POLITIQUE-RD CONGO: Des femmes décidées à affronter les hommes pour lespostes de la transition

KINSHASA, 26 nov. (IPS) – Des femmes commencent à exprimer leur intention de briguer les différents postes élevés de gestion de la transition en République démocratique du Congo (RDC), au cours des négociations politiques à Pretoria, en Afrique du Sud.

Une dame, Catherine Nzuzi wa Mbombo, vient de porter son choix sur l'un des quatre postes de vice-président de la République, proposé à la délégation de l'opposition politique non armée. L'annonce a été faite le week-end dernier à Pretoria dans la foulée de la nouvelle suspension des discussions qui doivent doter la RDC d'institutions politiques nouvelles pour la période de transition censée conduire le pays aux élections démocratiques et transparentes. Présidente de l'une des ailes du Mouvement populaire de la révolution (MPR), l'ancien parti unique sous le maréchal Mobutu, Mbombo met, dans la balance, sa qualité de femme et ses 30 ans de carrière politique. "Si je me suis décidée à poser ma candidature au poste de vice-président de la République, c'est parce que j'ai constaté que les pannes successives qui ont émaillé les présentes négociations sont dues à un manque de sensibilité féminine", a-t-elle déclaré au cours d'un entretien téléphonique avec IPS, depuis Pretoria. "Les hommes ont passé six années à se faire la guerre, depuis 1996, sans trouver de solution au devenir politique du pays. Devant l'atroce souffrance de notre peuple, je suis sûre que la sensibilité d'une femme et d'une mère contribuera à ramener les hommes à plus de réalisme", affirme-t-elle. Mbombo, 60 ans environ, est la première femme à exprimer officiellement ses ambitions politiques dans le cadre de la nouvelle configuration politique de la RDC. Ancien gouverneur de province et maire de la ville de Kinshasa, la capitale du pays, sous Mobutu, elle est toujours restée fidèle à la famille politique du défunt maréchal, au point de faire la prison lors des changements politiques intervenus, fin-mai 1998. Depuis, elle est restée l'une des figures les plus marquantes de l'opposition politique au pouvoir de Laurent Désiré Kabila. Une autre figure féminine se dessine en filigrane pour le poste de président de l'Assemblée nationale. Il s'agit de Elysée Dimandja, pour le compte de la société civile. Journaliste âgée de 35 ans et activiste des droits de l'Homme, Dimandja lutte, dit-elle, pour l'émergence d'une nouvelle génération d'hommes politiques au Congo : "Si nous allons d'échecs en échecs dans les présentes négociations, c'est parce que ce sont les mêmes vieux politiciens qui gèrent les affaires de l'Etat depuis l'accession du pays à l'indépendance en 1960". Mais Dimandja souffre d'un handicap considérable. Elle ne fait pas partie des signataires de l'accord de Sun City, en Afrique du Sud, qui sont apparemment les seuls habilités a présenter leurs candidatures aux postes politiques élevés de la transition. Ces premières ambitions politiques féminines ne se sont exprimées que dans le camp de la partie contrôlée par le gouvernement de Kinshasa. Selon des analystes, "des femmes du camp de la rébellion pourraient aussi chercher à se positionner, mais elles semblent encore inhibées par les luttes d'influence intestines que se livrent les hommes tant sur le plan politique que militaire".

"J'encourage les femmes congolaises à briguer le plus de postes possibles et il ne doit pas y avoir de limite. Une femme, président de la République, pourquoi pas? J'ai toujours déploré une sorte d'inhibition chez la femme congolaise qui croit que son temps viendra alors qu'il est déjà là, présentement", estime Martine Masika.

Pour Venant Tshipasa, président de Démocratie chrétienne (DC, opposition), de retour de Pretoria, "On ne peut qu'applaudir devant des femmes qui se décident à casser le cocon qui semblait les embrigader. Que Mme Nzuzi wa Mbombo cherche à devenir vice-présidente de la République est une bonne chose. C'est l'occasion de démontrer justement que la sensibilité féminine, dont elle se prévaut, n'est pas qu'un slogan". "Personnellement, je trouve effectivement que nous, les hommes, n'avons pas fait preuve de qualités d'acteurs politiques dans cette crise congolaise.

Mais la société congolaise est-elle suffisamment mûre pour accepter une femme à un si haut rang?", s'interroge Tshipasa.

"Les hommes ne semblent pas prêts à laisser les femmes investir aussi facilement ce qu'ils ont toujours considéré comme étant leur domaine réservé", soulignent les analystes politiques. Dans l'opposition politique non armée, quatre hommes briguent le seul poste de vice-président de la République : Etienne Tshisekedi, président de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Joseph Olengankoy, président des Forces novatrices pour l'unité et la solidarité (FONUS), Eugène Diomi Ndongala, président du Front pour la survie de la démocratie-Démocratie chrétienne (FSD/DC) et Gérard Kamanda wa Kamanda, président du Front commun des nationalistes (FCN). Pour justifier sa décision de briguer ce poste, Tshisekedi se fonde sur une certaine popularité que tendent à confirmer des sondages favorables à sa candidature, effectués par un institut congolais de sondage d'opinion, le Bureau d'études et de Consulting International (BERCI). Cependant, depuis l'accord de Sun City qu'il n'a pas signé, Tshisekedi s'est beaucoup rapproché du mouvement rebelle du RCD/Goma au point qu'il passe aujourd'hui, aux yeux des officiels à Kinshasa, pour un "candidat plus armé que non armé". Reprises le 15 novembre sous la double présidence de Moustapha Niasse, l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies, et de Thabo Mbeki, le président sud-africain, les négociations politiques sur la RDC ont dû, à nouveau, être suspendues huit jours après, faute de consensus. Elles ne reprendront que le 9 décembre, le temps, pour les différentes commissions créées, de trouver des éléments de solutions aux problèmes restés en suspens. Cette suspension des travaux est très mal perçue à Kinshasa où l'opinion publique en général, lassée de la longueur des négociations sans conclusion perceptible, envisage sérieusement "comme solution ultime, la mise de la République démocratique du Congo sous la tutelle administrative de l'ONU".