BRAZZAVILLE, 22 août (IPS) – Chen Xiongbing, un ressortissant chinois, a été condamné le 10 août à Brazzaville, la capitale congolaise, à quatre ans d’emprisonnement ferme pour “détention et trafic des défenses d’ivoire et des objets en ivoire”.
Ce Chinois, qui tentait de faire passer cinq grandes défenses d’ivoire, 80 baguettes chinoises, plusieurs hanchos (sceaux ou emblèmes chinois), trois statuettes et de nombreuses autres pièces – le tout en ivoire -, a été condamné également à payer 6.000 dollars d’amende et 8.000 dollars de dommages et intérêts à l’Etat congolais. Appréhendé en janvier 2011 à l’aéroport de Brazzaville, alors qu’il s’apprêtait à rentrer à Pékin, cet ingénieur de travaux publics a écopé d'une peine sans précédent en matière de répression contre le trafic de la faune au Congo. De son côté, Jules Ngami, un Congolais, avait été condamné aussi, le 10 mars dernier, par le tribunal correctionnel de Brazzaville à 15 mois d’emprisonnement ferme et à 600 dollars d’amende pour “détention et commercialisation de deux peaux de panthère”. Dans la même période, la gendarmerie transférait trois trafiquants de peaux de panthère à la prison de Brazzaville. Ils étaient condamnés chacun à 12 mois de prison ferme et à 1.000 dollars d’amende. Ces condamnations de la justice contre les détenteurs ou trafiquants des produits fauniques sont une nouveauté au Congo. Autrefois, les éco-gardes et les agents des eaux et forêts ne saisissaient que des cargaisons de trophées d’espèces animales interdites. Et quelques forfaits d’amende suffisaient pour oublier le délit. Avant, il n'y avait pas une loi spécifique pour sévir. Mais, le Congo ayant ratifié des traités internationaux dont la Convention sur le commerce international des espèces de faune ou de flore en voie d'extinction (CITES), il a revu sa législation interne, explique Ghislaine Mayoulou, une juriste.
Par ailleurs, certains éco-gardes, violents, perquisitionnaient des villages entiers et tabassaient tous ceux qui avaient été surpris avec un bout de viande interdite. “Les populations riveraines des parcs subissent des humiliations ou des battues parfois pour un simple rat palmiste”, dénonce Roger Bouka Owoko, directeur exécutif de l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), auteur d’un rapport en 2006 sur le mauvais traitement des populations autochtones, connues pour leur goût de la viande de chasse. Mais en novembre 2008, le gouvernement congolais a adopté une Loi sur la protection de la faune sauvage et les aires protégées. Cette loi interdit clairement «l’exportation, l’importation et la commercialisation des animaux intégralement protégés ou leurs trophées». “C’est grâce à cette loi que la justice est rentrée dans la danse pour traquer les braconniers et trafiquants des espèces interdites”, explique à IPS, William Nguembaud, juriste et environnementaliste à Brazzaville. “Nous sommes engagés à aider le gouvernement afin d’envoyer un message de tolérance zéro aux trafiquants d’ivoire”, affirme Naftali Honig, responsable du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage. “Nous avons décidé d’appuyer le gouvernement dans ce sens, car l’application de la loi est la partie qui manquait à la conservation. Mais il y a encore beaucoup à faire», souligne-t-il à IPS. Avec 65 pour cent de forêts sur son territoire national dont 11,6 pour cent composés des aires protégées, le Congo compte trois parcs nationaux, six réserves fauniques et des sanctuaires à chimpanzés et à gorilles. Aux côtés du gouvernement, des organisations internationales font de la conservation de nombreuses espèces animales. Mais dans les régions de l’intérieur du pays, peu de gens connaissent cette nouvelle loi et continuent à abattre les animaux protégés. En mars 2011, un trafiquant de peaux de panthère a été arrêté au marché Tiétié de Pointe-Noire, la capitale économique, dans le sud. Pourtant, dans les grands carrefours de certaines villes secondaires, de grandes pancartes rappellent la liste des espèces interdites. “Nous essayons de sensibiliser au maximum les populations sur cette nouvelle loi”, affirme Honig. “Les chasseurs ne respectent pas la loi et exercent sans permis de chasse. Ils font exprès et si nous les surprenons, nous appliquons la loi”, indique Pierre Kama, responsable de la Conservation et gestion de la faune, au ministère de l'Economie forestière. Très critiques, les organisations non gouvernementales (ONG) estiment que certaines personnalités seraient impliquées dans ce trafic. “Nous saluons le fait que les braconniers soient jugés et condamnés. Mais, tous les maillons des réseaux ne sont toujours pas connus. Par exemple, pour les trafics des pointes d’ivoire, les commanditaires ne sont jamais inquiétés”, déclare Bouka Owoko, de l’OCDH. “Souvent, les fonctionnaires de l’Etat arment des chasseurs pour tuer des espèces protégées. Les mêmes aident les trafiquants à écouler leurs produits fauniques en ville”, affirme Vivien Ilahou, président de Congo Environnement, une ONG basée à Dolisie, dans le sud-ouest du pays. Par exemple, en avril 2011 à Ouesso, dans le nord, sept personnes – dont quatre éco-gardes qui sont des agents de l’Etat – ont été jugées et condamnées pour trafic d’ivoire et de peaux de panthère. Elles ont été transférées à la maison d’arrêt de Brazzaville pour purger leur peine de 12 à 24 mois de prison. Pour Paul Telfer, directeur général de 'Wildlife Conservation Society', “la corruption dans la conservation n’est pas acceptable. Les éco-gardes doivent se montrer plus honnêtes”.

