SOUDAN DU SUD: Des latrines pour maintenir les enfants dans les écoles

JUBA, 12 avr (IPS) – Avant que l'Ecole primaire de Bor B, au Soudan du Sud, ne construise des latrines sur les terrains de l'établissement il y a deux ans, les écoliers allaient à la maison au cours de leur première pause. La plupart ne revenaient pas avant le lendemain matin.

Les enseignants arrêtaient les cours tôt, parce qu'ils n'avaient pas accès aux latrines, non plus. Ils se rendaient à la ville voisine pour demander la permission d'utiliser les installations dans l'un des hôtels, puis revenaient rassembler les écoliers qui y ont été laissés.

Madin Chier, le directeur adjoint de l'école, dans la capitale de l'Etat de Jonglei, a déclaré que la qualité de l'éducation dans l'établissement a pris un coup. Mais aujourd’hui que 16 latrines ont été installées, “il n'y a plus de problèmes”, a-t-il indiqué.

La construction d’un système éducatif fonctionnel au Soudan du Sud exige plus que seulement des latrines. Moins de la moitié des enfants qui devraient être à l'école y sont. Le pays ne dispose pas d’assez de salles de classe, d’enseignants ou de fournitures scolaires de base pour éduquer tous ses enfants.

Les écoliers plus jeunes disputent les places qui sont disponibles dans les classes du primaire avec des adolescents, qui ont été privés d’opportunités d'éducation pendant la guerre longue de plusieurs décennies dans le pays. La majorité des cours se font à l'air libre ou sous des arbres. Cela signifie que lorsque la saison des pluies commence, le résultat, c’est une pause de six mois jusqu'à la fin des orages.

Mais pour ces écoliers qui ont réussi à entrer dans une école – même ceux qui sont gardés sous un arbre – l’accès aux latrines est essentiel pour les y maintenir. Cela est particulièrement vrai pour les filles, selon Emily Lugano, la conseillère à l'enseignement technique pour l’organisation non gouvernementale (ONG) 'Save the Children' au Soudan du Sud.

'Save the Children' a construit ou réhabilité des installations sanitaires dans 71 écoles à travers sept des Etats du pays. Celles-ci comprennent des stations de lavage des mains. Cela fait partie de l'initiative de l'ONG visant à améliorer l'environnement d'apprentissage, a-t-elle souligné. Mais c’est aussi une précaution de sécurité pour les filles écolières.

Au Soudan du Sud, les filles sont plus susceptibles d'être enceintes à 15 ans que si elles sont à l'école. Quand elles fréquentent, elles sont souvent victimes de harcèlement et d'intimidation, a affirmé Lugano. Cette situation est aggravée dans certaines des écoles où 'Save the Children' intervient. A plusieurs endroits, les filles devraient partager les latrines avec des garçons ou utiliser un terrain situé près de l'école.

“Elles subissent des sévices et sont harcelées lorsqu’elles partagent des latrines avec les garçons”, a indiqué Lugano. Et “la fille ne se sent pas très en sécurité en allant dans la brousse pour se mettre à l'aise. C'est une question de sécurité très, très importante pour les filles à l'école”.

Au cours de leurs périodes menstruelles, les filles refusaient de venir à l'école, où elles n'avaient aucune opportunité pour leur intimité. Chier a affirmé que certaines des filles de son école s’absentaient pendant une semaine ou plus tous les mois, ce qui les retardait davantage par rapport au reste de la classe.

“A travers la plupart des pays en développement”, a indiqué Lugano, le manque d'accès aux latrines privées “contribue en réalité pour beaucoup aux mauvais résultats des filles à l'école, parce qu'elles ratent le programme”.

Parce que c'est une école, il y a aussi un volet éducatif qui vient avec les latrines et les stations de lavage des mains, qui dépasse les frontières entre les sexes. Chier a déclaré que son école utilise les installations pour enseigner aux écoliers l'hygiène de base, ce qui a permis de réduire les maladies.

L'initiative a été populaire à Bor B, amenant les écoliers à former un Club d'assainissement et d'hygiène. Simon Peter Maiur, un élève âgé de 20 ans en classe de sixième, a récemment adhéré au groupe. Il apprend les sketches et chansons du club, qui encouragent les écoliers à se laver les mains et à prendre soin d'eux-mêmes. Il aide également à sillonner les terrains de l'école pour ramasser les ordures.

“Elle nous montre la façon de rendre propre notre corps, en nettoyant l’école”, a-t-il dit. Une partie du concept derrière ce club, c’est de transformer les écoliers en des enseignants, amenant leurs messages sur l'hygiène de base des écoles vers leurs communautés.

“Les pratiques de promotion de l'hygiène ne sont pas efficaces dans ce pays”, a déclaré Lugano. La plupart des villes et zones rurales manquent de choses essentielles, comme l'eau courante, mais elle a indiqué que les écoliers peuvent toujours aider à “transférer l'hygiène de base à la communauté”.

Maiur a souligné que cela fait partie de la mission du club, partager les informations avec des amis et la famille. Il a affirmé qu’avec ses encouragements, sa famille fait désormais de son mieux pour pratiquer une meilleure hygiène, comme le lavage des mains.

Mais ces efforts ne marchent que dans les zones où il existe un système éducatif structuré. Le gouvernement du Soudan du Sud alloué moins de six pour cent du budget 2011 à l'éducation. Et la grande majorité de ce montant, a indiqué Lugano, sert à payer les salaires des enseignants. Le financement global du gouvernement pour l'éducation semble baisser, puisque la fermeture de l'oléoduc (du pétrole) du pays a emporté 98 pour cent des recettes du pays. *Andrew Green a fait ce reportage depuis le Soudan du Sud grâce à une bourse de 'International Reporting Project', un programme indépendant de journalisme basé à Washington, D.C.