SANTE-SENEGAL: La lutte contre le Sida se poursuit, fort des succès remportés

DAKAR, 5 févr. (IPS) – Les succès remportés dans la lutte contre
le VIH/SIDA
au Sénégal n'ont pas enivré les Sénégalais qui continuent de
traquer les
dernières résistances de la maladie, à travers la sensibilisation
des
populations.

Un récent voyage de presse organisé à travers certaines localités
du
Sénégal, sur l'initiative du Programme des Nations Unies pour le
développement (PNUD), a permis aux hommes des médias venus des
quatre coins
du monde, de constater la poursuite de multiples initiatives
destinées à
venir à bout de la pandémie qui décime des populations entières en
Afrique.
Les succès remportés au Sénégal n'occultent pas le fait que la
pandémie
continue à sévir dans certaines localités reculées du pays.
Louga, une ville qui se caractérise par la diversité des ethnies –
Wolof,
Halpular, Maures, Sérères – qui cohabitent en son sein et par la
jeunesse
de ses habitants, connaît un taux de prévalence du VIH/SIDA, très
élevé,
parmi la population des jeunes.
L'émigration, la transhumance et la prostitution dues
essentiellement à la
pauvreté, à la fragilité de l'écosystème et à l'insuffisance des
ressources
naturelles, en sont les principales causes.
La population de Louga a enregistré ces dernières années un grand
nombre de
décès dus à la contamination par des partenaires émigrés.
Les autorités de cette région luttent principalement contre le
"lévirat",
une pratique sociale qui veut que le frère du défunt hérite
automatiquement
de son épouse. Dans le cas où ce dernier serait décédé à cause du
SIDA, son
épouse va contaminer celui qui vient de l'hériter qui, à son tour,
contaminera son épouse qui aura des enfants contaminés. De plus,
la
polygamie est une pratique courante dans la région.
Cette pratique traditionnelle a causé et continue de causer des
ravages en
matière de contamination par le VIH-SIDA. La lutte contre cette
pratique
ancestrale est menée sur deux fronts.
Le premier est mené par l'équipe Relais Education Pour la Santé
(EPS) qui,
par le biais de sa troupe théâtrale, sensibilise la population
aux dégâts
causés par cette pratique. "Dans le cas où les familles
résistent à
l'abandon de la pratique du lévirat, nous les sensibilisons au
port du
préservatif", explique Momar Samb, un membre du relais EPS.
Le deuxième front est mené par le Club Stop SIDA du Lycée Malick
Sall.
"Notre lutte contre cette pratique se fait par le biais des
conférences
publiques et religieuses, projections de films sur le SIDA et des
expositions", explique la jeune Ndeye Amy Niang, membre de ce
Club.
"Ce que je fais, je le fais par conviction car ce qui arrive
aujourd'hui,
aura certainement des influences négatives sur notre avenir", dit-
elle à
IPS.
Toutefois, ce qui est apparent est que malgré tous ces efforts
déployés par
les autorités et la société civile, le SIDA reste encore un tabou
et le port
du préservatif l'est encore davantage.
A Niomré, un village situé à 10 Km de la ville de Louga où l'on
rencontre les mêmes symptômes de pauvreté qui engendrent les mêmes
réactions
à savoir, une mobilité intense de la population, l'émigration vers
les pays
occidentaux et les Etats-Unis, le SIDA est considéré comme étant
un
châtiment de Dieu.
"Si vous n'abandonnez pas la fornication, une maladie terrible
s'abattra
sur l'humanité, avait prévenu Mohamed, le prophète de l'Islam",
argumente
le chef de ce village.
"Dans notre communauté, on ne rejette pas les malades du SIDA car
c'est la
volonté divine qui l'a voulu, mais on fait tout ce qui est dans
notre
possible pour qu'ils ne contaminent pas les autres et ce, en leur
interdisant de s'approcher des femmes ou de se marier ", ajoute-t-
il.
Les préservatifs ne sont disponibles dans aucunes des boutiques du
village
car, on n'ose pas encore en parler ni en publique, ni en famille.
"Dans nos familles, on ne parle pas de sexe et on n'évoque rien
qui ait
trait au sexe", confie à IPS, le jeune Moudou Fall, un boutiquier
du coin.
"Pour nous c'est une honte", poursuit-il.
