DROITS: Robinson des Nations Unies part en renouvelant ses critiques contreles Etats-Unis

GENEVE, 12 sept (IPS) – Mary Robinson quitte ses fonctions de Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l'Homme en renouvelant ses condamnations de la politique que les Etats-Unis ont mise en œuvre après les attentats terroristes du 11 septembre à New York et Washington.

Robinson a relevé que suite aux attentats terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone, plusieurs pays avaient introduit des réformes dans leur législation et procédures légales qui n'étaient pas conformes aux normes internationales de base pour les droits de l'Homme.

Les Etats-Unis ont le devoir d'établir des normes plus élevées parce que d'autres nations utilisent les points faibles de la législation américaine pour justifier leurs propres violations des droits, a-t-elle déclaré mardi, son avant dernier jour en tant que principal responsable de l'ONU pour les droits de l'Homme.

Elle a expliqué, au cours d'une conférence de presse donnée en français qu'il était nécessaire de critiquer la politique de Washington d'abord et avant tout, parce que lorsqu'elle critique d'autres pays pour leurs performances en droits humains, "ils disent de regarder ce qui se passe aux Etats-Unis".

Robinson avait servi en qualité de président d'Irlande de 1990 à 1997, et son mandat à la tête de la Commission des Nations Unies pour les droits de l'Homme a pris fin mercredi. Son successeur est un diplomate brésilien, Sergio Vieira de Mello, qui a eu une longue carrière au sein du système des Nations Unies.

Au début de 2001, elle a concédé à la demande du secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, de rester au poste de quatre ans pour une année supplémentaire.

Même si elle a plus tard exprimé son désir de rester encore plus longtemps, en mars 2002, elle avait annoncé qu'elle allait démissionner, évoquant comme argument le fait que le gouvernement américain était opposé à une autre prorogation de son mandat.

Les positions de Robinson sur le conflit israélo-palestinien, la Conférence mondiale contre le racisme (tenue en 2001 dans la ville sud-africaine de Durban), et le traitement que les Etats-Unis infligent aux prisonniers talibans et de Al Qaeda emprisonnés sur la base américaine de Guantánamo, à Cuba, ont provoqué des frictions dans ses relations avec Washington.

Elle a déclaré mardi à Genève, à sa dernière conférence de presse officielle, que la "cause première" du problème des droits humains dans les territoires palestiniens résidait dans l'occupation israélienne de ces zones.

Robinson a également renouvelé ses condamnations des attentats suicides continus contre les civils israéliens, tout en exprimant sa satisfaction que la possibilité d'un Etat palestinien ait trouvé une place sur le programme de la communauté internationale.

A la conférence contre le racisme l'année dernière, les Etats-Unis et Israël ont quitté les délibérations parce que l'avant-projet de la déclaration finale contenait des affirmations sur le sionisme que contestaient les deux délégations.

Les références au sionisme ont été supprimées du texte final, mais Robinson n'avait pas pu convaincre les diplomates américains et israéliens de soutenir la déclaration.

La responsable sortante de l'ONU a dit qu'elle était encouragée par l'existence de voix critiques à l'intérieur des Etats-Unis et d'autres pays industrialisés par rapport aux politiques gouvernementales en matière de droits humains.

Dans ses déclarations mardi, Robinson a recommandé un nouveau rapport fait par la Commission des avocats pour les droits de l'Homme, une organisation indépendante basée aux Etats-Unis, qui met en exergue les contradictions existant entre les lois et les mesures de sécurité imposées par Washington après le 11 septembre 2001, et les valeurs fondamentales du pays.

Michael Posner, directeur exécutif de la Commission des avocats, a indiqué que le "mode des opérations" de l'administration de George W. Bush, depuis les attentats terroristes sur les Tours jumelles à New York et sur le Pentagone à Washington, n'est "pas en accord avec les principes fondamentaux américains et internationaux en matière de droits humains".

Le rapport de la Commission des avocats, publié la semaine dernière, est une critique "incroyablement virulente" des Etats-Unis et décrit vraiment une situation sérieuse, a déclaré Robinson, qui se rendra à New York en octobre pour travailler sur le projet connu comme l'Initiative éthique de la mondialisation.

Mais au-delà des critiques, elle a applaudi la force de la démocratie américaine, le fait que la société et le Congrès mettent en cause les politiques de l'administration Bush, et l'indépendance du système judiciaire.

L'Initiative éthique de la mondialisation est pilotée par deux organisations non gouvernementales américaines, l'Institut Aspen et l'Etat du Forum mondial, et également par "International Council on Human Rights Policy" (Conseil international sur la politique de droits de l'Homme) basée en Suisse.

Robinson a décrit le projet comme une tentative d'incorporer le cadre légal des droits de l'Homme dans le débat international sur la mondialisation.

"Les droits de l'Homme n'ont rien à voir avec les mots et particulièrement pas avec la rhétorique", a-t-elle affirmé, observant qu'il y a beaucoup trop des deux dans le débat de la mondialisation. Il y a "trop peu de substance" à ce dont nous avons besoin pour œuvrer pour une mondialisation juste.

L'objectif de l'initiative est de favoriser la protection et la promotion des droits de l'Homme au niveau local parce que "nous ne mettons pas assez l'accent sur l'aide aux pays en développement pour construire leurs propres systèmes nationaux de protection pour les droits de l'Homme", a ajouté Robinson.

Ses propres efforts, a-t-elle indiqué, seront focalisés sur l'Afrique, où elle espère réunir les organisations gouvernementales et de la société civile pour travailler au renforcement du respect des droits de l'Homme.

L'alliance créée par les gouvernements africains, connue comme le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), dit dans son document constitutif que les dirigeants du continent donnent la priorité au renforcement de l'administration de la justice et de l'Etat de droit, ainsi qu'à la validité des droits humains, a souligné Robinson. Le Commissaire sortant de l'ONU a dit qu'elle "s'inspirerait de ce document" pour son travail futur.