle que tout ce que nous avions fait auparavant, pas seulement pour assister ces nations déjà durement touchées, mais également pour arrêter la poussée explosive du SIDA dans les parties du monde où l'épidémie est apparue récemment".

Le rapport indique que dans les Républiques d'Asie centrale, il y avait de nouvelles infections estimées à 250.000, ce qui ramène le total pour la région à 1,2 million de personnes vivant avec le VIH/SIDA. En Ouzbékistan, il y a eu à peu près autant de nouvelles infections rapportées au cours des six premiers mois de cette année que durant toute la décennie passée, affirme le rapport.

"Plusieurs pays en Asie et dans le Pacifique, dont la Chine, l'Indonésie et la Papouasie Nouvelle Guinée, pourraient également être confrontés à un développement explosif de leurs épidémies", souligne le rapport. L'ONUSIDA prévient que 11 autres millions d'individus contracteront le VIH en Asie d'ici à 2007, si une action concertée et efficace n'est pas engagée pour accroître l'accès à la prévention et aux soins du VIH dans la région, où l'épidémie est encore à ses étapes initiales.

"Nous savons qu'il y a un point dans la crise du SIDA dans chaque pays où l'épidémie explose à partir des groupes particulièrement vulnérables pour atteindre la population dans son ensemble", estime Dr Gro Harlem Brundtland, directeur général de l'OMS. "C'est est un moment critique d'opportunité et de danger. Si nous ne concevons pas des initiatives nationales de prévention défendues par le gouvernement à son plus haut niveau, nous ne pouvons pas arrêter l'augmentation du nombre d'infections. Nous sommes à ce moment critique aujourd'hui dans un certain nombre de pays en Europe de l'est, en Asie du centre, du sud et de l'est". Le rapport ajoute qu'en Asie, 7,2 millions de personnes vivent actuellement avec le VIH.

L'Indonésie, où l'utilisation de stupéfiants par injection était pratiquement inconnue il y a 10 ans, a maintenant près de 200.000 toxicomanes et "des taux d'infection du VIH montent en flèche en leur sein", affirme le rapport. Des données indiquent que près de 50 pour cent des toxicomanes qui s'injectent la drogue à Jakarta pourraient être séropositifs, contre zéro pour cent en 1998. Cette voie de transmission pourrait justifier plus de 80 pour cent des infections du VIH l'année prochaine.

Le rapport cite des témoignages du Brésil selon lesquels des efforts de prévention, y compris le traitement de la toxicomanie et le changement de seringues, peuvent réduire la prévalence du VIH au sein des toxicomanes s'injectant la drogue. Il identifie également plusieurs autres succès dans la lutte contre le SIDA.

Des témoignages d'Afrique du Sud et d'Ethiopie indiquent que les campagnes de sensibilisation et les programmes de prévention, qui ont été lancés dans les années récentes, commencent par avoir un impact, notamment parmi les jeunes, selon le rapport.

En Afrique du Sud, le nombre de femmes enceintes âgées de moins de 20 ans, qui sont séropositives, est tombé à 15,4 pour cent en 2001, contre 21 pour cent en 1998. En Ethiopie, le taux de VIH semble également avoir baissé parmi les jeunes femmes des quartiers pauvres dans la capitale, Addis Abeba.

Ces tendances font suite aux informations selon lesquelles il y aurait des conclusions similaires en Zambie. L'Ouganda continue également d'enregistrer du succès en 2002 dans la réduction d'infections nouvelles du VIH dans plusieurs parties du pays. L'incidence en Ouganda diminue d'année en année depuis les dix dernières années, a déclaré Dr Piot.

En Asie, les taux d'infection du VIH diminuent au Cambodge, le pays de la région qui a la plus forte proportion d'adultes vivant avec le VIH. Cette tendance est encore le résultat direct d'un programme national de prévention soutenu. Le Cambodge indique que les taux d'infection du VIH parmi les prostituées est passé de 42 pour cent en 1998 à 29 pour cent en 2002. Cette baisse était plus remarquable parmi les prostituées âgées de moins de 20 ans. Dans la région caribéenne, tout porte à croire que l'épidémie pourrait se stabiliser en République dominicaine.

La lutte contre le SIDA est fortement sous-financée en ce moment, a indiqué Dr Piot. Les dépenses actuelles de trois milliards de dollars doivent être accrues et amenées à 10,5 milliards de dollars par an d'ici à 2005, a-t-il ajouté. En 2007, la lutte contre le SIDA nécessitera 15 milliards de dollars par an, et ce niveau devrait être maintenu pendant au moins une décennie après cela, estime le rapport.