NAIROBI, 21 nov. (IPS) – Une forte présence de la police anti-émeute était perceptible dans les grandes rues de la capitale kenyane, Nairobi, cette semaine, pour le lancement officiel de la campagne présidentielle en prélude aux élections du 27 décembre.
Dès les premières heures de lundi matin, des milliers de partisans ont envahi le centre-ville, prêts à encourager leur candidat préféré parmi les deux prétendants à la présidence : Uhuru Kenyatta du parti au pouvoir, la KANU et Mwai Kibaki de la Coalition nationale Arc-en-ciel (NARC) de l'opposition.
Avec le président Daniel Arap Moï qui prend sa retraite après 24 années au pouvoir, c'est la plus importante élection que le Kenya ait jamais connue.
Les rues sont tapissées d'affiches faisant la publicité des deux rivaux, alors que des foules agitant des étendards se formaient pour exécuter des chansons en faveur de leur candidat et critiquer leurs opposants.
Un groupe de femmes chantait "Bienvenu Uhuru, Au revoir Kibaki!" tandis que les partisans de l'opposition de l'autre côté d'un rond-point scandaient : "Sans Moï, tout est possible. Sans Moï, les policiers seront payés, les enseignants seront payés".
Les deux parties se lançaient réciproquement des railleries, avec la police anti-émeute et le Service national des jeunes qui les maintenaient à distance.
Les élections sont maintenant associées à la violence au Kenya. Durant les deux dernières campagnes électorales, en 1992 et en 1997, quelque 2.000 personnes ont été tuées et des dizaines de milliers ont été déplacées au cours des affrontements ethniques.
Il y avait un malaise général qui était tel que cette journée de validation des candidatures pouvait également se révéler être violente. Plusieurs magasins sont restés fermés par crainte de violence, de même que certaines écoles. "Nous sommes tous inquiets. Nous ne savons pas ce qui va se passer. Nous avons tous peur. Plusieurs entreprises sont fermées. Les gens n'amènent pas leurs voitures dans le centre-ville, ce qui n'est pas bien", a fait remarquer Lillian Mwangi, un partisan de Kenyatta.
Kenyatta et Kibaki devaient d'abord soumettre leur dossier de candidature à la Commission électorale, avant d'aller répondre aux manifestations rivales à différents endroits dans le centre-ville — Kenyatta au Park Uhuru et Kibaki au Stade Nyayo.
Une certaine tension était perceptible lundi matin lorsque des groupes rivaux scandant des slogans se sont formés devant le County Hall, pour attendre l'arrivée de leurs candidats. Mais la police avait réussi à garder la situation sous contrôle.
La Commission électorale a délibérément décalé les moments de délibération pour minimiser le risque de violence.
Kenyatta a été le premier à déposer son dossier de candidature, en compagnie de Moï, qui l'a, à lui tout seul, encouragé à prendre les reines du pouvoir, même si cette décision impopulaire a divisé le parti au pouvoir. Kenyatta est un novice politique dont l'atout principal est d'être le fils du père fondateur du Kenya, Jomo Kenyatta.
Kenyatta était également accompagné par le vice-président nouvellement élu, Musalia Mudavadi.
Une heure plus tard, Kibaki présentait son dossier. En tant que candidat unique de la NARC, une grande alliance de 13 partis de l'opposition, l'ancien vice-président représente le plus grand défi auquel le parti au pouvoir, la KANU, ait jamais eu à faire face.
Les deux hommes promettent de faire décoller l'économie stagnante du Kenya, qui traverse sa pire récession depuis l'indépendance.
"Nous avons réellement souffert pendant les dix dernières années.
L'économie va mal parce que les dirigeants ne pensent pas aux petites gens.
Il y a beaucoup de corruption dans la fonction publique, dans la police, partout, dans tous les secteurs", a déclaré un partisan de Kibaki, James Maura.
Maura, comme beaucoup d'autres Kenyans, croit que Kenyatta n'est qu'une marionnette de Moï et qu'il ne pourra pas enrayer la corruption rampante, qui a détruit l'économie du Kenya.
"Le groupe de Uhuru pourrait ne pas faire ce qu'il a promis parce qu'il sera arrêté. La corruption commence depuis le sommet et Moï sera toujours le chef de la KANU. Il est le patron", a-t-il ajouté.
Toutefois, les partisans de Kenyatta réfutent cette accusation.
"Toute personne est unique en elle-même. Vous ne pouvez pas dire que je ferai ce qu'a fait ma mère", soutient Mwangi.
Elle croit que l'ancien vice-président Kibaki, âgé de 71 ans, est trop vieux et devrait céder la place à la jeune génération.
"Kibaki se présentait depuis trop longtemps. Nous avons de vieux gars depuis un peu trop longtemps", a-t-elle poursuivi.
"Uhuru est jeune, énergique. Je pense qu'il veut changer tout pour la jeune génération", a-t-elle ajouté.
"Nous voulons quelqu'un de très ouvert, de propre. S'il n'y a avait pas autant de corruption, nous ne serions pas en train d'avoir ces problèmes. Il y a de l'argent, mais rien n'est fait", a affirmé Mwangi.
Bien que l'opposition n'ait jamais remporté une élection au Kenya depuis l'indépendance en 1963, Kibaki est l'actuel favori. Les Kenyans ont tendance à voter pour des dirigeants de leur propre groupe ethnique, et la large coalition de la NARC comprend, en son sein, des politiciens populaires de la plupart des principales tribus Kenyanes.
"L'opposition est dans une situation où la victoire semble quasi-certaine", affirme Macharia Gaitho dans le journal 'Daily Nation' de lundi.
Six autres candidats à la présidentielle devaient déposer leurs dossiers de candidature mardi. Seuls huit des 51 partis politiques enregistrés au Kenya ont présenté des candidats à l'élection présidentielle.

