ENVIRONNEMENT-SENEGAL: La municipalité de Dakar lance la guerre contre lesordures

DAKAR, 16 sept (IPS) – Les nouvelles autorités municipales de Dakar, installées en mai dernier, affichent leur détermination à mener "la guerre" contre les 1.200 tonnes d'ordures produites par jour dans la capitale sénégalaise peuplée de près de deux millions d'habitants.

En fait, la vile de Dakar tente, depuis deux mois, de retrouver sa propreté d'antan, après une longue période au cours de laquelle d'énormes quantités d'ordures, amoncelées ou éparpillées partout dans la cité, étaient devenues un fléau qui avait fini par ternir l'image de la capitale.

La municipalité de Dakar est d'autant plus déterminée que le président de la République, Abdoulaye Wade, a menacé de faire destituer toute équipe municipale qui se révèlera incapable d'assurer la propreté de sa localité. "Les responsables des municipalités doivent faire de la propreté l'une de leurs priorités. Je ne tolèrerai pas la saleté dans nos villes. Tout maire qui ne peut pas assurer la propreté de sa localité sera remplacé", avait déclaré Wade le 12 mai dernier, jour des élections municipales et rurales.

Pour réussir cette mission, l'équipe municipale de Dakar a suscité la création de Groupements d'intérêts économiques (GIE) de jeunes spécialisés dans la collecte des ordures pour venir en appoint à l'entreprise étrangère chargée d'accomplir ce travail depuis le début de l'année. "Cette politique est destinée à pallier les insuffisances de la société chargée de la collecte des ordures. A elle seule, elle ne pourra pas y arriver. La ville est grande et elle ne peut pas être partout", souligne Souleymane Ndiaye, un conseiller municipal. Le financement réservé à la gestion des ordures par la municipalité de Dakar est de quelque 800 millions de francs CFA (environ 1,2 million de dollars US) par an. Les GIE interviennent surtout dans les quartiers de la banlieue de Dakar, répartis en zones. Equipés de camions spécialisés, ils passent deux ou trois fois par semaine, au grand bonheur des populations. "Pendant longtemps, les ordures ont constitué un casse-tête pour nous. Pour s'en débarrasser, nous étions souvent obligés de les enfouir dans la cour de notre maison.

Maintenant, nous nous sentons soulagés", explique Maïmouna Sarr, une ménagère habitant le quartier de Grand Yoff. "L'image de la ville s'est complètement dégradée depuis près de deux décennies à cause des ordures. Ceux qui connaissaient la ville dans les années 70, ne la reconnaîtraient pas aujourd'hui", regrette Mamadou Ndoye, un septuagénaire natif de Dakar. "La gestion actuelle des déchets relève du pilotage à vue. Il n'y a pas de planification dans la gestion des ordures aussi bien dans la capitale que dans les régions. Il n'y a jamais eu un plan directeur de gestion de ces déchets. Faute d'une bonne planification, nous ne pourrons pas faire efficacement face au fléau", regrette-on à la Direction de l'environnement et des établissements classés du Sénégal (DEEC).

La DEEC reconnaît que "L'avantage d'un plan directeur, c'est qu'il nous permettra de suivre le processus de collecte et de gestion des ordures".

La dégradation de l'environnement à Dakar a commencé au milieu des années 80, avec la dissolution de la Société africaine de développement industriel et de propreté (SOADIP) qui était chargée du nettoiement, de la collecte et de la gestion des ordures ménagères de la ville.

Les ordures collectées à Dakar et sa banlieue sont envoyées à Mbeubeuss, une décharge située à 25 kilomètres au nord-est de la ville. Long de 4 km et ouvert en 1970, le site a depuis longtemps dépassé sa capacité d'accueil. Située à près de 2 km de la mer, la décharge se trouve sur une nappe phréatique qui assure une partie de l'alimentation en eau de la capitale.

Pour éviter des risques de contamination à cause de la pollution de la nappe, la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES) a fermé les forages qui utilisaient l'eau de cette source profonde seulement d'une dizaine mètres. "Mbeubeuss ne répond pas aux normes d'une décharge. C'est une décharge sauvage qui accueille toutes sortes de déchets qui n'ont subi aucun traitement préalable. D'ailleurs, il n'existe pas une seule décharge contrôlée dans tout le pays. Aucune décharge ne répond aux normes", déplore Michel Sarr, employé de la DEEC, qui a soutenu une thèse de doctorat sur la gestion des déchets à Dakar.

Les conséquences de la décharge ne cessent de se faire sentir sur le plan sanitaire par les habitants des quartiers riverains. En plus des odeurs à la fois pestilentielles et âcres, ils se plaignent souvent de maladies diarrhéiques, pulmonaires et autres picotements au niveau de la peau. "Il ne se passe pas un jour sans que nous n'enregistrions un cas de ces maladies dans notre quartier. Vous ne pouvez pas savoir les risques sanitaires que nous courons avec cette décharge. Depuis plusieurs années, nous ne cessons de demander sa fermeture, mais l'Etat ne semble pas se préoccuper de notre sort", confie Moussa Sow, habitant d'un petit village peul situé à moins de 2 km du site. "Nous enregistrons beaucoup de maladies causées par un manque d'hygiène et nous savons que la décharge n'est pas étrangère à cela. Les risques sont énormes pour la population", confirme un infirmier du centre de santé de la zone. Les écologistes ne cessent de décrier cette décharge qu'ils considèrent comme une "bombe écologique". "Cette décharge est une aberration. Elle ne répond pas aux normes d'une décharge et constitue une menace pour les populations et pour l'environnement", explique Ibrahima Sy, un militant proche de la direction du Parti africain des écologistes du Sénégal (PAES).

"Nous avons réclamé sa fermeture depuis longtemps, mais le gouvernement ne fait rien pour la fermer. Ce qui est sûr, c'est que si cette situation continue, nous devons nous attendre à une catastrophe écologique", prévient Sy. Avec quelque 9,8 millions d'habitants, le Sénégal est un pays pauvre d'Afrique de l'ouest, où 65 pour cent de la population vivent sous le seuil de pauvreté.