BAMAKO, 29 sep (IPS) – L'Afrique devra adopter une position forte à la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques vers la fin de cette année, en Afrique du Sud, pour s’assurer que le continent recevra le financement pour atténuer et s'adapter aux changements climatiques.
L’Afrique ne contribue que pour quatre pour cent des gaz à effet de serre émis à travers le monde, mais c’est le continent le plus vulnérable aux effets néfastes des changements climatiques.
Au cours de la 17ème Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, prévue du 28 novembre au 9 décembre à Durban, en Afrique du Sud, Tosi Mpanu-Mpanu mènera les négociations au nom du 'African Group of Negotiators on Climate Change' (Groupe de négociateurs africains sur les changements climatiques – AGN).
Mpanu-Mpanu est également directeur Mécanisme de développement propre désigné sous le nom de l’Autorité nationale de la République démocratique du Congo (RDC). Il a accordé un entretien à IPS sur le sujet. Q: Quelles seront les exigences de l’Afrique dans sa position commune? R: L'Afrique veut un résultat fondé sur la science qui est juste et honore les promesses que tous les pays ont faites dans la Convention des Nations Unies sur le climat et dans son Protocole de Kyoto. Nous devons nous accorder sur des réductions mondiales pour 2050 qui limitent le réchauffement bien en dessous des 1,5 degrés Celsius prévus en Afrique.
Nous devons boucler le 'déficit d'atténuation' en nous assurant que les pays développés apportent des contributions justes et appropriées. Leurs promesses actuelles faibles, avec des failles de comptabilité, les amèneraient à faire très peu ou rien pour freiner les changements climatiques avant 2020.
Q: Avec 54 pays, l'AGN est l'un des plus grands blocs de négociation. Est-il difficile de s'entendre sur une position commune? R: Evidemment. Nous avons 54 différents intérêts nationaux et des niveaux de développement qui font qu'il est difficile de parvenir à une position commune. Mais nous comprenons l'importance d'atteindre un terrain d'entente. Nous avons besoin d'une masse critique qui ne peut pas être ignorée. Nous devons aller au-delà des intérêts nationaux. Parler d'une seule voix sera avantageux pour nous.
Q: Comment vous assurez-vous que le processus de la Conférence des parties (COP) ne devienne pas un “forum de discussions coûteux”, comme certaines critiques le croient? R: Aucun groupe n'a été plus critique sur la tendance à “parler sans action” que le groupe africain. Pour qu’un processus demeure pertinent, il doit produire. La grande question – la réduction des émissions – reste insaisissable.
Nous discutons, par exemple, des mêmes objectifs de réduction des gaz à effet de serre depuis 2005. Ce que nous recherchons maintenant, c’est un simple engagement à l'action de la part de nos partenaires dans les négociations. Ce n'est pas une question de marchandage. Il y a des choses sur lesquelles nous ne pouvons pas faire de compromis si nous voulons protéger nos populations.
Q: Avec la COP17, la première période d’engagement au Protocole de Kyoto arrivera à terme. Quelles sont les chances que les pays développés prennent un nouvel engagement? R: Certains pays riches retardent les négociations de Kyoto. Trois pays – le Japon, le Canada et la Russie – ont exprimé leur réticence à honorer leurs promesses. Les Etats-Unis ont refusé d’honorer leurs engagements il y a plusieurs années.
Mais le monde ne peut pas être pris en otage par une poignée de pays. L'Afrique ne servira pas de lieu de sépulture du seul traité juridiquement contraignant qui exige que les principaux responsables des changements climatiques réduisent leur pollution climatique.
Q: Comment allez-vous gérer 'le gap financier' potentiel après 2012? R: Le financement est l'un des enjeux clés pour Durban. Nous attendons que les pollueurs, et non les pauvres en Afrique, paient. Si l'Afrique doit prendre de nouvelles actions (engagements), nous devons nous assurer que nous bénéficions d’un nouveau financement supplémentaire.
Il n'y a aucun engagement pour 2013, et la promesse des nations en développement de payer 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, quoiqu’un début important, n'a aucun rapport avec le niveau des besoins identifiés par les grandes institutions, notamment l'ONU et la Banque mondiale. Durban doit parvenir à un accord sur le financement.
Q: Certains pays développés exigent que des économies émergentes comme la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud soient incluses dans les objectifs juridiquement contraignants de réduction des émissions. Etes-vous d'accord? R: La convention des Nations Unies sur le climat est très claire à ce sujet. La responsabilité historique incombe aux pays développés. L’exigence des pays développés que toutes les “grandes économies”, y compris certains pays en développement, prennent des engagements contraignants ne respecte pas la Feuille de route de 2007 établie à Bali, en Indonésie.
Si nous n’honorons pas les promesses faites récemment en 2007, comment pouvons-nous croire à ce qui va suivre? L'Afrique est plus que disposée à jouer au ballon, mais seulement si l'autre côté ne continue pas de déplacer les poteaux.
Q: Les projets prévus dans les Accords de Cancún l'année dernière sont-ils sur la bonne voie? R: Le Groupe africain a rédigé des propositions sur le mécanisme de la technologie, le cadre d'adaptation, le comité permanent des finances du climat, le forum sur les mesures d'intervention et autres arrangements institutionnels. L'Egypte, la RDC, le Burkina Faso, le Gabon et la Zambie ont soumis une proposition pour le nouveau Fonds vert pour le climat.
Nous voyons ces propositions comme des composantes essentielles pour renforcer l'architecture climatique. Mais elles doivent être complétées par des progrès sur la question clé de freiner les changements climatiques: réduire les émissions.

