SANTE-ZIMBABWE: L'UNICEF commence à distribuer des vivres aux enfantssous-alimentés

HARARE, 13 sept (IPS) – Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a commencé à distribuer des vivres aux enfants sous-alimentés au Zimbabwe où plus de six millions de personnes, soit la moitié de la population du pays, ont besoin d'une aide humanitaire d'urgence.

Les pénuries alimentaires au Zimbabwe ont été imputées en grande partie à la sécheresse et au programme de réforme agraire.

"La situation est très mauvaise, notamment pour les enfants et les femmes parce qu'il existe des régions où les vivres supplémentaires, qui sont censés être un supplément, ne sont plus un supplément. C'est le repas des enfants", déclare Festo Kavishe, représentant de l'UNICEF au Zimbabwe.

Les vivres supplémentaires, distribués aux enfants – âgés de cinq ans et moins – sont à présent parfois partagés par la famille entière. Carolyn McAskie, coordonnatrice adjointe de l'aide d'urgence au Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, a déclaré à l'agence d'information de l'ONU, IRIN, que "Nous commençons à voir l'évidence d'une grave malnutrition au Zimbabwe".

"Il y a des signes de kwashiorkor, mais ce n'est pas encore répandu. Il y a des signaux d'avertissement de l'imminence d'une crise", indique-t-elle.

Selon Kavishe, en mai, le nombre global d'enfants qui étaient sous-alimentés était de 6,4 pour cent. Ceux qui étaient en dessous de leur poids, 20 pour cent, tandis que ceux qui souffraient d'une malnutrition chronique étaient de 33 pour cent. Mais les derniers chiffres, d'après une évaluation récente, révèlent une augmentation de ces nombres.

"Pour ceux qui sont fortement sous-alimentés, le nombre est passé de 6,4 pour cent à plus de sept pour cent et ceux qui sont en dessous de leur poids sont passés de 20 pour cent en mai à 24 pour cent. Le nombre des sous-alimentés chroniques a aussi augmenté", souligne Kavishe.

"Nous n'avons encore aucune information sur des cas de décès, mais si nous n'obtenons pas de soutien de la part des bailleurs pour empêcher que cela se produise, je pense que cela va se produire", affirme-t-il.

Chaque jour qui passe est une longue bataille pour que Kavishe vienne à bout de la situation de malnutrition qui empire au Zimbabwe. "Nous apprenons beaucoup de nouvelles selon lesquelles de nombreuses familles n'ont pas assez à manger, la situation alimentaire de leurs enfants se détériore et dans certaines régions, elles n'ont pas assez d'eau et d'installations sanitaires", indique-t-il.

Cette semaine, l'UNICEF a reçu 600 tonnes métriques de maïs – un aliment de base au Zimbabwe – comme vivres supplémentaires.

"Nous sommes confrontés au problème de mobilisation de fonds, mais par bonheur, nous avons obtenu un financement de l'organe humanitaire de l'Union européenne (UE). Nous avons également reçu des fonds de l'Italie et l'UNICEF-même nous a accordé un prêt.

"De plus en plus, les bailleurs veulent séparer le volet humanitaire des aspects politiques et pour l'UNICEF, ce que nous disons est que, quels que soient les problèmes qui existent, les personnes qui sont affectées sont pour la plupart des enfants et des femmes. Et c'est réellement là que nous voulons concentrer notre attention", explique Kavishe.

"Nous demandons aux bailleurs de voir que c'est une crise qui affecte principalement les enfants et les femmes, et nous avons réellement besoin d'assistance pour éviter de tomber dans une crise très profonde", ajoute-t-il.

Les conséquences du programme de réforme agraire et des violations des droits de l'Homme au Zimbabwe, auprès des bailleurs internationaux, ont assombri la capacité du pays à attirer l'aide.

La semaine dernière, James Morris, directeur général du Programme alimentaire mondial (PAM) a exhorté les bailleurs à accroître leur aide au Zimbabwe. Jusqu'ici, seulement 82 millions de dollars US, soit un tiers de l'appel de 285 millions de dollars US de l'ONU, ont été reçus pour aider le pays à surmonter sa crise alimentaire.

"L'ampleur des difficultés se lit sur les visages que j'ai vus. J'ai été frappé par les histoires tragiques que les gens racontaient", déclare Morris qui était au Zimbabwe dans le cadre de sa mission dans six pays de la région d'Afrique australe.

"Manifestement, chaque jour est un énorme combat pour survivre et la situation ne fera qu'empirer au cours des mois à venir", affirme Morris qui est également l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU pour la crise humanitaire en Afrique australe.

Le gouvernement du Zimbabwe installe des familles noires dans des fermes saisies à 4.500 fermiers blancs qui possédaient 70 pour cent des meilleures terres dans le pays, avant le démarrage du programme de réforme agraire il y a deux ans.

Les Blancs constituent moins de un pour cent de la population du Zimbabwe.

Selon des critiques, l'exécution du programme de réforme agraire, qui compromet la situation de sécurité alimentaire du pays, est vouée à l'échec.

Déjà, des fermiers commerciaux prédisent de plus importantes pénuries alimentaires l'année prochaine.