BRAZZAVILLE, 4 juin (IPS) – Deux pays seulement, le Congo-Brazzaville et la République démocratique du Congo (RDC), sur les onze que compte le Bassin du Congo, ont pu valider leur plan de mise en œuvre du processus REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts).
Trois pays de la région ont plus ou moins entamé leur processus REDD+ tandis qu’un quatrième prépare ses outils, alors que les sept autres n’en parlent même presque pas encore. La RDC, avec ses 25 millions de kilomètres carrés d’aires protégées, est le premier pays du bassin à avoir fait valider, en 2010, son plan REDD+ au niveau du Comité des partenaires, composé des pays riches et des pays forestiers. Aujourd’hui, ce grand pays d’Afrique centrale bénéficie de deux projets pilotes dont un sur la plantation d’arbres sur le Plateau Batéké, dans les environs de Kinshasa, la capitale. Selon la Banque mondiale, pour préparer ce processus et mettre en place la stratégie REDD+, la RDC a bénéficié de 3,4 millions de dollars. «Cet argent a aussi permis de réaliser quelques projets pilotes, comme les arbres de Batéké», explique à IPS, Loïc Braume, un expert de la Banque mondiale. Le ministre de l’Environnement de la RDC, José Endundu a confirmé la réception des fonds, mais son pays attend beaucoup plus. “C'est une goutte d'eau dans la mer, vu l'étendue du pays et le nombre de populations qui attendent l'impact de la REDD+ sur le terrain”, a-t-il dit à IPS en marge de la rencontre des ministres au sommet des trois bassins tropicaux, qui a pris fin vendredi soir à Brazzaville.
Le Congo-Brazzaville, après un plan rejeté par la société civile en juillet 2010, a validé son RPP (plan de mise en œuvre de REDD+). “Après cette validation, nous attendons des financements pour notre stratégie nationale”, déclare à IPS, Georges Claver Boudzanga, le point focal REDD+ au Congo. “Après tant d’efforts consentis, nous ne voulons pas que la REDD+ soit un éléphant blanc chez nous. Nous attendons des financements pour commencer avec les activités alternatives à la destruction et à la dégradation des forêts”, ajoute Boudzanga. “Actuellement, le Congo devra s’attendre à 3,4 millions de dollars pour sa stratégie, mais aussi des activités alternatives de lutte contre la pauvreté en milieu forestier”, indique Braume. La Banque mondiale annonce également beaucoup de financements pour aider les pays du Bassin du Congo à accéder au processus REDD+. Pour une phase de préparation, par exemple, chaque pays devrait bénéficier de 200.000 à 300.000 dollars. La République centrafricaine (RCA), qui couvre 3,8 millions d’hectares de forêts, attend depuis janvier 2011 la validation de son plan. «La RCA a déjà entamé son processus REDD+ et nous estimons pouvoir bénéficier rapidement des retombées du crédit carbone», affirme le président de ce pays, François Bozizé, au sommet de Brazzaville. La société civile centrafricaine plaide pour la prise en compte des droits fonciers des communautés forestières Mbororos, Anka et Mbororos afin qu’elles bénéficient, elles aussi, du fonds carbone. «Le processus REDD+ est pour nous une opportunité de bénéficier des fonds nécessaires à la réduction des émissions de la déforestation», déclare à IPS, François Naoueyama, ministre centrafricain de l’Environnement et de l’Ecologie. En dehors du Cameroun qui prépare actuellement ses outils pour la REDD+, les autres pays comme le Burundi, le Gabon, la Guinée Equatoriale, l’Angola, le Tchad, le Rwanda et Sao Tomé ne sont même pas à la phase embryonnaire. «C’est un vrai déficit chez nous au Burundi. Il faut que les autorités se réveillent pour que nous puissions, nous aussi, bénéficier des fonds comme les autres pays», souligne Albert Mbonerane, président de l’association 'Action ceinture verte', basée à Bujumbura, la capitale burundaise. Les donateurs présents au sommet de Brazzaville affirment que les fonds existent pour soutenir les pays à commencer le processus. Dans le cadre du 'Fonds forestier le Bassin du Congo', géré par la Banque africaine de développement, les pays qui vont commencer le processus recevront entre 200.000 et 400.000 euros. «Dans les trois mois, ces fonds pourront être disponibles dans le Bassin du Congo», assure Braume. Il existe aussi des fonds volontaires qui viennent individuellement des pays riches. La Norvège et le Royaume-Uni ont déjà financé des projets de conservation de la biodiversité. «Et il y a des pays qui bénéficient déjà de ces financements dans le monde, et la RDC dans le Bassin du Congo. Il y a aussi les fonds alloués par les partenaires de la REDD+ qui sont disponibles», annonce Guillaume Choumert, un expert du comité des partenaires REDD+, dans une présentation au sommet. Mais, les pays déjà avancés ne cachent pas leurs difficultés à comprendre le marché international du carbone. «Il y a des subtilités, l’absence de méthode unique dans le calcul de carbone, tout ça fait que les pays du Bassin du Congo doivent s’unir et renforcer leur coopération», souligne le ministre Endundu de la RDC. Lancé en 2008 par les Nations Unies, le processus REDD+ est considéré comme une réponse alternative à la déforestation et à la dégradation des forêts par les communautés forestières pauvres qui ne vivent que grâce à la forêt. Selon Juvenal Tais, coordonnatrice de REDD+ aux Nations Unies, 71 pays – dont 54 pauvres – s’intéressent au processus.

