RAMALLAH, Cisjordanie, 22 oct (IPS) – Naifa Youssef, 30 ans, et 50 autres membres de sa communauté bédouine vivent une vie précaire, menant une vie de mendicité le long de la route principale qui relie Jérusalem à mer Morte et à l'ancienne ville de Jéricho.

Jérusalem-Est, qui abrite cette communauté, comprend une collection de structures de cabanes et de taudis ainsi que des tentes érigées sur les collines escarpées et rocheuses qui bordent la route.

Ces maisons de fortune ne sont pas raccordées au réseau électrique ou à l'infrastructure de l'eau et des eaux usées. En hiver, la pluie froide glaciale et les vents furieux entrent dans ces structures tandis que la boue et les eaux d'égout s'accumulent dans les flaques d’eau autour des tentes.

L'eau doit être achetée et amenée par la main à partir du village le plus proche d’Anata, un trajet en taxi de 15 minutes sur 5 km coûtant environ deux dollars par personne.

La communauté de Youssef vit en dessous du seuil de pauvreté puisque les hommes se battent pour joindre les deux bouts à partir du travail journalier occasionnel et de l’élevage de leurs chèvres et moutons, avec la zone où ils peuvent brouter limitée par des colonies israéliennes.

Cette communauté vit là depuis 50 ans à la suite de leur expulsion du désert du Néguev en 1948, lorsque l'Etat d'Israël a été créé. La majorité des communautés bédouines de Cisjordanie ont été expulsées du désert du Néguev au cours de la même année.

Au cours des prochaines années, Israël envisage d'expulser de force et de réinstaller environ 27.000 Bédouins palestiniens de la Zone C de la Cisjordanie pour faire place aux colonies israéliennes.

Cette situation a suivi une annonce faite par le gouvernement israélien en août qu'il envisageait de confisquer plus de 1.000 hectares de terres de la Cisjordanie – le plus grand accaparement des terres par l'Etat juif en trois décennies.

La Cisjordanie est divisée en Zone A, sous le contrôle nominal de la Palestine, Zone B sous le contrôle conjoint israélo-palestinien, et en Zone C (qui comprend environ 60 pour cent du territoire) sous le contrôle total d’Israël, bien que le contrôle général de l'ensemble de la Cisjordanie revienne finalement à Israël.

Les Israéliens affirment qu'en vertu des Accords d'Oslo de 1993, la Zone C n’appartient pas aux Palestiniens et que la plupart des structures qui y sont construites l’ont été sans une autorisation.

Cependant, l'obtention des permis de construction israéliens requis pour les Palestiniens est notoirement difficile à Jérusalem-Est et une grande partie de la Cisjordanie, et presque impossible dans la Zone C. Les critiques estiment qu'il s'agit d'une politique délibérée des autorités israéliennes d’inclure ce territoire occupé dans Israël.

Les autorités israéliennes ont prévenu les Youssefs et leurs voisins qu'ils ont moins de deux mois pour évacuer et que s'ils refusent de quitter, ils seront expulsés de force par les forces de sécurité israéliennes.

“Nous n'avons nulle part d’autre où aller, nous vivons ici depuis plusieurs années et n'avons aucune autre terre. Nous ne pouvons pas nous permettre d’emménager dans un village palestinien parce que nous ne pouvons pas supporter le loyer”, a indiqué Youssef.

Les problèmes de Youssef ont été vécus par des milliers d'autres Bédouins et seront vécus par des milliers d'autres une fois de plus puisqu'Israël cherche maintenir libre des Palestiniens une grande partie de la Cisjordanie et exclusivement pour les colons et colonies israéliens.

En prévision de ce que certains ont qualifié d’une vague accélérée de nettoyage ethnique, des autorités de l'Administration civile israélienne, qui administre la Cisjordanie, démolissent les infrastructures palestiniennes dans la Zone C, notamment les cabanes, les tentes, les abris pour animaux et les maisons et d'autres structures considérées comme ayant été construites “illégalement”.

Dans le cadre de cette réinstallation forcée, plus de 12.000 Bédouins seront transférés dans une nouvelle colonie près de la ville de Jéricho, en Cisjordanie, où ils seront entourés d'une zone de tir, des établissements et un poste de contrôle israélien qui limitera leur capacité à faire paître leurs troupeaux, la principale source de revenus pour ces éleveurs nomades.

Plusieurs communautés bédouines près de Jérusalem-Est ont été réinstallées de force dans les années 1990 par l'Administration civile dans une zone de terre située près d'une décharge d'ordures à Abu Dis, qui se trouve dans la Zone B.

L'expulsion des Bédouins dans les années 1990 était principalement destinée à faire place à l'agrandissement de la colonie israélienne de Maale Adumim, l’une des plus grandes colonies en Cisjordanie.

Suite à l'agrandissement de Maale Adumim, une partie du plan d'Israël a été de garder une zone appelée le corridor E1, qui relie l’établissement à Jérusalem-Est, contigu et sous contrôle israélien en construisant de nouvelles colonies, divisant en réalité la Cisjordanie en deux.

Cette démarche isole également davantage Jérusalem-Est de la Cisjordanie. Jérusalem-Est est d'une grande importance pour les Palestiniens en raison des liens culturels, éducationnels, familiaux, religieux et d’affaires. Les Palestiniens espèrent également créer un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale.

“Le plan de l'Administration civile viole de manière flagrante le droit humanitaire international, qui interdit le transfert forcé des personnes protégées, telles que ces communautés bédouines, sauf si la décision est temporaire ou nécessaire pour leur sécurité ou pour répondre à un besoin militaire”, explique le groupe israélien de défense des droits de l'Homme, B'tselem.

“Le plan d'expulsion de l'Administration civile ne répond à aucune de ces conditions. Israël, en tant que puissance occupante, a l'obligation d'agir dans l'intérêt et le bien-être des habitants du territoire occupé. L'expansion des colonies n'est pas conforme à cette exigence”.

Edité par Phil Harris Traduit en français par Roland Kocouvi