SANTE-CONGO: Les femmes vivant avec le VIH/SIDA sortent de l'ombre

KINSHASA, 6 févr. (IPS) – Les femmes vivant avec le VIH/SIDA en
République
Démocratique du Congo (RDC) ont décidé de sortir de l'ombre, pour
apporter
des témoignages et des messages de sensibilisation sur la pandémie
qui les
touche en majorité.

Avec un taux de prévalence de 4,3 pour cent, la RDC est l'un des
pays les
plus touchés par le virus du Sida. Chaque jour qui passe, au moins
une
personne meurt dans les grandes formations médicales.
Les femmes en sont les premières victimes. Les statistiques sur la
répartition par sexe des cas de Sida notifiés en R.D.C, montrent
que 50,5
pour cent des femmes sont infectées contre 49,5 pour cent
d'hommes.
Outre les affres de la maladie, les femmes séropositives sont
carrément
rejetées et par la société et par les membres des familles. Elles
se
retrouvent ainsi dans la rue, abandonnées à leur triste sort.
Face à ce mal qui se dresse devant elles, quelques femmes
séropositives se
sont décidées à sortir de leur clandestinité pour relever ce défi,
malgré
les obstacles dus au poids de la coutume, au non-respect des
droits de la
femme et au contexte juridique défavorable.
Quelque 1042 femmes séropositives sont réunies au sein de la
Fondation Femme
Plus (FFP), une Organisation non-gouvernementale d'accompagnement
psychosocial des femmes infectées par le Sida, qui leur apporte
assistance
sur les plans médical, alimentaire et juridique.
Ces femmes apparemment en bonne santé, ne cachent pas leur état
sérologique.
Pendant les campagnes de sensibilisation, elles parlent de leur
maladie
comme d'une simple grippe.
"C'est notre contribution au grand mouvement de prévention et
notre façon
de réduire la propagation du virus", déclare Felly Konzi,
membre de la
Fondation depuis 1996.
Pour Felly, se dévoiler devant les autres, parler sans honte de sa
maladie,
est la seule façon de vivre en harmonie avec soi-même et aussi
avec les autres.
"Nous ne devons pas continuer à nous cacher. En nos qualités de
mère,
d'éducatrice, nous avons le devoir de protéger les autres, face à
cette
pandémie qui ravage notre pays", affirme-t-elle.
A en croire Yvi Katanga, Secrétaire exécutif à ladite Fondation,
ces femmes
avaient perdu tout espoir. La plupart, venues avec des larmes aux
yeux, ont
même tenté de se suicider. Aujourd'hui, après plusieurs séances de
conseil,
celles-ci pensent qu'il faut vivre positivement
"Car on ne meurt pas que du Sida", indique Georgette Tabu, l'une
des plus
jeunes membres de la Fondation.
Ce sont ces femmes désormais qui accueillent et réconfortent les
nouvelles
venues. Elles ont ainsi repris goût à la vie.
Safi Mélanie, 36 ans, mère de 6 enfants, est l'une des plus
anciennes
membres de la Fondation. Elle a appris au moment du deuil de sa
voisine
décédée du Sida que celle-ci était la maîtresse de son mari. Mais
à la mort
de ce dernier, c'est elle que la belle-famille culpabilise et
chasse de la
maison avec ces enfants.
"Malgré le fait que la belle-famille m'ait tout ravi, et malgré
les
difficultés que j'affronte jour et nuit pour nourrir mes enfants
et payer
leurs études, je reste d'humeur égale", déclare Safi qui consacre
le gros
de son temps à visiter et à aider ceux qui sont encore sous le
choc de
l'annonce du résultat de leur test positif.
Bernadette Mulelebue, Directrice exécutive de la FFP, pense que
les
personnes vivant avec le virus à VIH/Sida sont des personnes à
part entière.
A ce titre, elles doivent bénéficier des même droits que tous les
citoyens
congolais, notamment le droit au travail. C'est pour cette raison
que la
Fondation a créé des emplois pour les bénéficiaires.
Grâce à un financement du Programme d'Appui Transitoire à la Santé
PATS/UE,
la Fondation s'est construit un bâtiment dans un des grands
quartiers
populaires de la capitale. Ce bâtiment abrite désormais les
bureaux de la
Fondation, un restaurant, une pharmacie, un atelier de confection,
une
terrasse, un petit dispensaire, où seuls les membres bénéficient
des emplois.
Bernadette Mande, comptable de la Fondation, s'en rejouit. "Avec
mon
salaire de 200 dollars, je peux soulager tant soit peu les
difficultés de ma
famille et créer une activité génératrice de revenus qui me permet
de relier
les deux bouts du mois".
Mais si pour certains, ces femmes méritent d'être traitées comme
des êtres à
part entière, d'autres par contre les voient d'un mauvais il.
C'est le cas
des voisins de la Fondation qui pensent que la présence de ces
femmes
séropositives est une menace pour ce quartier.
"Elles vont nous amener la maladie dans nos maisons et vont
souiller le
quartier. Elles doivent être mises en quarantaine loin de la ville
et non
dans une cité populaire au risque de contaminer tout à leur
passage",
affirme un habitant du quartier.
Mais ces femmes ne s'avouent pas pour autant vaincues au
contraire, elles
cherchent à se familiariser avec leur voisinage.
"Nous voyons avec quels yeux ils nous regardent et comment ils
murmurent
quand nous passons. Mais nous n'avons pas besoin de leur pitié.
C'est plutôt
de leur amour que nous avons besoin pour vivre longtemps",
affirme une
pensionnaire.
Pour le Directeur du Bureau Central de Coordination de Lutte
Contre le Sida,
le Dr Bongo Béni, ce comportement de la population est lié au
manque de
politique de sensibilisation sur le Sida, ce qui fait que tout le
monde
évite les malades.
"Il n'y a jamais eu des campagnes populaires à Kinshasa. Les
rares
campagnes organisées le sont par les ONG et visent des groupes
très
restreints. Ce relâchement a pour conséquence l'augmentation de
nouveaux
cas", dit-il.
Le médecin qui félicite le courage de ces femmes, pense qu'une
telle
initiative est à encourager car, reconnaître sa séropositivité et
refuser de
contaminer les autres est une façon d'éviter d'entraîner le pays
dans une
hécatombe.
"Au lieu de les abandonner à elles- même, la population ferait
mieux de les
accepter car tous ceux qui les rejettent sont peut-être des
malades qui
s'ignorent", a-t-il ajouté.
Pour ces femmes qui ont juré de ne pas baisser les bras devant ce
mal qui
ronge le pays, participer activement à la lutte contre ce fléau
est leur
façon de contribuer au développement du Congo.