Dans ce village, il n'y a qu'une seule pharmacie et l'unique
endroit où l'on
peut se procurer des préservatifs. Elle ferme toujours à 7 heures
du soir.
La prostitution demeure le principal canal de propagation de la
maladie.
A Saint-Louis, une ville touristique du Sénégal où les échanges
entre les
étrangers et les locaux sont très intenses, on note une prévalence
de 16
pour cent dans le milieu des travailleuses du sexe. La
prévalence dans
toute la ville est estimée à 5 pour cent.
"Dans le milieu de la prostitution, le plus grand danger vient
des
prostituées clandestines qui ne sont pas déclarées et ne possèdent
pas de
carnets de santé", fait savoir le Dr Abdoulaye Ndiaye, médecin
chef de la
région médicale de Saint-Louis.
Malgré les résultats encourageants obtenus dans la lutte contre le
Sida, le
Sénégal compte 80.000 personnes infectées dont seules 130 sont
pris en
charge et reçoivent un traitement.
Le coût du traitement demeure exorbitant et inaccessible par
rapport au
pouvoir d'achat des sénégalais.
Mais le Sénégal donne l'espoir dans la lutte contre la pandémie,
car la
prévalence y est de 1 pour cent pour une population d'environ dix
millions
d'habitants.
Docteur Ibra Ndoye, coordonnateur du Programme Maladies
sexuellement
transmissibles (MST/SIDA), considère qu'il n'y a point de mystère
et tout
réside dans la réponse précoce du Sénégal à l'épidémie du SIDA.
"Le premier cas de SIDA au Sénégal, à été diagnostiqué en 1986 et
aussitôt
l'Etat a créé un Comité de Lutte contre le SIDA, en renforçant la
sécurité
contre certains facteurs de transmission de cette maladie, tels
que la
transfusion sanguine et l'intégration au niveau national d'un
programme de
prévention SIDA-MST".
Selon Ndoye, la stabilité politique et administrative des
autorités qui
gèrent la lutte contre le SIDA et une forte cohésion sociale, sont
d'autres
facteurs aussi importants que les premiers qui ont contribué à ce
succès.
"Le succès sénégalais est un succès africain et pour toute
l'Afrique",
précise Cheikh Tidiane Gadio, ministre des Affaires Etrangères.
Mais ce qui est sûr aussi, est que l'échec africain serait un
échec mondial,
dit-il.
"Si la résistance du SIDA persiste en Afrique, c'est le monde
entier qui en
souffrira", confirme le professeur sénégalais Souleymane Mboup.
Le PNUD qui a organisé ce voyage de presse pour lequel il a invité
les
médias de tous les continents, afin de leur permettre de partager
l'expérience du Sénégal et de célébrer son succès, est un
partenaire de
choix en matière de lutte contre la propagation de l'épidémie du
Sida au
sénégal.
Le PNUD est intervenu dès 1988 dans le financement du programme
national de
lutte contre le Sida, en mettant en place l'Unité centrale du
programme
Sida. Il a soutenu la politique de prise en charge clinique et
psychologique
des personnes vivant avec le virus.
L'agence des Nations Unies a également contribué à la mise en
place du
premier réseau régional des Personnes vivant avec le VIH/SIDA
(PVVIH), dans
la région de Tambacounda et appuyé son fonctionnement. Cinq micro-
projets de
prise en charge des PVVIH ont été exécutés.
Le PNUD appuie le plaidoyer des financements du Programme Sida et
aide à la
coordination des interventions des partenaires internationaux dans
le cadre
de la réunion de la commission mixte de suivi et de coordination
regroupant
les bailleurs de fonds du programme Sida qui se réunissent
semestriellement.
Il appuie aussi l'intégration de la lutte contre le Sida dans les
projets de
développement.
"Le PNUD est engagé plus que jamais dans la lutte contre le Sida
mais
compte aussi étendre l'expérience du Sénégal aux autres pays
touchés par
cette épidémie", déclare Djibril Diallo, directeur de la
division des
Affaires publiques du PNUD.
Selon lui, pour un maximum d'efficacité en matière de lutte contre
le Sida,
il faut impérativement intégrer les nouvelles Technologies de
l'Information
et de la Communication et l'expression artistique, voies par
lesquelles le
message passe rapidement et efficacement.