MBABANE, 16 jan (IPS) – Alors que l'économie du Swaziland se trouve au bord de l’effondrement, le gouvernement parie sur l’avenir en octroyant aux jeunes des fonds pour les aider à créer de petites entreprises.
Après avoir réalisé que le pays ne parvenait plus à attirer d’investissements étrangers adéquats, le gouvernement a établi, l'année dernière, le 'Youth Empowerment Fund' (Fonds d'autonomisation de la jeunesse – YEF) pour donner des capitaux de démarrage aux jeunes chômeurs afin de créer des entreprises.
“Les jeunes constituent plus de la moitié des chômeurs et le gouvernement essaie de les retirer des rues bien qu'ils y tentent de gagner leur vie”, a affirmé Bheki Thwala, directeur des affaires de la jeunesse.
Bien que le gouvernement soit déjà confronté à une rude épreuve fiscale suite à la baisse des 60 pour cent des recettes de l'Union douanière d’Afrique australe (SACU), qui finançait habituellement plus de 60 pour cent du budget du Swaziland jusqu'à l’avènement des changements de la formule des recettes de l’institution, il a pu mettre de côté quelque 1,250 million de dollars pour le fonds de la jeunesse. Les prêts provenant du fonds sont octroyés avec un intérêt de 10 pour cent, et sans aucune garantie exigée des bénéficiaires, qui ont entre 18 et 35 ans.
“C’est un fonds de développement qui vise à réduire le chômage au sein de la jeunesse”, a déclaré Thwala. Futhi Mngomezulu, 29 ans, et sa sœur Gcebile, 27 ans, sont dans un groupe de près de 600 jeunes entrepreneurs qui ont reçu des prêts du gouvernement pour démarrer une entreprise.
Futhi est spécialiste en IT tandis que Gcebile est électricienne. Mais ni l'une ni l'autre n'ont pu trouver d’emploi dans leurs domaines de compétence. En conséquence, elles ont décidé de créer une entreprise spécialisée dans la conception des emblèmes pour les uniformes d’écoles.
“Mais le plus grand défi était la mobilisation des fonds pour l’achat de la machine de broderie qui coûte 65.000 SZL (8.050 dollars)”, a souligné Futhi. “Nous étions capables de trouver seulement 25.000 SZL (3.100 dollars) avec l'aide de notre mère”. Heureusement, un an après, le gouvernement a invité les jeunes désireux de créer des entreprises à déposer leurs demandes. Les deux sœurs ont pris d’assaut les écoles de la capitale et ses zones environnantes, leur offrant leurs services en conception et en broderie. Leur entreprise, 'FGM Embroidery Services', a reçu quelque 6.200 dollars du YEF, qu'elles ont utilisé pour acheter la machine de broderie en Afrique du Sud.
“Nous avons répondu à la forte demande pour ces services après avoir constaté qu'il y avait seulement deux entreprises qui faisaient ce travail”, a indiqué Futhi, ajoutant que la demande submergeait les fournisseurs existants. Avant de recevoir l'argent de l'organisation partenaire du gouvernement, chargée de débourser les fonds, 'Imbita Women's Finance Trust (IWFT)', elles ont été formées en entreprenariat et en gestion d'entreprise. “Nous savons comment tenir nos comptes, et les éléments de base pour gérer une entreprise”, a dit Futhi.
Même si les commandes ne cessent d’accroître, être jeune signifie qu'elles doivent travailler dur pour convaincre la clientèle qu'elles peuvent tenir parole, opérant dans une industrie où les délais peuvent être la source de votre réussite ou de votre échec. “Si vous n’arrivez pas à finir le travail à temps, les gens amèneront leur travail ailleurs la prochaine fois”, a déclaré Futhi. “Cela signifie que l'on est obligé de travailler tard, en particulier pendant la saison de pointe comme janvier”. L’engagement d’une agence comme IWFT pour gérer le fonds a été un grand succès, a affirmé Thwala. IWFT est chargée de sélectionner les candidats, de débloquer les fonds, de suivre et d’évaluer leur performance. “Pour le premier groupe de bénéficiaires, nous avons débloqué 5,8 millions SZL (718.000 dollars) à 590 personnes en août 2010”, a indiqué Thwala. “Nous avons économisé environ quatre millions SZL (495.000 dollars) pour cette année (2011-2012) en raison de la crise fiscale”. En 2011, seulement 152 personnes ont bénéficié d'un total de 250.000 dollars parce que le ministère ne disposait pas d’un budget pour le fonds puisque le gouvernement avait de sérieuses difficultés, luttant pour payer les salaires, les fournitures et des subventions sociales ou les transferts d'argent.
Chaque bénéficiaire a le droit de recevoir entre 63 et 2.475 dollars; une entreprise obtient entre 630 et 6.200 dollars; tandis qu'une association reçoit au maximum 12.500 dollars.
La formation, couplée avec beaucoup d'enthousiasme et de dur labeur, a permis de garantir un taux de remboursement plus élevé, a déclaré Sibongile Shongwe, directrice de l'IWFT, bien que le défi soit d’assurer la croissance des entreprises. “Les jeunes ont une vision dans les entreprises, mais il faut beaucoup d’entretien et de planification pour amener une entreprise à un niveau plus élevé”, a souligné Shongwe. Toutefois, le plus grand défi du YEF est que certains bénéficiaires ne s’intéressent pas vraiment à devenir des entrepreneurs, et sont simplement des chômeurs. Dès qu'une opportunité d'emploi s’offre à eux, certains bénéficiaires abandonnent leurs projets. Entre-temps, d'autres ont poursuivi leurs études hors du pays, après avoir obtenu des bourses, laissant leurs entreprises inactives. “Cela affecte le taux de remboursement, parce que ces gens finissent par ne pas payer leurs dettes”, a déclaré Shongwe. “Et il y a également des cas de personnes qui ne payeront pas simplement parce que c'est l’argent du gouvernement”.
Par conséquent, le gouvernement est en train d’élaborer une politique pour essayer d’enregistrer les débiteurs parce que, a-t-elle dit, cela est censé être un fonds renouvelable afin que davantage de personnes puissent en bénéficier.

