OUAGADOUGOU, 23 sept (IPS) – Les autorités du Burkina Faso ont lancé un plan décennal de développement de l'éducation de base d'un coût de 235 milliards de francs CFA (environ 352,8 millions de dollars US) pour accroître les mesures incitatives et améliorer le taux de scolarisation.
Le gouvernement veut améliorer un système éducatif "en crise" dont les résultats, ces dernières années, sont restés en deçà des attentes, malgré les gros investissements. L'éducation engloutit chaque année quelque 112,5 milliards de FCFA (environ 168,9 millions de dollars US), soit le quart du budget de l'Etat.
"En dépit des énormes efforts que l'Etat déploie en faveur de l'éducation, trop d'enfants ne sont pas à l'école, trop d'enfants la désertent, l'abandonnent ou sont contraints à l'abandonner très tôt, trop tôt", constate le Premier ministre burkinabè, Ernest Paramanga Yonli, au lancement du plan la semaine dernière.
Le plan vise un taux de scolarisation et d'alphabétisation de 70 pour cent et 40 pour cent en 2010 contre 42 pour cent et 22 pour cent actuellement. Au Burkina, le taux d'inscription au cours préparatoire première année (CP1) est de 43 pour cent et seulement 58 pour cent d'entre eux terminent leurs études primaires.
Les principaux bailleurs du plan sont le Canada, la Banque mondiale et les Pays-Bas.
Jusqu'à 82 pour cent des 235 milliards FCFA du plan décennal seront consacrés à la scolarisation de base. Vingt provinces seront prioritaires dans les premières années du plan en raison de leur faible taux de scolarisation qui varie entre 10 et 20 pour cent.
Les discussions avec les différents acteurs de l'enseignement ont fait ressortir l'impact de la pauvreté des parents et des difficultés d'accès à la scolarisation et à l'alphabétisation. Au Burkina, 51 pour cent de la population vivent sous le seuil de pauvreté, sur les 11 millions d'habitants que compte ce pays d'Afrique de l'ouest.
Par ailleurs, ces dernières années, les conséquences de la mauvaise pluviométrie sont ressenties à l'école dans les zones rurales où vivent plus 80 pour cent de la population. "Jusqu'au 15 septembre, il n'y a pas de récolte, or ces récoltes sont la principale source de revenus qui permet d'acheter les fournitures et d'inscrire les enfants à l'école", indique Raymond Ilboudo, 35 ans, enseignant dans le village de Tangayi, dans le nord aride du pays. "En fin de compte, les parents découragés retirent les anciens élèves de l'école; ne parlons pas d'inscrire des nouveaux".
Selon Benoît Bendi Ouoba, responsable de Tin Tua, une association qui milite pour la scolarisation et mène des activités d'alphabétisation dans l'est du pays où les taux faibles frôlent les 10 et 12 pour cent, "avec la suppression, ces dernières années, de la gratuité des fournitures scolaires, les enfants des parents dont le niveau de vie est bas, ont tout simplement abandonné l'école".
Quelque 4,5 millions de livres seront distribués gratuitement d'ici à l'an 2010 aux élèves du Burkina. Les cantines scolaires, abandonnées autrefois, reviendront également dans les écoles des zones à faible taux de scolarisation. Environ 20.000 salles de classes seront construites et autant d'enseignants seront recrutés en vue de rapprocher l'école des populations, selon le plan.
"Certains élèves se lèvent dès 5 heures du matin pour parcourir trois à quatre kilomètres et se rendre à l'école. L'enfant n'a pas le temps de prendre le petit déjeuner. Dès 10 heures, il ne peut plus suivre, il sommeille et vous ne pouvez pas l'empêcher de s'endormir", explique Ilboudo.
Selon le Conseil national des associations des parents d'élèves du Burkina (CNAPEB), la cantine scolaire permettra à certains enfants de manger au moins deux fois par jour – le jour à l'école et le soir à la maison – et être bien portants.
"La cantine scolaire va également contribuer à maintenir l'enfant en bonne santé car un enfant bien nourri a moins de problème de santé tandis que ventre affamé non seulement n'a pas d'oreille, mais n'a pas non plus de santé", souligne André Compaoré, président du CNAPEB.
"Certains problèmes matériels des parents comme la proximité des écoles, qui permet d'éviter que des élèves marchent pendant sept à 10 km pour se rendre à l'école, vont être enfin résolus dans le plan de développement de l'école", se réjouit Ouoba.
En outre, selon Ouoba, "le père, qui craint que sa fille de 15 ans soit enlevée par un homme sur la route de l'école, n'aura plus de raison de l'empêcher d'aller à l'école ou dans les centres d'alphabétisation".. La proximité de l'école aura également un impact positif sur l'éducation des filles. A l'horizon 2010, le taux de scolarisation des filles doit être porté à 65 pour cent contre 38 actuellement, selon le plan. Dans certaines provinces, ce taux frôle les 5 pour cent.
"Si les problèmes économiques sont résolus, les aspects culturels tendent à s'estomper, tout change, tout évolue et les gens ont vu beaucoup de filles qui ont réussi et qui rendent beaucoup de service à leurs familles", estime Ouoba.
Il est prévu la création des Associations des mères éducatrices (AME) dans toutes les écoles du Burkina. Ces mères d'élèves s'organiseront autour des écoles dans les villages pour sensibiliser et veiller à la scolarisation des enfants, mais des filles en particulier.
"Dans les zones rurales, la mère préfère garder sa fille auprès d'elle pour l'aider dans ses travaux, nous avons trouvé nécessaire de la responsabiliser dans l'éducation scolaire de sa fille car elle est la personne la mieux indiquée", explique Monique Napon, de la Direction de la promotion de l'éducation des filles. Pour cette rentrée scolaire, il est prévu une distribution gratuite de 18.000 cahiers, bics et crayons dans 10 des provinces à faible taux de scolarisation des filles. L'expérience sera vulgarisée par le plan décennal. En plus du recrutement des milliers d'enseignants supplémentaires, le ministère de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation prévoit des mesures qui permettront de fixer les jeunes enseignants dans leur lieu d'affectation. Par exemple, l'installation de panneaux solaires ou de groupes électrogènes dans les écoles et les logements des maîtres.
"Nous avons dit à nos partenaires qu'il n'est pas acceptable que des jeunes, qui ont l'expérience de la lumière, de l'ordinateur, de l'eau courante, du téléphone, soient affectés dans des zones très reculées où ils sont mal logés et où ils travaillent dans l'obscurité où à l'aide de la lampe tempête", a confié à IPS le ministre burkinabè de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation", Mathieu Ouédraogo.
"Le maître doit être dans des bonnes conditions pour travailler, car préparer les cours avec une lampe tempête pendant toute une vie n'est plus possible de nos jours. Si on veut éviter la désaffection des enseignants, il faut que ces jeunes ne soient pas trop dépaysés", souligne-t-il.
L'enseignant devrait être au centre des préoccupations des autorités au même titre que les élèves, "sinon les milliards ne serviront à rien".
Quelque 7.000 centres permanents d'alphabétisation et d'éducation non formelle seront construits à travers le pays d'ici à 2010. Les recrutements dans ces centres se feront sur la base de 50 pour cent de quotas pour les filles et les garçons.

