ECONOMIE: L’entreprise comme un outil de développement

BUSAN, Corée du Sud, 3 déc (IPS) – L'idée d'entreprise comme un outil efficace de développement gagne du terrain à Busan, où des centaines d'experts sont réunis pour accorder une charte à un nouveau chapitre dans l'aide mondiale au milieu d’une incertitude politique et économique croissante parmi les donateurs.

Vantant les mérites de travailler avec le secteur privé, les gouvernements du Nord et les principales organisations humanitaires s’unissent avec des sociétés opérant dans les pays en développement pour promouvoir des partenariats inclusifs visant à combattre la pauvreté.

Ben Knapen, ministre néerlandais de la Coopération internationale, a déclaré qu'il est temps de “repenser les rôles traditionnels de l'aide”. Il a dit que des partenariats inclusifs constituent un partage de l'expérience et de la connaissance des donateurs, et des sociétés civiles avec les capacités du secteur privé en matière de technologie et de gestion.

Le ministre allemand de la Coopération et du Développement, Dirk Niebal, a souligné que “l'aide a besoin de résultats” et c'est la raison pour laquelle il est crucial de recourir au secteur privé.

Niebal a fait allusion au développement de fourneaux de cuisine sûrs et propres, l'innovation d'une initiative de la petite entreprise qui a transformé la vie de 100 millions de ménages pauvres à travers le monde.

Ce projet a créé des emplois, protégé l'environnement et réglé des problèmes de santé dont souffrent plus de 1,9 million de personnes – pour la plupart des femmes et des enfants – à travers l’inhalation de fumées toxiques provenant des fourneaux de fortune.

Busan, une ville portuaire animée en Corée du Sud, est elle-même un modèle de croissance des affaires qui, en un demi-siècle à peine, ont fait du pays la 14ème puissance économique mondiale.

Les entreprises coréennes, principales productrices et exportatrices de produits de qualité supérieure, renforcent la création des emplois au niveau national et à l'étranger. La Corée est aussi un nouveau donateur avec plus de la moitié de ses quatre milliards de dollars d’aide au tiers-monde en 2010, étendue à l'Asie.

Le modèle coréen inspire à la fois les donateurs et les bénéficiaires de l'aide lors du quatrième Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide. Saifa Hage, du ministère de la Planification du Libéria, a indiqué à IPS qu’une collaboration avec le secteur privé pour le développement est cruciale.

“Le partenariat public-privé porte notamment sur la création d'emplois et la croissance. Busan représente une histoire de la façon dont la création d’entreprises peut amener les pays à se passer de l'aide”, a-t-il affirmé.

Forger des liaisons avec le secteur privé en matière de développement est encore, cependant, un concept émergent.

Des études de cas montrent que tandis que les modèles d'affaires peuvent contribuer à améliorer les conditions de vie des pauvres en développant de petites et moyennes entreprises dans leurs communautés, des questions telles que la définition d’objectifs sociaux et écologiques clairs, la protection des ressources et l’opportunité des projets pour obtenir des résultats sont encore vagues.

“Il n'est pas facile d’entrer en partenariat. Il s’agit d’attentes et de missions qui peuvent différer. L'implication de la communauté marque également une approche sophistiquée dans les modèles d'entreprises établies”, a expliqué le professeur Rob van Tulder, de la 'Rotterdam School of Management' (Ecole supérieure de management de Rotterdam).

Les entreprises, réunies lors d'une session sur le thème, ont présenté des expériences de projets en cours avec des communautés locales.

Daniel Gad, qui a créé 'Omega Farms', un projet avec le soutien du fonds d’aide publique néerlandais, et qui couvre 10.000 petits fermiers en Ethiopie – où il est né – fournit des moyens de subsistance et fait la promotion d'une agriculture durable.

Par exemple, l'orge produite par les agriculteurs est vendue à la société de fabrication de la bière Heineken aux Pays-Bas.

“En tant que membre de la diaspora, je tenais à investir en Ethiopie malgré les problèmes économiques et politiques. Le travail dans un partenariat avec des donateurs et des organisations locales de la société civile a été un succès, étant donné la disponibilité du fonds de roulement et d’autres formes de soutien”, a-t-il dit.

Anna Peter de la Fondation Btertelsmann, en Allemagne, a affirmé que plus de 12.000 partenariats d'affaires, avec des gouvernements locaux et bailleurs de fonds, ont été lancés dans des pays les moins avancés, prouvant que la patience et la prise de risque peuvent offrir aux communautés pauvres une chance d'entrer dans le marché mondial et gagner des revenus.