SOUDAN DU SUD: Nécessité d’un accord pétrolier équitable pour la paix

JUBA, 11 juil (IPS) – Le partage du pétrole entre le Nord et le Sud-Soudan doit être abordé d'urgence, sinon le conflit entre les deux pays s’intensifiera et pourrait éventuellement conduire à une guerre civile, selon des responsables gouvernementaux et des organisations de défense des droits de l’Homme.

L’ambassadeur James Morgan, qui a représenté le Soudan en Indonésie jusqu'en juin 2011, a déclaré que les questions liées au pétrole ont besoin d'une solution urgente.

“Il n'y a pas de pétrole au Soudan du Sud depuis [deux semaines environ], parce que le Nord [Soudan] a bloqué l’oléoduc avant de commencer à bombarder Abyei. Le président soudanais, Omar Al-Bashir, insiste sur un partage de 50/50 pour cent du pétrole. Mais nous voulons juste payer le loyer pour l’oléoduc et l'utilisation du Port Soudan, que nous exploitons pour nos exportations de pétrole”, indique Morgan.

Le Soudan du Sud produit 85 pour cent du pétrole provenant du Soudan. Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud a célébré la naissance d'une nouvelle nation, le 54ème Etat d’Afrique, et s’est séparé du Soudan du Nord.

Le président de l'Assemblée législative du Soudan du Sud, James Igga, a proclamé l'indépendance de la République du Soudan du Sud, puis le drapeau du Soudan est descendu et celui de la nouvelle République a été hissé. Le président Salva Kiir a promulgué une nouvelle constitution de transition et a ensuite prêté serment en tant que président du nouvel Etat. Le pays sera divisé en 10 Etats qui seront dirigées par des gouverneurs.

Mais pendant que le Soudan du Sud se préparait à célébrer son indépendance, la question du partage du pétrole et la résolution des conflits à Abyei, au sud du Kordofan et dans les Etats du Nil Bleu, n’ont pas encore été réglées.

'Global Witness', une organisation qui a analysé plusieurs tendances concernant le Soudan, affirme qu'il faut une plus grande transparence au Soudan par rapport à ses recettes pétrolières pour aider à préserver la paix.

“La chose la plus importante concernant la sécession du Sud-Soudan, c’est ce qui adviendra des recettes pétrolières”, explique Rosie Sharpe de 'Global Witness', qui a publié un rapport sur les richesses du pays.

“Sans un nouvel accord pétrolier équitable entre le Nord et le Sud-Soudan, il est difficile de voir comment la séparation du Sud se passera pacifiquement”, ajoute-elle.

“Un nouvel accord pétrolier entre le Nord et le Sud-Soudan est essentiel pour éviter un retour à une guerre à grande échelle. Il y a eu beaucoup de méfiance par rapport à la mise en œuvre équitable du système actuel de répartition des recettes”, indique le rapport.

Le rapport affirme également qu’actuellement, les citoyens soudanais ne peuvent pas être sûrs de la quantité de pétrole que leur pays produit et ne peuvent pas être donc certains que l’accord de partage des richesses est équitablement mis en œuvre.

“Il est par conséquent important que ces questions soient réglées”, souligne le rapport.

Le gouvernement soudanais et la 'China National Petroleum Corporation' – la principale compagnie pétrolière dans la région – n’ont pas justifié suffisamment les écarts dans les chiffres de production publiés.

Depuis l'Accord de paix global (APG) de 2005, le Nord et le Sud-Soudan ont réparti équitablement les recettes pétrolières du pays, mais des analystes estiment que près des trois-quarts des 500.000 barils de pétrole produit quotidiennement proviennent du Soudan du Sud.

L'économie du Soudan du Nord prendra un coup avec l'indépendance du Soudan du Sud. Selon 'Global Witness', les recettes pétrolières représentaient 50 pour cent des recettes intérieures et 93 pour cent des exportations du Soudan en 2009. Déjà, les prix des aliments et des produits de base augmentent, puisque le gouvernement a réduit les subventions qu'il estime ne plus être en mesure d’accorder.

Publiquement, les autorités du Soudan du Nord sont optimistes et manifestent une grande confiance. Nafie Ali Nafie, un proche confident du d’Al-Bashir au Soudan et un ancien directeur de la sécurité nationale, a déclaré que ceux qui répandent des rumeurs selon lesquelles l'économie au Nord s'effondrerait à cause de la sécession du Sud se sont “beaucoup trompés”.

Mais la dépendance du Soudan du Sud du pétrole, qui fournit 98 pour cent de ses recettes, le rend également vulnérable. Depuis la signature de l’APG, le Soudan du Sud a reçu près de 10 milliards de dollars de recettes pétrolières. Mais beaucoup de gens disent qu'ils ont peu bénéficié de ces pétrodollars, et le Soudan du Sud demeure l'une des régions les moins développées de la planète.

Si le pétrole cesse de couler à flots, l'économie du Soudan du Sud s'effondrerait. Les 85 pour cent de sa population qui dépendent de l'agriculture ne pourraient pas être directement touchés, mais l'Etat serait incapable de payer ses soldats et l'instabilité serait sans doute la conséquence.

Il est donc primordial que le pétrole continue de couler à flots après la séparation. Le gouvernement du Soudan du Sud a déclaré qu'il respecterait les accords qui ont déjà été signés et certains dirigeants de compagnies pétrolières ont déjà quitté Khartoum pour s’installer à Juba, la capitale du Soudan du Sud.

Mais dans le long terme, le Soudan du Sud devra diversifier son économie en dehors du pétrole. “Grâce à d'autres découvertes, il est estimé que la production atteindra le maximum dans les années 2011-2012, puis diminuera progressivement par la suite et est susceptible de s’épuiser dans 20 ou 30 ans”, affirme Dirk-Jan Omtzigt, le conseiller économique du Groupe de travail sur le référendum.

Il n'y a pas assez d'électricité au Soudan du Sud, mais d'autres affaires prospèrent. Le bâtiment est en tête et il existe beaucoup de constructions en cours dans le pays.