JOHANNESBURG, 18 juin (IPS) – Certains Indiens et Africains croient que l’Afrique est sur le point de devenir une puissance économique mondiale, mais qu’il faut des changements pour assurer que le continent occupe sa place dans l'économie mondiale. Pour l'Inde, l'Afrique du Sud est vitale pour son engagement avec le continent.
Raman Dhawan, directeur général du constructeur automobile 'Tata Africa Holdings', déclare que la politique économique devrait se focaliser sur la création d'emploi. “Mais les travailleurs doivent être productifs pour rivaliser également avec le reste du monde. L'argent est dans la transformation et les services, mais l'Afrique n'est pas compétitive”. Dhawan s'exprimait à la conférence sur “L'Inde, l'Afrique du Sud et l’Afrique dans un paysage mondial en mutation” à Johannesburg. L'Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA) a accueilli la conférence les 9 et 10 juin. Le SAIIA est un groupe de réflexion rattaché à l'Université de Witwatersrand à Johannesburg. Dhawan affirme que la confiance joue aussi un grand rôle dans l’occupation de grandes places sur la scène mondiale. “Alors, lorsque vous accueillez une Coupe du monde de football réussie, pourquoi permettez-vous au monde de l'oublier un an plus tard? Continuez de célébrer [cela] et de vendre les capacités du pays”, a insisté le directeur de Tata. “Une chose est d’être bon; une autre est d’être vu”. Eltie Links, un membre du conseil national du SAIIA, convient que l'Afrique est au bord d'un décollage économique du fait des perceptions selon lesquelles le continent se transforme, pour le bien. “L'optimisme autour de cette croissance (économique) est évident. Les Africains investissent dans d'autres pays africains et cela montre que les investisseurs croient en leur propre avenir. Le fait est que les Africains demeureront essentiels dans leur propre avenir”. Links estime que l'Inde peut et doit jouer un grand rôle pour faire sortir l’Afrique du marasme économique. “L'Afrique et l'Inde partagent une même histoire coloniale. Cela leur donne une plateforme à partir de laquelle construire [leurs relations]. Cependant, aujourd’hui, avec des négociations constantes entre les pays africains et l'Inde, il y a une nouvelle histoire qui peut changer la vie des pauvres sur le continent et en Inde”. “Au-delà de cela, il doit y avoir des changements dans le monde développé aussi pour faciliter ces changements dans le tiers-monde”, ajoute-il. Virendra Gupta, le haut commissaire de l'Inde en Afrique du Sud, réitère “la nécessité d'une action plus rapide à la fois de la part du continent et de l'Inde à travailler ensemble pour opérer des changements positifs dans la vie des pauvres. “La relation entre l'Inde et l'Afrique doit être vue comme faisant partie du contexte mondial en mutation. Les pays en développement ont une occasion unique pour contribuer à diverses organisations internationales, comme les Nations Unies et le Fonds monétaire international. “Les pays en développement ont bien résisté à la tempête de la crise économique mondiale, dans certains cas, mieux que dans le monde développé, et cela est souligné par leurs chiffres de croissance. La voix de l'Afrique est désormais entendue et les pays qui composent le continent s’affirment de plus en plus. Ils participent aux discussions qui touchent leur avenir”, souligne Gupta. “Il devient de plus en plus difficile de prendre des décisions qui affectent le tiers-monde sans avoir ses contributions dans ces décisions. Encore une fois, ceci montre que tous les pays méritent une attention”, ajoute-t-il. Gupta déclare que l'Inde regarde vers l'Afrique du Sud pour ancrer son implication sur le continent africain. Une feuille de route pour un engagement économique, des subventions et une assistance technique est en place. L'Inde ne voit pas l'aide comme une priorité. “Nous sommes plus intéressés par le renforcement des capacités et le développement des ressources humaines de l'Afrique du Sud”, soutient Gupta. “L'Inde ne veut pas dicter [une approche] politique ou économique. Elle a été colonisée aussi et elle comprend la dynamique que cela implique”. Paul Baloyi, directeur exécutif de la Banque de développement d'Afrique australe, convient qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour aider les pauvres. Des institutions en Afrique du Sud, mais aussi sur le reste du continent, sont sous pression pour donner de bons résultats. “En Afrique du Sud, les directeurs réalisent qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour offrir des services aux personnes précédemment défavorisées. Il y a beaucoup de plans en cours, mais, parce que cela n'est pas connu, les gens sont de plus en plus impatients”, dit-il. Baloyi reconnaît que les ressources naturelles d'Afrique sont les motivations pour la plupart des intérêts venant de l'extérieur du continent. Il avertit que les Etats africains doivent, toutefois, être prudents pour s’assurer que les avantages profitent aux deux parties. “Les relations internationales constituent une opportunité pour les deux côtés; pour obtenir des ressources d'une part, mais aussi pour acquérir des compétences, d'autre part”. “La taille de la population africaine est une autre opportunité. La question est: 'comment utilisez-vous ce marché?'. La classe moyenne en Afrique du Sud est en croissance, ce qui signifie que son pouvoir d’achat augmente et que cela encourage le développement économique”.

