MOZAMBIQUE: Le pays lutte à la fois contre le cancer du col de l’utérus et le VIH

MAPUTO, 17 déc (IPS) – La femme sur le lit 27 dans la salle d’oncologie de l'Hôpital central de Maputo n'a aucune idée de comment elle a de la chance. En janvier, lorsque des douleurs abdominales ont commencé pour elle, un pharmacien a suggéré des analgésiques. Pendant des mois, “la douleur allait et revenait”, a-t-elle déclaré à IPS.

En avril, elle est allée au centre de santé local à Matola, à 15 km de la capitale du Mozambique, Maputo. Ses infirmier(ère)s venaient d'être formés et équipés pour détecter le cancer du col de l’utérus. Une croissance invasive a été détectée et la malade transférée à l'Hôpital central de Maputo (HCM, en portugais). La chimiothérapie a débuté en juin. Lorsqu’IPS l’a rencontrée, elle venait de terminer le troisième mois de chimio. Les médecins sont optimistes.

La prévention sauve des vies Cette année, dans trois districts dans le sud, le centre et le nord du Mozambique, 8.500 filles de 10 ans ont été vaccinées contre le Virus du papillome humain (VPH) dans un projet-pilote.

Le vaccin doit être administré avant que les filles ne deviennent sexuellement actives et exposées au VPH.

Les filles auront la troisième et dernière dose ce mois [octobre], a indiqué à IPS, Khatia Munguambe, une chercheuse au Centre de recherche en santé de Manhiça (CISM, en portugais).

Manhiça, à 90 kilomètres au nord de Maputo, est l'un des sites pilotes. Le CISM a étudié les types de VPH fréquents au Mozambique et a formé le personnel de vaccination.

Munguambe fait des recherches sur l'acceptabilité du vaccin contre le VPH chez les communautés et a noté “très peu de refus à Manhiça”.

L’extension est la prochaine étape. En 2015, toutes les filles nées en 2005 à Manhiça et Vila de Manica dans le sud et à Mocimboa da Praia dans le nord seront vaccinées.

Jhpiego, une filiale de l'Université Johns Hopkins basée à Maputo, forme les infirmier(ère)s et médecins dans le dépistage systématique avec une technique révolutionnaire – l’inspection visuelle à l'acide acétique (IVA).

Avant l’IVA, la détection impliquait le test Papanicolaou ou du frottis, qui nécessite un personnel spécialisé et des laboratoires coûteux, et peut prendre des semaines à cause du manque de techniciens.

Avec l’IVA, l'infirmière enduit le col d'acide acétique ou de vinaigre blanc; le tissu endommagé apparaît blanche. L'infirmière peut l'enlever avec la cryochirurgie (congélation) sur-place ou demander une biopsie et référer la malade vers un médecin.

Facile, rapide et moins coûteuse, l’IVA nécessite peu de personnel et d'équipement. La détection et le traitement se font au cours de la même consultation, réduisant le fardeau économique et en personnel pour les soins de santé. Dans les milieux ruraux et pauvres, ceci est une bénédiction.

Les principaux problèmes que Jhpiego trouve sont les pannes fréquentes de l'équipement de cryothérapie, la rotation du personnel qualifié, et le maintien de la qualité dans le diagnostic.

Ce qui l’a sauvée, c’était quelque chose de nouveau au Mozambique – le dépistage systématique du cancer du col de l’utérus fait par des infirmières dans les établissements de santé de base.

“Les femmes demandent de l'aide quand elles ressentent de la douleur, et la douleur signifie un cancer à un stade avancé”, explique l'infirmière Ana Mafalda Chissano. “Mais lorsqu’elles vont chez le gynécologue et obtiennent un test du frottis, c’est des mois après, en plus du temps et des frais de transport. En ce moment, il est trop tard”.

Le Mozambique le risque cumulé du cancer du col de l’utérus et de mortalité en Afrique – sept filles nouveau-nées sur 100 développeront ce cancer et cinq en mourront – et se classe deuxième en matière d'incidence après le Malawi, selon la coalition africaine sur la santé maternelle, néonatale et infantile.

Chaque année, 5.600 femmes mozambicaines sont diagnostiquées avec le cancer du col de l’utérus. Parmi elles, 4.000 meurent – 11 tous les jours. Il n'existe aucune radiothérapie palliative; c’est une mort douloureuse.

Ce sont les seuls décès enregistrés. Un peu plus de la moitié des Mozambicains ont accès aux soins de santé, alors beaucoup meurent à la maison sans avoir été diagnostiqués.

Le VIH, un facteur de risque Une forte prévalence du VIH – un Mozambicain sur 10 a le virus – aggrave le problème. Les femmes séropositives risquent le plus de développer ce cancer, et à une vitesse mortelle.

“Plus le système immunitaire est faible, plus le cancer du col de l’utérus se développement rapidement”, explique Dr Amir Modan, au Fonds des Nations Unies pour la population à Maputo.

Chissano travaille avec Médecins sans frontières (MSF) à Alto Maé, un centre de santé publique à Maputo, où la prévalence du VIH est de 20 pour cent. Parmi les femmes séropositives dépistées dans cette région, un tiers présentent des lésions précancéreuses ou le cancer du col de l’utérus, a indiqué Chissano à IPS.

