SANTE: Le SIDA ravage l'Afrique

GENEVE, 27 juin (IPS) – Le SIDA ravage actuellement l'Afrique au sud du Sahara, où plus de 28 millions de personnes vivent avec le VIH/SIDA, selon une agence spécialisée des Nations Unies qui a averti le Groupe des huit grandes puissances industrielles (G-8) à la veille de leur sommet au Canada.

Le SIDA (Syndrome d'immunodéficience acquise) a conduit à une baisse d'au moins quatre pour cent de la croissance économique de l'Afrique sub-saharienne, a indiqué le Programme conjoint des Nations Unies (ONUSIDA) au G-8 qui comprend le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la Russie.

Dans les nations africaines les plus durement touchées, la productivité de la main-d'œuvre a été réduite de près de 50 pour cent, et "d'ici à 2020, plus de 25 pour cent de la main-d'œuvre pourrait être perdue au profit du SIDA dans certains pays durement atteints", indique la déclaration de l'ONUSIDA.

L'ONUSIDA a publié les dernières données sur l'épidémie du SIDA en Afrique – qui montre que dans certains pays, 30 pour cent des tests de la population adulte pour le VIH (Virus d'immunodéficience humaine) étaient positifs – dans un document qui devait être débattu mercredi par les chefs d'Etat du G-8 à Kananaskis, Alberta, au Canada.

Selon le dernier rapport de l'ONUSIDA, à la fin de l'année 2000, il y avait 25,3 millions de séropositifs en Afrique sub-saharienne et 36,1 millions dans le monde entier. Le total mondial actuel est de 40 millions, selon ce qu'a rapporté, deux semaines auparavant, le directeur de la mobilisation sociale et de l'information de l'ONUSIDA, Marika Fahlen.

Les nouvelles statistiques sur l'Afrique publiées mardi sont un avant-document du rapport annuel que l'ONUSIDA distribuera la semaine prochaine, en prélude à la 14ème conférence internationale sur le SIDA qui se tiendra du 7 au 12 juillet à Barcelone, en Espagne.

Le communiqué de presse de l'ONUSIDA annonçant la publication du rapport annuel, sous embargo jusqu'au 2 juillet, avertit que le taux de mortalité mondial du SIDA augmentera rapidement dans les deux prochaines décennies, notamment en Chine, en Russie, en Indonésie et en Afrique de l'ouest.

Mais certains pays, comme la Zambie, la Pologne et le Cambodge, ont mis en œuvre des programmes de prévention réussis, et selon le directeur exécutif de l'ONUSIDA, Peter Piot, "les réalités concernant le SIDA en Afrique sont dures, mais il y a de l'espoir.

"Certaines nations ont fait reculer avec succès l'épidémie avec des programmes nationaux anti-SIDA bien financés et soutenus par le gouvernement", a indiqué le responsable. "Ces efforts doivent être accrus pour atteindre chaque individu en Afrique au sud du Sahara. L'investissement dans le SIDA sera remboursé mille fois dans des vies sauvées, des communautés maintenues ensemble, et des économies préservées".

Piot souligne que "Chaque élément de la société africaine – depuis les enseignants jusqu'aux fermiers, en passant par les soldats- est attaqué par le SIDA", et l'effet dévastateur de la maladie est en train de "réduire à néant" des décennies de progrès vers le développement dans la région.

Les dernières statistiques sur l'Afrique sub-saharienne dépeignent un panorama peu reluisant de la situation dans les zones rurales, où sept millions de décès liés au SIDA ont sérieusement réduit les rendements dans les fermes.

Une famille rurale sur cinq au Burkina Faso a été contrainte de limiter leur travail dans les champs ou même d'abandonner leurs fermes à cause du SIDA.

Avec moins de bras disponibles pour travailler, les familles ont été obligées de cultiver de plus petites surfaces ou de se consacrer à des "produits de subsistance demandant moins d'effort, qui ont souvent une valeur nutritionnelle et une valeur marchande moins élevées", selon la déclaration.

L'ONUSIDA a également souligné les effets de l'épidémie sur les forces de sécurité de plusieurs nations africaines, où la proportion des soldats séropositifs pour le VIH varient entre 20 et 40 pour cent. Mais dans des nations où le VIH/SIDA est présente depuis plus d'une décennie, cette proportion va jusqu'à 50 ou 60 pour cent.

La régression économique causée par le SIDA a conduit à une réduction des recettes publiques, tandis que les employés du secteur public meurent de la maladie.

Dans pareilles conditions, les gouvernements sont incapables de faire face aux besoins de la population, et "comme les services essentiels tels que la santé, le bien-être, et la justice deviennent moins bons, les ménages les plus pauvres et les plus vulnérables subissent le pire des conséquences", avertit la déclaration.

L'ONUSIDA estime que le gouvernement du Botswana, par exemple, perdrait 20 pour cent de ses revenus d'ici à 2010 à cause du SIDA. Et au Kenya, les décès de trois policiers sur quatre sont dus au SIDA.