BULAWAYO, 16 fév (IPS) – Sibongile Dube sait les dégâts qu’une forte pluie peut laisser. La maison de Dube, une villageoise de la région de basse steppe de Mberengwa, dans la province de Midlands au Zimbabwe, est l’une des nombreuses habitations qui ont été emportées par des inondations subites l’année dernière.
“Je continue de reconstruire ma maison”, a déclaré Dube à IPS, montrant l’endroit où elle a érigé une case qui, dit-elle, lui sert de chambre à coucher. Sur la petite cour, se dresse un coffre branlant de stockage de céréales, qui est devenu symbolique de la dévastation qui a balayé des milliers de tonnes de céréales dans les inondations de l’année dernière. Des centaines d’écoles et de villages ont été détruits au milieu des critiques portées contre les systèmes de préparation aux catastrophes et d’alerte précoce efficace du Zimbabwe. Cela, en dépit de premières alertes que les inondations, qui avaient déjà tout détruit sur leur passage dans des pays qui se situent le long du fleuve Zambèze en Afrique australe, se dirigeaient vers certaines parties du pays. “On ne nous a jamais dit que les eaux seraient aussi fortes. Nous avons perdu le bétail et les céréales que nous avons récoltées”, a indiqué Dube, soulignant la situation désespérée des milliers de villageois qui demeurent victimes non seulement de catastrophes naturelles, mais aussi de mauvais systèmes d’alerte précoce et de suivi des désastres au Zimbabwe. Bien que les pluies aient seulement commencé à tomber dans certaines parties du pays, les Services de météorologie du Zimbabwe ont donné des rapports contradictoires sur le moment où les pluies atteindront leur pic. Au début, les services avaient d’abord dit décembre 2011, mais ont ensuite ramené cela à début janvier, puis encore à la fin de janvier.
Le directeur des Services de météorologie du Zimbabwe, Tich Zinyemba, a également annulé une prévision météo défavorable émise, qui prévenait de l’imminence des inondations. Il a déclaré à la fin de janvier que le cyclone, qui était censé atteindre le Zimbabwe dans le même mois, était depuis ce temps retourné au Mozambique.
La dernière prévision de Zinyemba est venue malgré une alerte lancée par l’Autorité du fleuve Zambèze selon laquelle certaines parties de ce fleuve, qui traverse le Zimbabwe, connaîtraient des inondations et a conseillé aux villageois de se préparer pour une évacuation vers des terrains plus élevés. Il y a une semaine, des experts du département des services météo ont annoncé que le cyclone venant du Mozambique voisin ne se dirigeait plus vers le Zimbabwe. Alors que les villageois ne se préparent plus à la possibilité de pluies diluviennes, pour Dube et beaucoup d’autres, la menace de destruction de leurs maisons par les pluies demeure une réalité. Ces rapports météorologiques contradictoires ont exposé le manque de préparation du pays aux éventuelles inondations. “Nous ne savons plus quand les pluies tomberaient et comment elles seraient fortes”, a indiqué Dube à IPS, exprimant un sentiment populaire ici puisque beaucoup de personnes ont perdu confiance dans la fiabilité des bulletins météorologiques publiés par les services météo.
L’Unité de protection civile, un département gouvernemental responsable, entre autres, de l’évacuation des communautés des zones inondées, a aussi lancé une alerte contre des inondations en janvier. Cette unité a été fortement critiquée pour n’avoir pas répondu à temps à la détresse des villageois comme Dube, l’année dernière.
“Il y a absence d’une expertise adéquate et un manque régulier de ressources, c’est pourquoi nous n’avons pas pu disposer des choses comme des hélicoptères pour aider nos populations durant les inondations”, a expliqué à IPS, Tymon Ruzende, un expert en préparation aux catastrophes, qui a travaillé avec la Croix-Rouge lors des inondations de l’année dernière. “Mais je pense également qu’il y a peu de choses en termes de préparation des communautés à faire face à la perspective des inondations. Par exemple, quand on sait déjà que le niveau des eaux montera, on doit dire aux communautés d’aller sur un terrain plus élevé; cependant d’autres résistent toujours à cela”, a souligné Ruzende à IPS.
Cette année, les communautés qui se situent le long du bassin du géant Zambèze se trouvent une fois encore au centre des eaux montantes.
C’est ici dans le bassin du Zambèze, dans des zones telles que Binga, un district reculé et inaccessible dans le nord du Zimbabwe, où des communautés ont été précédemment victimes des inondations en dépit des signes clairs, que les rives déborderaient.
Jairos Lubimbi, un conseiller local, a dit que beaucoup de choses sont en train d’être faites pour préparer les villageois à l’éventualité des inondations. “Les gens ici ont toujours vécu avec les inondations et c’est quelque chose que les autorités considèrent comme naturel et elles ne peuvent rien faire pour sauver les vies, les céréales et le bétail”, a affirmé Lubimbi.
En janvier, l’Autorité du fleuve Zambèze avait dit aux villageois vivant en aval sur le fleuve d’évacuer leurs maisons, mais les villageois qui ont parlé à IPS ont indiqué qu’ils étaient toujours dans leurs maisons parce qu’”ils n’avaient nulle part où aller”. “Ils nous ont dit d’aller sur un terrain plus élevé, mais ne nous fournissent pas de maisons alternatives”, a déclaré Taboka Sibanda, un villageois angoissé. Les inondations ont déjà quitté le Mozambique pour l’Afrique du Sud et selon certaines informations publiées par des médias, la montée des eaux a fait jusqu’à 20 morts. Des inquiétudes demeurent au sujet de possibles inondations par endroits au Zimbabwe. Des experts estiment que les changements climatiques au Zimbabwe ont poussé davantage la saison des pluies dans la nouvelle année. Ils affirment que cela a fait qu’il est difficile de se préparer pour d’éventuelles inondations puisque le pays manque de systèmes de pointe d’observation du temps. Ceci survient au milieu des appels lancés par les Nations Unies pour que tous les systèmes d’alerte précoce soient centrés sur les communautés.

