RELIGION-NIGERIA: Une inhumation collective est envisagée au moment où7.000 familles déplacées ont besoin de nourriture

LAGOS, 26 nov. (IPS) – Plus de 200 corps ont été ramassés pour des enterrements collectifs lundi, au moment où la Croix-Rouge lutte contre les conséquences de la tragédie : 7.000 familles devenues des sans domicile à cause de la violence entre chrétiens et musulmans dans la ville de Kaduna, dans le nord du Nigeria.

"Les personnes déplacées se sont réfugiées dans 18 endroits différents, dont des casernes militaires, des dépôts de brasserie, une base des forces aériennes, des casernes de la police, et une école primaire bien protégée à Kaduna", a indiqué à IPS Patrick Bawa, porte-parole de la Croix-Rouge nigériane, lundi.

"Dans deux jours, nous convoierons de l'aide alimentaire à Kaduna. Nous devons d'abord faire une évaluation pour déterminer le nombre de personnes puisque certains d'entre elles auraient quitté les camps pour retourner dans leurs Etats et d'autres dans leurs familles en ville, où elles se sentent plus en sécurité", a-t-il dit.

Bawa a souligné que 1.169 personnes ont été blessées dans les émeutes, déclenchées par un article paru le 16 novembre dans le journal nigérian "This Day", qui a écrit que le prophète Mohammed aurait épousé l'une des concurrentes à l'élection Miss Monde s'il était encore en vie.

Ces remarques offensantes ont provoqué des émeutes à Kaduna et à Abuja, la capitale administrative du Nigeria, où devait se dérouler l'élection. Elle a été transférée présentement à Londres.

"Nous sommes toujours en train d'actualiser les chiffres. La plupart des blessés sont dans des dispensaires, des hôpitaux et des cliniques privées dans la métropole", a déclaré Bawa.

Selon la police, 1.000 suspects ont été arrêtés durant les émeutes, qui ont éclaté vendredi. Et des biens de plusieurs millions de dollars avaient été détruits à Kaduna. Des prévenus musulmans seront jugés par le tribunal islamique à Kaduna, tandis que des chrétiens comparaîtront devant des tribunaux civils", a indiqué aux journalistes le porte-parole du gouverneur de l'Etat de Kaduna, Maktar Sirajo, dimanche.

La presse locale et la presse étrangère ont été accusées d'avoir privé le Nigeria de l'organisation des finales de Miss Monde.

Guy Murray-Bruce, directeur de Miss Monde Nigeria, a condamné la presse étrangère pour avoir exploité hors de proportion les incidents de Kaduna et Abuja.

"Ce qui s'est passé est un peu dommage parce que la presse internationale a mis l'accent sur une incidence limitée d'émeutes exploitées hors de toute proportion. C'est une perte pour le Nigeria. Nous pouvons nous servir des millions de livres, mais c'est nous qui perdons. Nous avions l'occasion unique d'exhiber le Nigeria devant le monde", a déclaré Murray-Bruce.

Bola Tinubu, gouverneur de l'Etat de Lagos, a également condamné les émeutes. "Je n'aime pas la violence. C'est très préjudiciable pour l'image du Nigeria", a-t-il indiqué.

Mais Jerry Gana, ministre de l'Information et de l'Orientation, a qualifié le transfert de l'élection vers Londres de "conspiration internationale contre le Nigeria".

Avant de partir — avec les reines de beauté — à Londres dimanche, vice-présidente de l'organisation de Miss Monde, Julian Morley, a qualifié l'annulation de Miss Monde 2002 de tragédie et l'a imputée à la campagne médiatique négative montée par la presse étrangère contre le Nigeria.

Selon elle, la presse internationale diffusait des reportages négatifs sur le Nigeria — dont la population de 120 millions d'habitants est composée de 50 pour cent de chrétiens et de 50 pour cent de musulmans — avant même que l'événement ne démarre.

Plus de 12.000 personnes seraient mortes dans les violences religieuses — principalement entre chrétiens et musulmans — depuis que le Nigeria a quitté la dictature militaire et est retourné à la démocratie en 1999.

L'organisation de Miss Monde 2002 au Nigeria avait été minée par des problèmes avant même que cela ne démarre. Certaines des reines de beauté avaient menacé de boycotter l'évènement pour une condamnation à mort par lapidation prononcée par un tribunal de la Charia islamique contre Amina Lawal, une femme âgée de 31 ans, accusée d'adultère. Mais après les promesses du gouvernement nigérian que personne ne serait lapidé à mort, 93 concurrentes sont arrivées au Nigeria le 11 novembre.

Immédiatement, des groupes de musulmans militants du Nigeria ont menacé de perturber le concours de beauté, si on autorisait le déroulement de l'élection.

Le Nigeria a obtenu le droit d'abriter Miss Monde 2002 après le couronnement, l'an dernier, de sa reine de beauté Agbani Darego en qualité de Miss Monde 2001, la première Africaine noire à gagner ce titre prestigieux.