MOZAMBIQUE: L’eau – une bénédiction et une malédiction

MAPUTO, 21 mars (IPS) – Pendant que le Mozambique tente de se remettre des pires inondations dans le pays depuis 2000, des experts ont appelé à un débat national sur la gestion de l'eau et la façon de maximiser son utilisation en faveur d’un développement durable à long terme.

“Le Mozambique est une destination en aval de fleuves régionaux, mais il a encore beaucoup à faire pour maximiser ces potentiels dans le développement national”, a déclaré à IPS, Patrício José, un membre de la division de l'eau de la Communauté de développement d’Afrique australe.

Environ 54 pour cent de l’écoulement de surface annuel au Mozambique provient de l'extérieur du pays et à cause de sa situation géographique, il a toujours été vulnérable aux catastrophes naturelles, en particulier les inondations, selon l’organisation 'Global Water Partnership Africa'.

“Ces dernières années, nous avons vu plus de dégâts que l'eau peut causer que les avantages qu'elle apporte. Et le pays doit faire davantage pour mieux répondre au problème de l'eau et au développement lié à l’eau”, a indiqué José.

Ici, au Mozambique, l'eau a été à la fois une bénédiction et une malédiction.

En 2000, les inondations avaient touché 2,5 millions de personnes. Au cours de ces derniers mois, les fleuves Limpopo, Save et Inkomati ont débordé, leurs niveaux d'eau augmentés par les pluies dans des pays voisins comme l'Afrique du Sud et le Zimbabwe. Des dégâts sont venus avec les fortes pluies et depuis octobre 2012, environ 113 personnes ont été tuées et 250.000 affectées.

Maria Filda est l'une des personnes touchées. Pendant que cette femme de 17 ans regarde son nouveau-né, elle est tout simplement contente d'être en vie. Au lendemain de la naissance de son bébé le 13 janvier, Filda regardait les inondations détruire sa maison.

“Le bruit de la pluie qui tombait sur notre toit en tôle était si fort. Soudain, j'ai vu une partie du mur de notre maison s'effondrer. J'ai paniqué. J'ai pris ma fille dans mes bras et j’ai couru au salon. Peu de temps après, le mur de ma chambre à coucher s'est également effondré”, a-t-elle raconté à IPS.

Tout ce qu'elle possédait, y compris les nouveaux vêtements de son bébé, a été emporté. Elle vit maintenant dans l’école communautaire de Força do Povo, dans la banlieue de Hulene, à seulement cinq kilomètres de la capitale du Mozambique, Maputo.

Comme le reste des habitants du pays, Filda tente de reconstruire sa vie.

L'Institut national de gestion des catastrophes a évacué des milliers de gens des provinces les plus touchées de Maputo et de Gaza, créant 16 abris et fournissant aux communautés locales des vivres, couvertures, de l'eau et des médicaments.

Le plus grand nombre de personnes touchées par les inondations provient de Chihaquelane, dans la province de Gaza. Les abris là-bas sont remplis de près de 100.000 personnes, puisque les autorités peinent à faire face aux grands nombres.

Les dégâts causés par les inondations constituent une preuve frappante de la défaillance des infrastructures du pays et du fait que les barrages sont négligés, estime José.

“Le pays possède quelques barrages, mais la plupart d’entre eux ne sont pas opérationnels ou fonctionnent mal”, a affirmé José. “C'est l'un des problèmes… parce que les infrastructures ne fonctionnent pas correctement pour détourner l'eau et maîtriser le débordement des fleuves. Nous devons améliorer leur fonctionnement et leur gestion”, a-t-il expliqué.

Toutefois, les inondations créent une impression trompeuse de la disponibilité de l’eau au Mozambique. Selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement, la disponibilité de l'eau douce au Mozambique devrait diminuer de plus de la moitié d’ici à 2025.

Comme le stress hydrique devrait devenir un problème croissant, cela a amené les experts à mettre en cause la faisabilité des projets forestiers qui pourraient affecter l'équilibre de l’eau dans le pays.

Le gouvernement a accordé des concessions aux investisseurs étrangers sur 250.000 hectares de terre dans la province de Niassa, dans le nord du Mozambique, avec l'intention d’amener le pays à devenir l'un des plus grands fournisseurs de pins et d'eucalyptus à des fins commerciales en Afrique.

Bien que la répartition de terres ait donné lieu à des allégations d’accaparement de terres et de déplacement de communautés locales, les experts en eau craignent également que les projets forestiers puissent utiliser une partie importante de l'approvisionnement en eau du pays.

Cela est dû au fait que les arbres d'eucalyptus, par exemple, ont besoin d'une quantité d’eau comprise entre 800 et 1.200 millimètres (mm) par an pour se développer.

Bien qu'il existe une variation considérable dans les précipitations à travers différentes régions du pays, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture estime que les précipitations moyennes annuelles varient de 800 mm à 1.000 mm le long de la côte, et de 1.000 mm à 2.000 mm dans la région nord.

Le professeur Álvaro Carmo Vaz, un spécialiste mozambicain de l'eau, n’a aucun doute que l'équilibre de l'eau dans la province de Niassa changera en conséquence.

“Si vous mettez des espèces à croissance rapide comme le pin et l'eucalyptus là-bas, qui ont une capacité d'absorption d'eau beaucoup plus forte, cela signifie qu'il y aura moins d'eau qui coulera dans le fleuve. Car ce qui se passe réellement, c'est que vous utilisez l'eau avant qu'elle n'entre dans le fleuve”, a-t-il expliqué à IPS. Il a indiqué que les effets que les plantations forestières auraient sur l'approvisionnement en eau doivent être soigneusement analysés afin de trouver des moyens de faire face à la réduction possible de la disponibilité.