RIO DE JANEIRO, 22 nov (IPS) – Des informations indiquant que le gouvernement sud-africain était inspiré par le système de santé du Brésil pour mettre en place son propre plan de couverture universelle pourraient être accueillies avec scepticisme dans ce pays d’Amérique du sud.
La sociologue Walkiria Dutra de Oliveira était l'un des nombreux Brésiliens qui avaient une opinion négative du système de santé publique du pays. Mais elle a été surprise lorsqu’elle a visité un centre de santé publique dans un quartier de classe moyenne à São Paulo.
Oliveira, qui avait été reconnue comme souffrant de diabète huit ans plus tôt et qui était confrontée à des problèmes financiers, a décidé d’obtenir gratuitement l'insuline auprès du système de santé publique.
La “prompte et efficace” attention dont elle a bénéficié a complètement changé l'image qu'elle avait du 'Saúde Sistema de Único' ou Système unique de santé (SUS), qui a été développé au cours des années 1980 lorsque le système a été restructuré pour faire des soins de santé un droit universel.
Outre l'insuline, Oliveira a gratuitement reçu des médicaments pour son hypothyroïdie, a-t-elle dit à IPS.
Des informations sur des malades mourant en raison d'un manque de lits d'hôpitaux, des mois d’attente pour la chirurgie, des erreurs médicales graves, de cas de malversations et de scandales de corruption ont donné au système une mauvaise réputation.
Mais Dr Nivaldo Gomes, qui travaille dans les hôpitaux et dispensaires publics depuis les années 1970, a indiqué à IPS que “bien qu'il y ait eu quelques problèmes dans la mise en œuvre, l'idée est excellente et légitime”.
Le gouvernement mène une lutte au parlement afin de créer de nouvelles sources de financement pour le SUS, mais selon Gomes, “les problèmes sont dus à des questions politiques et administratives, et non au manque d'argent”.
Il y a un manque de volonté politique pour appliquer pleinement les principes soutenant le SUS, ont souligné Gomes et sa collègue, Dr Dilene do Nascimento, une chercheuse à la Fondation Oswaldo Cruz, le premier institut de recherche biomédicale au Brésil.
Malgré les tragédies causées par des erreurs médicales, les hôpitaux surpeuplés, et les plaintes fréquentes par rapport au système, le SUS a amélioré la couverture sanitaire dans ce pays de 192 millions d’habitants, a précisé Nascimento.
Le SUS a permis de fournir à tout le monde des soins de santé, tout en réduisant le chaos dans le secteur de la santé, qui était géré dans le passé par des politiques fragmentaires, a-t-elle indiqué.
Le but, a déclaré Gomes, était de coordonner trois niveaux de l'administration publique – municipal, étatique et national – qui “ne communiquaient pas dans le passé, dans le secteur de la santé”.
En outre, le SUS visait à créer un système de santé à plusieurs niveaux avec un large réseau de centres de santé primaire au niveau des quartiers et dans les régions pauvres situées à la périphérie des villes, qui renverraient les cas les plus graves vers les hôpitaux et les centres de santé spécialisés.
Les centres de santé primaire devaient soulager les hôpitaux débordés.
Le nouveau système repose sur le concept de démocratisation de la santé comme étant “un droit pour tous et un devoir de l'Etat”, qui a été incorporé dans la constitution de 1988, a indiqué Nascimento.
La corruption, aggravée par l’insuffisance des inspections, a contribué à la mauvaise exécution du SUS, qui est, pourtant, un “système décentralisé, universel, à plusieurs niveaux, avec un contrôle social qui peut être reproduit avec succès dans n’importe quel pays”, a-t-elle ajouté.
Un système de santé primaire à adopter en Afrique du Sud Les autorités sud-africaines veulent “emprunter” le système SUS de soins primaires, qui “est excellent, bien plus avancé que le nôtre, beaucoup plus équitable et beaucoup plus axé sur la prévention”, a déclaré à IPS, le ministre sud-africain de la Santé, Pakishe Aaron Motsoaledi.
Il a affirmé que le gouvernement sud-africain était également intéressé à reproduire le réseau brésilien de banques de lait maternel, qui collectent et distribuent le lait maternel obtenu sous forme de don aux nouveau-nés dont les mères ne peuvent pas fournir du lait pour satisfaire leurs besoins.
Le ministre, interrogé lors de la Conférence mondiale sur les déterminants sociaux de la santé, tenue du 19 au 21 octobre au Brésil, a également déclaré: “nous voulons éliminer, et non soigner seulement le paludisme, et avec le VIH/SIDA nous devons universaliser le traitement, exactement comme au Brésil”.
Les deux gouvernements sont en train d’élaborer un accord de coopération en matière de santé, qui doit être signé en février 2012.
Elémentaire mais compliqué Au Brésil, le manque de sensibilisation à la santé fait que les gens présentant de simples symptômes grippaux ou des blessures légères continuent d'aller vers les grands hôpitaux, qui devraient idéalement recevoir uniquement les cas graves renvoyés par le réseau des fournisseurs des soins primaires ou par les dispensaires et les hôpitaux plus petits.
Le SUS était le fruit de larges débats menés dans les années 1970 et 1980 par des spécialistes en santé publique et collective, et ce nouveau plan a suscité un “grand enthousiasme” dans la communauté médicale, a affirmé Gomes.
A l'époque, le financement de la sécurité sociale pour la santé publique était défaillant, et le système a favorisé des emplois dans le secteur formel, dans un pays où une grande proportion de la main-d'œuvre est active dans l'économie informelle.
Mais les classes moyennes et supérieures ont opté pour des plans de santé privée et des fournisseurs d'assurance santé, a souligné Nascimento.
Les prestataires privés sont chers, et leur poids politique sape le SUS, a-t-elle expliqué. Par ailleurs, les gens qui peuvent payer pour les soins privés se tournent encore vers le système public quand ils ont besoin de chirurgies ou d'un traitement plus coûteux ou complexe, a-t-elle ajouté.
* Avec un reportage de Fabiola Ortiz

