SANTE-CONGO: La gratuité de la césarienne est effective

BRAZZAVILLE, 26 juil (IPS) – “La gratuité de la césarienne est une réalité à la maternité de Makélékélé, je n’ai rien dépensé lors de mon accouchement”, affirme Victorine Kaba qui a eu son bébé en juin 2011 dans l’hôpital de base de ce quartier sud de Brazzaville, la capitale congolaise.

“C’est grâce à la césarienne gratuite que j’ai eu cet enfant en avril”, témoigne à IPS, Nadège Nzoussi, une mère d’environ 30 ans accouchée dans le même hôpital.

Guylaine Nina Loundou, une autre mère couchée près de son bébé dans cette maternité, exprime également sa joie. “La prise en charge est totale après l’opération. J’ai retrouvé tous les médicaments dans mon sac, offerts par l’hôpital”.

“Quand je sais qu’il y a encore quelques mois, les familles devraient hypothéquer leurs biens pour payer les frais de la césarienne, vraiment il faut s’en féliciter”, déclare Boniface Makaya, un chef de famille.

“Plusieurs fois, des familles sont venues avec les papiers de (propriété) de parcelle pendant que leur fille était au bloc d’accouchement, en échange des frais de césarienne”, témoigne Emilienne Raoul, ancienne ministre de la Santé.

Lancée depuis août 2010 par le président congolais Denis Sassou Nguesso devant le parlement, la gratuité de la césarienne n’est entrée en vigueur qu’en 2011. “Il fallait prendre le temps de mettre en place les textes qui assurent le côté juridique de cette gratuité”, explique le professeur Hervé Iloki, gynécologue et chef du programme 'Gratuité de la césarienne'.

En 2009, le gouvernement avait annoncé la mesure de gratuité du traitement de paludisme pour les enfants de zéro à 15 ans. Mais son entrée immédiate en vigueur n’a pas rendu durable la mesure. “Et il ne fallait pas faire comme pour le paludisme. Il faillait des textes et une direction de suivi de ce programme”, ajoute Iloki.

Ensuite, des tests ont été menés dans les hôpitaux. A Makélékélé, devenue la principale maternité de Brazzaville depuis la fermeture en 2006 – pour travaux de réfection – de la maternité Blanche Gomez, 38 césariennes gratuites ont été réalisées de février à avril 2011 sur fonds propres de l’hôpital. “C’était pour voir si l’hôpital avait des capacités de réagir en cas de rupture de kits, et si le personnel était prompt” à y faire face, affirme à IPS, Dr Serge Antoine Loussambou, directeur de l’hôpital de Makélékélé.

Depuis le lancement de la gratuité, tout se passe bien dans ce centre hospitalier considéré comme pilote. “Les sages-femmes ou les médecins ne sont plus paniqués comme avant, car les kits sont sur place et nous intervenons dès que la décision est prise”, explique Dr Jean Marie Makita, du service de gynécologie de Makélékélé.

Par exemple, entre mai et juin 2011, environ 200 césariennes ont été réalisées gratuitement dans cet hôpital, pour un coût d’environ 280 dollars par opération, indique Loussambou à IPS. Le service enregistre, selon ses responsables, quelque 400 accouchements par mois. “Avec la gratuité de la césarienne, il y a la promptitude du médecin à réagir. On n’attend plus la famille qui va chercher éperdument de l’argent, alors que la femme est au bloc d’accouchement”, souligne Dr Anne-Marie Likibi, de la maternité de Talangaï, un autre quartier de Brazzaville.

«Le Congo vient de réaliser un pas important dans sa lutte contre la mortalité maternelle. Beaucoup de femmes trouvent là une voie de salut», déclare Marcel Widikila, assistant social au Centre d’écoute des femmes et filles, une organisation non gouvernementale basée à Brazzaville.

Selon le gouvernement, le taux de mortalité maternelle au Congo est de 781 décès pour 100.000 naissances vivantes. C’est l’un des plus élevés de l’Afrique noire, souligne le rapport 2010 des Nations Unies sur le développement humain. “Et pourtant, 82 pour cent de femmes enceintes voient au moins un médecin avant l’accouchement”, affirme Iloki. Dr Ignace Ngakala, le directeur général du Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville, déclare que d’énormes efforts ont été faits pour réduire cette grande mortalité maternelle. “Nous avons enregistré 900 décès pour 100.000 naissances vivantes en 1993, puis 1.100 décès en 1995, et maintenant 781 décès”, rappelle-t-il, confirmant la gratuité de la césarienne dans son centre.

Par ailleurs, le personnel médical espère que le gouvernement tiendrait ses engagements concernant leur traitement. Selon Dr Loussambou, 30 pour cent des 280 dollars que coûte une césarienne simple devraient être restitués à l’équipe de médecins qui réalisent cette opération. C’est le pourcentage prévu pour la motivation des médecins, souligne Dr Likibi.

Les acteurs de la société civile et certains partenaires du gouvernement souhaitent que les kits de césarienne soient utilisés à bon escient. “Cela a un coût que le gouvernement supporte. Il ne faut pas que les médecins s’amusent à faire des césariennes sur toutes les femmes au moindre bobo”, avertit Martin Itoua, président de l’Association des parents d’élèves du Congo et partenaire du gouvernement à l'éducation des jeunes étudiantes en âge de procréer. “C’est de la responsabilité des médecins de bien gérer les kits d’accouchement et de césariennes”, indique David Lawson, représentant du Fonds des Nations Unies pour la population au Congo. “Il ne faut pas qu’on retourne la gratuité contre nous en pratiquant des césariennes pêle-mêle; la femme a besoin de temps pour accoucher”, souligne dame Kaba.