AFRIQUE DU SUD: La mortalité maternelle quadruple avec des femmes négligées

LE CAP, 13 août (IPS) – Seuls six pays d’Afrique subsaharienne n’ont pas pu réduire le nombre de femmes qui meurent en couches au cours des deux dernières décennies. L’Afrique du Sud qui dépense beaucoup est parmi eux, avec des taux de mortalité maternelle qui ont plus que quadruplé depuis 1990.

Agnès Odhiambo, une chercheuse à 'Human Rights Watch', affirme que cela est largement dû à un manque de responsabilité.

Les taux de mortalité maternelle dans toute l’Afrique subsaharienne ont été réduits d'un quart par rapport aux niveaux de 1990. Mais, l'économie la plus développée du continent évolue dans le sens opposé: le taux de mortalité maternelle en Afrique du Sud en 1990 était de 150 pour 100.000 naissances vivantes; dans son rapport 2010 sur les progrès réalisés dans les Objectifs du millénaire pour le développement, le pays a indiqué que ce taux était passé à 625 pour 100.000.

“Le VIH est un facteur important dans la mortalité maternelle en Afrique du Sud”, explique Odhiambo, ajoutant que l'amélioration des rapports signifie que des décès, qui pourraient ne pas avoir été enregistrés dans le passé, ont été également ajoutés au total.

“Mais même avec tout cela, le type de négligence qui s’observe dans nos services, selon des femmes, la mauvaise qualité des soins est un gros problème et c'est une préoccupation à laquelle nous devons vraiment réfléchir”.

Des agents de santé négligeant des malades Entre août 2010 et avril 2011, 'Human Rights Watch' a interrogé 157 femmes qui ont bénéficié des soins maternels dans le système de santé publique dans la province du Cap oriental. Les chercheurs ont également visité 16 installations sanitaires dans les districts que le ministère de la Santé nationale a identifiés comme ayant des taux de mortalité maternelle les plus élevés dans le pays, et ont parlé avec des agents de santé de première ligne et des directeurs, ainsi qu’avec des experts du domaine.

L'enquête intitulée 'Stop Making Excuses: Accountability for Maternal Health Care in South Africa' (Cessez de présenter des excuses: La responsabilité pour les soins de santé maternelle en Afrique du Sud), révèle un tableau de négligence grave.

Ce tableau comprend des femmes en travail qu’on renvoie chez elles sans être examinées, des femmes ignorées ou mises en attente pendant des heures – voire des jours – par des infirmières alors qu’elles demandent de l'aide, des femmes qui sont physiquement et verbalement maltraitées par le personnel, et d'autres contraintes à changer leurs propres draps ou à garder leurs nouveau-nés dans l'hôpital alors qu’elles sont encore faibles après l'accouchement. Les femmes séropositives et celles venues d’autres parties de l'Afrique ont également indiqué avoir été victimes de discrimination.

“Selon moi, c’est négliger les femmes”, déclare Odhiambo. “Vous négligez les femmes lorsqu’une femme perd son bébé et que vous ne prenez même pas la peine de lui expliquer ce qui a causé la mort de ce bébé. Ou quand on demande aux femmes de nettoyer leur propre sang, ou lorsque les femmes sont obligées de dormir (dans le même lit) que leur bébé trois heures à peine après avoir subi une césarienne, alors qu’elles ne sont pas encore assez fortes”.

Le secrétaire provincial du 'National Education, Health and Allied Workers Union' (Syndicat national des travailleurs de l'éducation, la santé et secteurs alliés) au Cap oriental, Xolani Malamlela, a admis que la performance des agents de santé est parfois faible, mais a dit que l'évaluation du syndicat indique que le problème commence avec une mauvaise gestion des institutions sanitaires.

Malamlela affirme que les agents de santé sont souvent débordés et ne sont pas toujours payés à temps, ce qui conduit à la démoralisation du personnel. Il indique également que les politiques d'achat qui ont centralisé le contrôle des stocks de médicaments et d'équipements dans la capitale provinciale ont privé les hôpitaux de la capacité de gérer individuellement les produits vitaux.

“Mais nous ne pouvons pas nier que vous pourriez trouver ici et là des employés inconscients, et nous devons aussi jouer notre rôle en encourageant nos membres à ne pas s’occuper des malades de façon très inconsciente”, observe-t-il.

Des directeurs négligeant les malades et agents de santé Le rapport d’Odhiambo est critique à l’égard d'un défaut d'agir sur les plaintes – non seulement en sanctionnant chacun des agents de santé, mais aussi en reconnaissant les problèmes dans tout le système qui contribuent à la maltraitance et la négligence. Elle souligne que les autorités sanitaires d'Afrique du Sud sont négligentes à un autre niveau, en n’arrivant pas à recueillir des informations assez détaillées sur la mortalité maternelle, qui guideraient les politiques.

Le pays n'a pas effectué une Enquête démographique et de santé depuis 2003, par exemple. Le coût est évoqué comme étant la raison de ce retard, mais des pays ayant moins de ressources disposent de statistiques à jour.

“Nos systèmes de santé sont mis à l’épreuve”, déclare Marion Stevens, une sage-femme et membre de l’organisation 'Women in Sexual and Reproductive Rights and Health' (Femmes dans les droits sexuels et de reproduction et la santé). Elle explique que le principal facteur des décès maternels est le VIH/SIDA, mais estime que l'accent du ministère de la Santé nationale sur la pandémie est mal suivi.

“La responsabilité est une question importante, parce qu’elle pose la question de savoir pourquoi. Avec toutes les ressources qui sont en train d’être dépensées sur le SIDA, pourquoi ne considérons-nous pas aussi la santé des femmes, et en particulier la mortalité maternelle, comme une question connexe?” L'accent sur le SIDA, dit-elle, est venu au détriment de la poursuite des soins de santé. Par exemple, on dit aux femmes de ne pas aller pour les soins prénatals jusqu'à ce que la grossesse atteigne 20 semaines parce que les centres de santé sont débordés par d'autres demandes. “Ainsi, pour les femmes qui sont malades quand elles sont enceintes, si elles veulent se sentir bien, ou si elles sont séropositives, ou si elles veulent choisir de se faire avorter, alors elles arrivent trop tard, et c’est problématique”.