HARARE, 20 sept (IPS) – Une nouvelle loi, qui a été introduite d'urgence au parlement cette semaine, facilitera au gouvernement du président Robert Mugabe la saisie des terres des fermiers blancs.
La loi sur l'acquisition des terres réduira le temps d'évacuation des fermes et augmentera les amendes en cas de bravade des mandats d'expulsion.
Conformément à la nouvelle loi, les fermiers doivent maintenant évacuer leur propriété dans l'intervalle d'une semaine après réception de la notification d'expulsion, au lieu du délai de 90 jours initialement accordé. Certains fermiers avaient utilisé la période de 90 jours pour faire appel des mandats d'expulsion dont bon nombre ont été, par la suite, annulés par la Haute Cour.
Le président de la Chambre, Patrick Chinamasa, qui est également le ministre de la Justice du pays, a suspendu les procédures parlementaires ordinaires mercredi soir pour faire avancer rapidement les amendements.
Après trois heures et demie d'intenses débats au cours desquels des insultes ont été échangées, le parti au pouvoir, usant de son vote majoritaire à la Chambre, s'est arrangé pour faire avancer les amendements afin de rectifier une erreur évidente dans les règles fixées par rapport à l'expulsion des fermiers.
Le gouvernement avait commis une erreur en n'envoyant pas des notifications préliminaires d'expulsion aux institutions financières auxquelles les fermiers blancs doivent de l'argent. Mais Chinamasa a insisté sur le fait que l'erreur ne devait pas retarder la mise en œuvre de la réforme agraire.
"S'il le faut, je reviendrai au parlement 100 fois jusqu'à ce que la réforme agraire soit accomplie", affirme-t-il.
"Il n'y a pas de plus grande puissance sur terre qu'une idée dont le temps est arrivé. La puissance des Britanniques et des Etats-Unis (ne peut pas) arrêter le programme de réforme agraire", ajoute Chinamasa, faisant allusion à l'opposition grandissante de Londres et de Washington au programme de réforme agraire de Mugabe.
"En tant que dirigeants, nous n'avons pas le pouvoir d'arrêter les forces qui ont été déchaînées pour accomplir l'émancipation économique pour notre peuple", déclare Chinamasa.
L'opposition a chahuté Chinamasa pendant son discours. Un député a dit tout haut que Chinamasa devait être viré pour "n'avoir pas réussi à gérer légalement la réforme agraire".
Selon Welshman Ncube, secrétaire général du parti de l'opposition, Mouvement pour le changement démocratique (MDC), l'action du gouvernement a été "essentiellement de légaliser l'illégalité. Chinamasa doit avoir honte".
Gibson Sibanda, vice-président du MDC déclare : "Ceci est un simulacre de justice. Nous nous opposons totalement aux amendements".
Mais selon Chinamasa, manquer de voter les amendements serait catastrophique pour les institutions financières qui, soutient-il, sont exposées à des obligations dues par les fermiers commerciaux blancs concernés, s'élevant à 600 millions de dollars US".
Chinamasa indique que des centaines de milliers de fermiers noirs doivent 272.000 dollars US aux mêmes institutions financières, une disparité qui, selon lui, doit être corrigée.
Une fois que le président Mugabe aura promulgué la loi, les banques auront 30 jours pour déposer leurs réclamations. Ceci signifie que le gouvernement endossera la dette, mais il n'est pas clair qu'il la remboursera.
Selon la nouvelle loi, les fermiers qui ont poursuivi le gouvernement en justice – dans une tentative de mettre fin à leur expulsion, auront maintenant sept jours pour évacuer leurs fermes aussitôt que la loi entrera en vigueur. La pénalité pour ceux qui bravent la loi est passée de 363 dollars US à 1.800 dollars US.
Plus de 90 pour cent des 4.300 fermiers commerciaux ont reçu des notifications d'expulsion dont le délai a déjà expiré. Selon la nouvelle loi, tout mandat d'expulsion annulé peut être délivré à nouveau. Mais la plupart des fermiers ayant reçu l'ordre de quitter ont défié les mandats, et beaucoup ont des charges déposées contre eux par la police.
Le MDC a qualifié les amendements d'anticonstitutionnels, prétendant qu'ils dénient effectivement aux fermiers la protection des tribunaux.
Un groupe de fermiers blancs, qui se sont surnommés "Justice pour l'agriculture", a exhorté ses membres à résister pacifiquement aux mandats d'expulsion.
Plus de six millions de personnes, soit la moitié de la population de 12,5 millions d'habitants du pays, sont confrontées à la famine au Zimbabwe. Le Programme alimentaire mondial a imputé la pénurie alimentaire à la mauvaise saison et au programme de réforme agraire du gouvernement.
Mais le gouvernement soutient qu'il corrige un système colonial déséquilibré de possession des terres, dans lequel moins de 4.500 fermiers commerciaux blancs possédaient plus de 70 pour cent des meilleures terres arables du pays.
Les Blancs constituent moins d'un pour cent de la population du Zimbabwe.