Le cancer du col de l’utérus est le cancer le plus fréquent chez les femmes de 15 44 ans au Mozambique, souligne Modan.

Les autorités sanitaires s’attaquent au problème à travers des campagnes de sensibilisation et en intégrant le dépistage systématique dans les services de planification familiale. Elles espèrent atteindre tous les districts d'ici à 2017.

Près de 1.000 infirmier(ère)s ont été formé(e)s, explique Dr Aventina Cardoso, conseillère sur le cancer du col de l’utérus au groupe de santé Jhpiego au Mozambique. “Mais la demande et les besoins dépassent les ressources humaines”.

Les données de Jhpiego montrent que dix pour cent des femmes dépistées présentent des lésions précancéreuses et que cinq pour cent ont le cancer du col de l’utérus.

Après traitement par cryochirurgie (congélation), la femme devrait s’abstenir des rapports sexuels pendant 30 jours. Cela peut être difficile, dit Janet Gibunda, une infirmière de MSF à la clinique Alto Mae, car bon nombre de femmes doivent informer leur mari de l'interdiction des relations sexuelles avant de subir la procédure.

“Mais elles reviennent, nous ne les perdons pas”, dit-elle. “Je pense que les photos choquantes de cancer avancé que nous leur montrons les faire revenir”.

Les rapports sexuels des le bas âge et la sorcellerie Le cancer du col de l’utérus est causé par le virus du papillome humain (VPH), transmis essentiellement par voie sexuelle. C’est un virus fréquent; beaucoup de gens le portent, mais il reste dormant. Parmi les 40 types de VPH, certains disparaissent d’eux-mêmes, certains causent des verrues génitales, et certains entraînent le cancer.

Les facteurs de risque du cancer du col de l’utérus comprennent le VIH, les premiers rapports sexuels précoces, les infections sexuellement transmissibles, des partenaires sexuels multiples, l’utilisation à long terme de contraceptifs oraux, le tabac et des antécédents familiaux de cancer.

Un autre facteur de risque, c’est la faible utilisation du préservatif. Moins d'un quart des personnes utilisent de préservatifs dans les rapports sexuels à risque, indique Modan, soulignant l'exposition à la fois au VPH et au VIH. L’infection par le VPH double le risque de contracter le VIH, alors que le VIH accélère la progression du cancer du col de l’utérus.

Une fécondité élevée à un âge précoce et un nombre élevé de naissances vivantes augmentent le risque. Ce sont de mauvaises nouvelles pour les jeunes mères au Mozambique. Quatre filles sur dix sont mères à 19 ans et, en moyenne, une femme a plus de cinq enfants, explique Modan.

“Les filles commencent à avoir des relations sexuelles très tôt; à l’âge de 25 ans, elles peuvent avoir 12 ans de rapports sexuels”, dit Cardoso.

Selon l'enquête démographique et de santé 2011, un tiers des femmes ont eu leur premier rapport sexuel avant l'âge de 15 ans. La malade sur le lit 27, aujourd’hui âgée de 52 ans, s’est mariée à 15 ans et a donné naissance à sept enfants.

Layne Heller est une volontaire chrétienne au service d'oncologie de HCM. C’est sa cinquième année à apporter un soutien affectif aux malades pendant les longs mois de solitude et de chimiothérapie, qui sont particulièrement difficiles pour les femmes des provinces.

“Elles ont tellement peur”, dit Heller. “De retour à la maison, la perception est que les femmes viennent à HCM pour mourir. Elles sont terrifiées”.

Dans une certaine mesure, c’était vrai. Des femmes sont arrivées à la phase terminale de cancer et sont mortes. Mais aujourd’hui, avec la détection précoce et un meilleur traitement, plus de femmes survivent.

Faits saillants sur le cancer du col utérin au Mozambique 7,3 millions de femmes de plus de 15 ans qui peut contracter le VPH 820.000 femmes séropositives à haut risque de cancer du col de l’utérus 5.600 femmes diagnostiquées avec un cancer du col de l’utérus par an 4.000 femmes meurent du cancer du col de l’utérus par an Un tiers des femmes sont porteuses du VPH Sources: ONUSIDA, l'OMS, CISM, JHPIEGO Une étude menée par Cardoso dans la province de Zambezia en 2010 a révélé que la moitié des femmes interrogées associaient le cancer du col de l’utérus à la promiscuité et 42 pour cent à la sorcellerie.

“Le cancer du col de l'utérus était appelé «'la maladie du voisin' parce que les gens croyaient qu’un voisin avait placé une malédiction sur la femme”, explique Cardoso. “Mais cela est en train de changer grâce à la campagne d'information”.

Lancée en 2013 et conduite par l'ancienne première dame, Maria da Luz Guebuza, la campagne saturait les médias et toutes sortes d'événements, de la journée des mères aux défilés de mode.

Une question clé, déclare Cardoso, c’est le renforcement du concept de prévention dans les soins de santé.

“La prévention ne fait pas partie de notre culture”, dit-elle. “Nous allons à l'hôpital seulement quand nous sommes malades. Ce évolue lentement puisque les gens comprennent maintenant combien il est important de prévenir”.