MATADI, RD Congo, 14 juin (IPS) – La République démocratique du Congo (RDC) détient le triste record de la maladie du sommeil (la trypanosomiase) dans le monde. Au Bas-Congo (sud-ouest du pays), cependant, l'aide de la Belgique a permis de faire baisser le taux de prévalence ces dernières années.
Mais la population ne doit pas relâcher sa vigilance de tous les instants, car c’est le seul moyen de venir à bout de la trypanosomiase. A Mvuadu, un quartier pauvre de Matadi, la principale ville de la province du Bas-Congo, où les ruisseaux foisonnent, il n’est pas rare de voir voltiger des mouches tsé-tsé, vecteurs de la maladie. Le spectacle est le même dans de nombreuses contrées de la province, où ces grosses mouches cherchent à se nourrir du sang humain. “La maladie du sommeil se portera toujours bien dans la province aussi longtemps qu’elles (les mouches tsé-tsé) existeront”, avertit Clément Nsuaka, coordonnateur provincial du Programme national de lutte contre la trypanosomiase africaine (PNLTHA) en RDC. Sa mise en garde survient au moment où la Belgique annonce, pour 2013, son retrait dans le combat qu’elle mène depuis des décennies, contre cette maladie endémique: 75 pour cent des cas signalés dans le monde sont en RDC. En 2008, quelque 7.300 malades ont été notifiés dans ce pays pour moins de 10.000 dans toute l'Afrique où plusieurs pays en sont désormais indemnes. Au Bas-Congo, le taux de prévalence a baissé de près de moitié entre 2009 et 2010, grâce au soutien de la Coopération technique belge (CTB). Ce taux est aujourd'hui de 0,18 pour cent. C'est encore trop car pour qu’un pays soit déclaré indemne par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il faut qu'aucun cas ne soit déclaré pendant cinq ans. Mais, rien qu'au Bas-Congo, on a compté 168 malades en 2009. “Quand vous avez un chiffre comme celui-là, il faut le multiplier par quatre pour se rendre compte de l’ampleur réelle de la maladie”, explique Dr Vin Vander Veken, conseiller chargé de la lutte contre la trypanosomiase à la CTB. Avant son retrait, le royaume de Belgique attire ainsi l’attention des autorités sanitaires du pays. “Il ne faut pas trop compter sur un seul bailleur. Car, en cas de problème, vous ne saurez pas vous en sortir”, souligne Vander Veken.
Le gouvernement doit s’impliquer La Belgique avait jusque-là doté le Bas-Congo de 13 unités mobiles qui allaient de village en village, pour examiner la population. Mais aujourd’hui, il ne reste plus qu’une seule unité pour une population de 3,6 millions d’habitants. De grands filets servant de pièges, pour capturer les mouches tsé-tsé, étaient aussi distribués gratuitement. Cette assistance n’a pas été renouvelée en 2011. “Il faut que le gouvernement provincial du Bas-Congo s’implique”, prévient un agent du PNLTHA, qui redoute l’endémicité de la maladie du sommeil dans les pays voisins (Angola et Congo Brazzaville).
Le directeur national de la lutte contre la trypanosomiase, Dr Victor Kande, appelle tout le monde à la vigilance. “Un seul cas est un problème pour cette maladie endémique”, déclare-t-il. “Car il suffit d’une distraction pour que nous revenions à la situation historique du Bas-Congo”, quand, dans les années 1960, on enregistrait 1.000 nouveaux cas par an.
En effet, une très grande vigilance est de rigueur si on veut rompre la chaîne de transmission de cette maladie qui fait, dans certains villages de la RDC, plus de morts que le SIDA, selon l'OMS. Capturer les mouches tsé-tsé grâce aux pièges, dépister les malades et les soigner le plus tôt possible, telles sont les mesures indispensables à appliquer de front pour venir à bout de ce fléau. Se réveiller de son sommeil Mais les résultats obtenus dans la province du Bas-Congo ont relâché l'attention de la population: “La plupart de gens ont oublié la maladie et on n'a plus formé de médecins pour effectuer des diagnostics”, affirme Dr Aimé Umba, médecin-chef de zone dans le territoire de Lukula. Selon Umba, de nombreuses personnes en meurent sans le savoir, simplement parce les symptômes de la maladie du sommeil se confondent, dans un premier temps, avec ceux du paludisme et du VIH/SIDA: maux de tête, fatigue, démangeaisons, douleurs musculaires et articulaires, ganglions, notamment au niveau du cou. Dans une seconde phase, le système nerveux central est touché, provoquant somnolence, troubles de comportement… Non traitée, la trypanosomiase est toujours mortelle. Mais au Bas-Congo, malgré la menace qui plane toujours, les gens n'en parlent presque plus. Pour Vander Veken, “il faut un effort de sensibilisation des jeunes pour entretenir la mémoire collective” sur cette maladie, découverte pour la première fois dans cette province par les colons belges, et qui avait à l’époque décimé des milliers de gens. *(Alphonse Nekwa est journaliste pour Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).

