BLANTYRE, 31 août (IPS) – Deux chaises plastiques cabossées barrent l’entrée des toilettes à 'Bangwe Township Clinic' (Centre de santé de la banlieue de Bangwe) à Blantyre, la capitale économique du Malawi. Ces toilettes ne fonctionnent pas parce qu'il n'y a pas d'eau courante – encore une fois.

Et si les malades veulent utiliser des toilettes, ils sont obligés de courir à l'école primaire d'à côté, qui dispose de latrines à fosse.

“Ce n'est pas une chose nouvelle ici”, déclare une infirmière, qui a requis l'anonymat. “C'est ainsi depuis deux semaines (début du mois d’août) maintenant. Nous ne disposons pas souvent d'eau courante, en particulier pendant la saison sèche. Nous avons deux toilettes, donc à des moments (comme celui-ci), nous les fermons”.

Mais ce centre de santé, qui reçoit en moyenne 100 patients par jour, a besoin d'eau pour ses malades et l'infirmière tire deux seaux par jour du puits artésien creusé dans une mosquée voisine.

“Nous obtenons juste deux seaux de là afin que nos malades puissent disposer de l'eau à boire ou à utiliser pour prendre (leurs) médicaments. Nous sommes touchés par cette pénurie d'eau. Mon travail n’est pas d’aller chercher de l'eau, mais d’examiner et de prescrire des médicaments pour mes patients”, indique l'infirmière au centre de santé.

La saison des pluies a pris fin en mars au Malawi. C’est actuellement la saison sèche, mais cette année, il y a des volumes d'eau beaucoup plus bas. Cela a amené le 'Blantyre Water Board' (Conseil de l'eau de Blantyre), dirigé par l’Etat, à commencer à rationner l'eau. Toutefois, le conseil admet que la demande actuelle pour l'eau, dans la ville, dépasse de loin la capacité de la fournir.

Accablé par des coupures d’électricité persistantes dans sa principale station d'eau, qui se situe à plus de 50 kilomètres de Blantyre, et un système en effondrement qui n'a pas été réhabilité depuis plus de 40 ans, le conseil a du mal à répondre aux demandes croissantes de l'eau.

La population de Blantyre est passée de 113.000 habitants, en 1966, à 670.000, en 2008, selon le 'National Statistical Office' (Bureau national des statistiques).

Toutefois, il existe un projet de cinq millions de dollars actuellement en cours pour améliorer les infrastructures d’eau de ce pays d'Afrique australe d'ici à 2013.

Le Conseil de l'eau de Blantyre affirme que ce projet permettra d'améliorer la fourniture d'eau, de 78.000 mètres cubes par jour à 96.000 mètres cubes par jour. Cela permettrait au conseil de mettre fin aux pénuries d'eau pérennes et d’atteindre plus d'un million de personnes.

En attendant, dans des banlieues à travers la ville, il est courant de voir des habitants faire la queue pour l'eau au niveau des quelques points d'eau fonctionnels. Certains utilisent même les eaux de ruissellement de la ville pour laver le linge ou pour le bain.

Les hôpitaux aussi ne sont pas épargnés. Le 'Blantyre Adventist Hospital' (Hôpital adventiste de Blantyre), l’un des grands hôpitaux privés du Malawi, n'a pas eu d'eau pendant une semaine.

Le directeur général de l'hôpital, Kirby Kasinja, a déclaré aux médias locaux que la pénurie d'eau a été un problème persistant dans l’établissement. Il y a eu de brèves défaillances dans la fourniture d’eau au cours de ces derniers mois, mais l'eau a complètement cessé de couler depuis trois semaines, paralysant les opérations de l'hôpital.

“Nous avons du linge sale de la salle d’opération qui est souillé et ensanglanté et nous devons les laver. (Mais) comment pouvons-nous les laver alors que nous manquons régulièrement d’eau? Même les malades sont censés être propres pour raison d'hygiène, mais il n’y a pas d'eau pour (se laver) non plus”, a-t-il dit.

Déterminé pour que les choses marchent dans ses salles d’opération, maternités et autres départements importants, l'hôpital dépense environ 400 dollars par jour pour louer des camions-citernes privés afin de répondre à certains de ses besoins en eau. Mais Kasinja affirme que cette dépense est trop coûteuse pour l'hôpital.

Le porte-parole du Conseil de l'eau de Blantyre, Innocent Mbvundula, dément que des hôpitaux aient été contraints de rationner. Ce sont des installations prioritaires, indique-t-il, et leur approvisionnement en eau ne sera pas coupé.

“Nous ne coupons pas (la fourniture d'eau aux) hôpitaux parce que ce sont des installations essentielles”, déclare-t-il, attribuant une partie des pénuries d'eau dans les hôpitaux à des problèmes techniques. Il a rassuré IPS que le conseil étudie et résout ces problèmes d'approvisionnement dès qu'il en est informé.

Maziko Matembe, directeur du 'Health and Rights Education Programme' (Programme d'éducation sur la santé et les droits), une organisation de la société civile qui fait la promotion de la santé, souligne que les pénuries d'eau dans la ville ont de graves conséquences sur la santé des habitants et des malades dans les hôpitaux.