DEVELOPPEMENT: La Zambie face à des choix difficiles sur les aliments GM

LUSAKA, 25 nov. (IPS) – Le gouvernement zambien est confronté à un choix très difficile, après avoir interdit l'importation du maïs génétiquement modifié envoyé par les Etats-Unis pour mettre fin à la famine.

Le gouvernement a durci sa position après que des scientifiques zambiens, envoyés dans quatre pays occidentaux pour s'assurer de la sécurité des aliments génétiquement modifiés (GM), sont revenus avec le verdict selon lequel "il n'y a aucune preuve pour affirmer que les aliments GM sont sans danger ou non". Ils ont instamment demandé au gouvernement de refuser la céréale.

Les effets des aliments GM sur la santé, l'environnement et la variété locale de la semence n'avaient pas été étudiés à fond, ont indiqué les scientifiques.

Les scientifiques, qui ont pris part à la Conférence des responsables de consommateurs africains (ACL) sur la biotechnologie et la sécurité alimentaire à Lusaka, récemment en Zambie, ont dit que si les aliments GM étaient aussi inoffensifs qu'on le prétendait, ils ne seraient pas entrés en Afrique par "des voies détournées".

Le directeur régional de l'ALC, Amadou Kanouté, a déclaré que la biotechnologie entrait en Afrique par des voies détournées sous la forme de GM à cause de la crise alimentaire dans la région.

Le maïs GM, souligne-t-il, est supposé être étiqueté pour permettre aux consommateurs de faire des choix informés et savoir s'il faut le consommer ou non, "juste comme ils le font en Occident". Il a vivement recommandé aux gouvernements africains de conduire une évaluation d'impact environnemental des produits entrant dans la région sous la forme d'aide ou destinés à la vente.

Selon l'expert agricole, Dr Bruce Siansonta, les aliments GM contiennent des combinaisons dont les résultats inattendus étaient trop évasifs pour être testés. "Vous ne pouvez pas combattre un ennemi que vous ne connaissez pas", a déclaré Siansonta. "Laissons donc les GM jusqu'au moment où nous les comprendrons et où nous les connaîtrons".

Annonçant l'interdiction sur le maïs GM il y a un mois, le ministre de l'Agriculture, Mundia Sikatana, a souligné que même le rapport technique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ne contenait pas de réponses officielles et laissait à chaque pays le soin de prendre une décision sur les aliments GM.

Sikatana soutient que sa décision d'interdire les aliments GM est "visionnaire" et basée sur une question de "principe". Pour lui, l'introduction des aliments GM exposerait les agriculteurs qui plantent cette céréale, menaçant des variétés locales et créant un syndrome de dépendance par rapport à la semence brevetée en provenance du Nord. Soutenu par des technocrates, il affirme que sans une politique ou une législation sur la bio-sécurité, il serait risqué pour la Zambie de laisser des aliments génétiques incontrôlés envahir le pays.

Sikatana ajoute que des préoccupations globales sur les produits GM menaceraient l'exportation et la sécurité alimentaire de la Zambie.

"La sécurité alimentaire signifie l'accès, à volonté, à un aliment qui est acceptable sur le plan cultural et de haute valeur nutritionnelle. Pour cette raison, le gouvernement zambien a rejeté les OGM (organismes génétiquement modifiés). Nous ne pouvons pas accepter tout simplement parce que nous sommes pauvres, nous devons également nous assurer que les vivres que l'Occident ne peut pas donner à sa population ne sont pas simplement en train d'être déversés ici", a-t-il dit récemment aux donateurs.

Près de trois millions de Zambiens, confrontés à la famine, ont besoin d'environ 600.000 tonnes de céréales jusqu'en mars 2003. Des députés, aussi bien de l'opposition que du parti au pouvoir et des dirigeants locaux, s'énervent au fur et à mesure que des stocks de vivres diminuent.

Selon des reportages de presse, des villageois affamés ont recours à des fruits et racines sauvages. Le récit le plus macabre a fait cas d'enfants ayant tué un chien errant pour le manger à cause de la faim.

Sikatana a beaucoup de difficultés pour justifier l'interdiction faite au Programme alimentaire mondial (PAM) de distribuer les 13.000 tonnes de maïs GM données par les Etats-Unis et déjà présentes dans le pays. Les magasins où est entreposée la céréale ont été pillés plusieurs fois par des villageois affamés qui se soucient peu de savoir si ce sont des vivres GM.

