DROITS-MAROC: Les femmes accentuent la demande d'égalité

RABAT, 25 sept (IPS) – Une récente décision gouvernementale d'accorder aux femmes 30 sièges dans la prochaine Chambre des représentants sur les 325 au Maroc a été perçue par les activistes des droits humains et de genre comme une étape positive, même s'ils estiment que le pays a encore du chemin à faire avant que les femmes marocaines n'obtiennent l'égalité dans toutes les sphères.

"La décision d'accroître le nombre de sièges réservés aux femmes dans le futur parlement est le fruit d'une longue lutte pour la promotion des conditions des femmes et des droits au Maroc", affirme Latifa Akherbach, professeur à l'Institut d'information et de communication du Maroc.

Environ 14 millions de Marocains, dont la moitié est constituée de femmes, iront cette semaine aux urnes sur toute l'étendue du territoire en vue de désigner les candidats à la Chambre des représentants. Bien que les femmes représentent 50 pour cent de la population marocaine – 30 millions d'habitants – seules deux femmes siégeaient au parlement sortant. "La décision d'accroître la représentation politique des femmes est révolutionnaire dans un pays où les femmes n'ont pas réellement été perçues comme égales des hommes", affirme Akherbach. Elle estime que le Maroc est bien loin derrière ses voisins du Maghreb en termes de représentation. Alors que les femmes ne représentent que 0,6 pour cent des représentants de la nation au Maroc, le taux est passé à 11,5 pour cent en Tunisie et 6,2 pour cent en Algérie.

Pour Farida Ayari, une activiste de l'Association démocratique des femmes (ADF), accroître le nombre des femmes députés dans le futur parlement n'est qu'une "demi" victoire pour les femmes marocaines. "Ce n'est qu'une bataille dans une guerre plus grande pour l'égalité de la citoyenneté.

Toutefois, cette initiative montre une certaine volonté de résoudre des problèmes liés au genre", affirme Leila Rhioui, une autre militante de l'ADF, qui déplore "le manque de garanties institutionnelles pouvant consacrer la participation irrévocable des femmes dans les prises de décision".

D'autres activistes, comme Huria Ayouch, voient la décision des autorités de promouvoir la représentation des femmes dans le futur parlement comme un "cadeau empoisonné". Selon Ayouch, cette décision des autorités vise à essayer de présenter faussement le Maroc au monde comme un pays qui respecte les droits de l'Homme et notamment les droits des femmes. "S'il est prouvé que les autorités cherchent seulement à utiliser les femmes comme une façade, cela serait fatal pour la transition démocratique que traverse le Maroc", ajoute Rhioui.

Selon Akherbach, accroître le nombre des sièges parlementaires pour les femmes "n'est pas et ne devrait pas être la fin du chemin de la lutte que mènent les femmes pour acquérir la pleine citoyenneté". Elle souligne que la décision ne comble pas toutes les attentes des femmes, ajoutant que "d'autres questions de genre comme l'émancipation sociale des femmes ainsi que les droits économiques et éducatifs restent en souffrance".

Nezha Chekrouni, la seule femme siégeant dans la coalition gouvernementale sortante – de 40 membres – attribue la faible représentation des femmes dans les centres marocains de prise de décision aux problèmes économiques et culturels qui, affirme-t-elle, entravent l'entrée des femmes dans l'arène politique. Elle cite à cet égard l'analphabétisme rampant, la pauvreté et le chômage au sein des femmes.

Près de 70 pour cent des femmes marocaines sont analphabètes contre 30 pour cent d'hommes. Le taux de chômage au sein des femmes est élevé. Moins d'un pour cent des femmes qui travaillent, dirigent une entreprise. Bien que les femmes représentent 33 pour cent de la population active, seul cinq pour cent d'entre elles sont des employeurs.

Plusieurs activistes craignent que les discussions sur les femmes ne soient en train d'être brandies pour des objectifs purement électoralistes. "Les élections de cette semaine étant présentées par les autorités comme un tournant décisif dans la transition du Maroc, ces mêmes autorités doivent marquer un nouveau départ pour mettre fin à une situation injuste et donner aux femmes la raison d'espérer un lendemain meilleur", déclare un activiste.