DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: La Banque Mondiale ne propose pas de solution pour sortir de la crise

NAIROBI, 18 sept. (IPS) – Le Rapport sur le Développement dans le
Monde qui
vient d'être publié par la Banque Mondiale fait un bon diagnostic
des
racines et de l'étendue de la pauvreté dans le monde, mais manque
de
proposer des solutions de sortie de crise pour les pays les moins
développ és
d'Afrique, selon un économiste.

Bien que le rapport fournisse des définitions variées sur les
différen ts
niveaux et formes de pauvreté, les recommandations qui y sont
contenues sont
en contradiction avec les stratégies de réduction de la pauvreté
que la
Banque recommande actuellement, estime Mike Ngwalla, un consultant
en économie.
"Les prescriptions contenues dans le rapport pour lutter contre
la pauvret é
sont à l'opposé des politiques mises en uvre par la Banque
Mondiale en
Afrique, dont une bonne partie ne profite pas directement aux
pauvres",
indique Ngwalla.
"L'analyse de la Banque est complètement erronée. Je pense qu'ils
mettent
en uvre des politiques économiques qui vont nous rendre davantage
dépendants de leur argent", a-t-il déclaré à IPS.
Le rapport intitulé 'S'attaquer à la pauvreté', place l'Afrique au
sud du
Sahara au premier rang des régions du monde où le nombre de
pauvres est en
augmentation constante. L'Afrique sub-saharienne représente 24,3
pour cent
des 2,8 milliards de personnes dans le monde qui vivent avec moins
d'un
dollar par jour.
Le rapport, qui constitue la première analyse approfondie de la
pauvreté
effectuée par la Banque en une décennie, admet que toute réduction
importante de la pauvreté ne sera possible que si les facteurs
sociaux qui
la favorisent, tels que le manque d'opportunités et les
discriminations
fondées sur le sexe, sont combattus.
Selon le rapport, "les pauvres ne jouissent pas des libertés
fondamentales
d'action et de choix, que les plus nantis considèrent comme allant
de soi".
Le rapport ajoute : "Les pauvres manquent souvent de nourriture,
de
logement, d'éducation et de santé adéquats. Ce sont là des
privations qui
les empêchent de mener le genre de vie que tout le monde trouve
normal".
Pour relever ces défis, le rapport désigne trois domaines
prioritaires sur
lesquels la communauté internationale doit mettre l'accent dans
ses efforts
de réduction de la pauvreté. L'un de ces domaines est
l'élargissement des
opportunités économiques à travers la stimulation de la croissance
économique et l'orientation des marchés vers un meilleur service
au bénéfice
des pauvres.
De tels efforts sont déjà visibles aux Etats Unis à travers la Loi
sur la
Croissance et l'Opportunité en Afrique, qui vise à promouvoir les
relations
commerciales entre les deux régions.
Un autre domaine de haute priorité est la nécessité d'habiliter
les pauvres
en vue d'augmenter leurs capacités à participer à la prise de
décisions qui
les affectent, à travers la promotion de leur patrimoine tel que
la terre et
l'éducation. Selon le rapport, ceci peut être accompli au moment
où un
système de sécurité sociale est conçu pour eux. Ce système
comporterait par
exemple la réduction de la vulnérabilité des pauvres aux maladies,
les chocs
économiques, les catastrophes naturelles et le chômage.
"Nous savons que la croissance économique est indispensable à la
réduction
durable de la pauvreté. Mais nous reconnaissons également la
nécessit é des
changements institutionnels et sociaux pour la force des processus
de
développement et la participation des pauvres", déclare Nicholas
Stern
Economiste Principal et vice-Président à la Banque Mondiale.
Ngwalla n'est pas de cet avis. Il indique que de tels objectifs
seront
impossibles à atteindre pendant que les institutions de Bretton
Woods
continuent à exiger les compressions dans la fonction publique, et
la
libéralisation des fragiles marchés africains.
"Comment pouvez-vous réduire la vulnérabilité des gens aux
maladies lorsque
vous exigez qu'ils supportent les coûts des soins médicaux avec
les mêmes
gouvernements dont ils paient les impôts ?"
Selon Ngwalla, contrairement à ce que suggère le rapport, il
serait
impossible de mettre le système de marché au service des pauvres,
puisque le
continent se trouve déjà déchiré par de nombreux conflits, est
économiquement faible et souffre du VIH/SIDA.
Ngwalla a justifié ses sentiments par rapport au rôle de la Banque
Mondiale,
en rappelant la compression en cours de quelque 75.000
fonctionnaires au
Kenya – une compression qui conditionnait la reprise de l'aide par
la
Banque, qui a été interrompue depuis trois ans.
Le programme a déclenché des protestations des syndicats, qui
estiment que
les compressions ne feront que renforcer la pauvreté dans ce pays
d'Afrique
de l'Est.
Selon Ngwalla, l'Afrique aurait à aller au-delà de sa dépendance
de l'aide
et prendre l'initiative de s'attaquer elle-même à sa pauvreté,
imitant ainsi
certains pays d'Asie. "Pouratteindre un certain niveau, Taiwan,
la Chine et
la Corée ont dû laisser de côté les prescriptions des institutions
de
Bretton Woods et arrêté la libéralisation de leurs économies",
ajoute-t-il.
Ngwalla insiste que pour les économies africaines dont la plus
grande partie
repose sur l'agriculture, la réponse à la pauvreté repose sur
l'amorce du
processus d'industrialisation par phases, à commencer par
l'agriculture
intensive à travers l'usage de machines moins chères fabriquées
sur place.
Le malheur de l'Afrique réside dans le coût élevé de la production
agricole
en raison de la cherté des équipements agricoles importés et des
intrants.
"Un planteur doit exporter de grandes quantités de café pour
avoir les
moyens de s'acheter un tracteur", ajoute-t-il.
Le sous-secrétaire Général et le Conseiller au Secrétaire Généra l
pour
l'Afrique, Ibrahim Gambari, a exprimé les mêmes préoccupations
lorsqu'ils
étaient récemment en Zambie. Le sous-secrétaire a déclaré que la
communauté
mondiale est fatiguée d'aider l'Afrique à sortir de ses problèmes,
et qu'il
est temps que le continent utilise ses ressources pour mettre fin
à la
pauvreté.
"L'Afrique devrait prendre les devants dans la réalisation de la
paix et
pour son propre développement. Nous devons nous attaquer à la
cause profonde
des guerres qui ravagent le continent africain", a-t-il dit.
Mwangi Kimenyi, un expert en politique à l'Institut pour la
Recherche et
l'Analyse en matière de Politique Publique à Nairobi, (KIPPRA), ne
partage
toutefois pas cet avis.
"Contrairement à la sagesse conventionnelle, les conditionnalités
de l'aide
imposées par les institutions de Bretton Woods ne semblent pas
avoir eu des
effets significatifs sur les réformes de politique", déclare-t-
il.