Given Mumba, qui a pillé l'un des greniers, dit qu'il était obligé de nourrir sa femme enceinte et ses cinq enfants.

"Nous avons faim. Que devons-nous faire? Cette nourriture peut nous tuer après 10 ans, mais si nous ne mangeons pas, nous allons mourir demain", affirme-t-il, se référant aux effets secondaires de la nourriture GM aux yeux des gens. Selon le porte-parole du PAM, Richard Lee, il sera difficile de trouver des sources alternatives d'aliments non-GM à temps pour empêcher la famine. Son organisation achète actuellement 30.000 tonnes de maïs non-GM venant de la Tanzanie, de l'Ouganda et de l'Afrique du Sud, mais n'est pas optimiste pour la réalisation de l'objectif.

Le porte-parole de département d'Etat américain, Richard Boucher, a dénoncé la décision de la Zambie de refuser les vivres GM, affirmant qu'elle mettait davantage en danger la vie des populations pauvres. Il a tourné en dérision les des affirmations du gouvernement selon lesquelles la nourriture était peu sûre, indiquant que la Zambie était le seul des cinq pays affectés dans la région d'Afrique australe, à avoir refusé la céréale.

Le Lesotho, le Mozambique et le Zimbabwe, qui avaient initialement refusé le maïs GM, se sont rétractés et ont dit qu'ils allaient l'accepter sous la forme moulue, pour éviter que des agriculteurs ne le plantent.

Pour Guy Scott, ancien ministre de l'Agriculture, qui est maintenant un leader de l'opposition, le gouvernement se plie aux désirs des mouvements écologistes et anti-mondialisation sans penser à leurs répercussions.

"Il ne s'agit pas de taper sur l'Amérique ou le Nord, mais il s'agit de la survie des populations. Nous avons mangé des graines GM pendant les six dernières années sans aucun effet secondaire apparent. Nous mangeons des fruits, des légumes et des céréales d'Afrique du Sud qui sont GM. L'Afrique du Sud envisage d'accroître sa production d'aliments GM, alors comment cela peut-il être mauvais? Pourquoi la Zambie est-elle le seul pays qui refuse les aliments GM comme si les autres pays ne se souciaient pas de leurs populations", affirme-t-il.

Scott croit que c'est mauvais de décider au nom des personnes affamées ce qu'il faut manger, ou ce qu'il ne faut pas manger. "Nous ne les empêchons pas (les villageois) de manger des racines sauvages, qui nous le savons, sont toxiques, pourquoi devrions-nous les empêcher de manger de la nourriture GM que nous ne savons pas être, avec exactitude, nuisibles?", demande-t-il.

Pour contenir une condamnation croissante, le gouvernement a mis en branle sa machine de relations publiques, publiant des détails du rapport des scientifiques, qui exprime le pire cas de scénario d'aliments GM.

Des bailleurs financent près de 80 pour cent du budget de la Zambie. Mais, ils doivent encore trouver des gens pour s'acquitter d'une promesse de plus de 134 millions de dollars US pour appuyer la balance des paiements pour 2002-2003. Le seul bailleur à s'être manifesté est le gouvernement allemand, qui a promis récemment 7,5 millions de dollars US en appui à la balance des paiements, mais également pour acheter des céréales non-GM.

Le gouvernement s'était lancé aussi dans un projet ambitieux d'irrigation de maïs pendant l'hiver. Mais, le projet n'a pas produit le rendement attendu et est trop coûteux pour que des agriculteurs des zones rurales s'y engagent. Sikatana a avoué il y a quelques jours que le gouvernement pourrait "ravaler sa propre vomissure" et accepter des aliments GM si tous ses plans échouaient et que les donateurs ne se manifestaient pas.

La crise alimentaire actuelle a été provoquée par de mauvaises politiques agricoles, ainsi que par l'impact de deux années successives de sécheresse et d'une perturbation des activités agricoles au Zimbabwe suite à la saisie, par Robert Mugabe, des fermes commerciales appartenant aux Blancs. La conséquence est que 14,4 millions de personnes dans les pays d'Afrique australe du Mozambique, du Malawi, du Lesotho, du Zimbabwe et de la Zambie sont confrontées à la famine.