ENVIRONNEMENT: Appel à la solidarité et aux financements au sommet de Brazzaville

BRAZZAVILLE, 4 juin (IPS) – Le sommet des trois bassins tropicaux du monde s’est achevé vendredi à Brazzaville sans l’accord de coopération tel que prévu. Mais, les sept chefs d'Etat présents ont appelé à la solidarité de tous les pays membres en adoptant une position commune dans les négociations internationales.

Ces chefs d'Etat ont plutôt publié une déclaration conjointe dans laquelle ils appellent “la communauté internationale à soutenir les efforts de leurs pays en matière de lutte contre la désertification”. Le sommet de Brazzaville, qui s’est déroulé du 29 mai au 3 juin, a également reconnu le “rôle catalyseur” joué par le processus REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts) et par les financements y afférents, pour “parvenir au développement durable”. Le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, l'hôte du sommet, a été désigné “facilitateur et coordonnateur” de la finalisation de l’accord de coopération qui n’a pu être conclu à Brazzaville à cause de nombreuses divergences entre les pays des trois bassins. Cet accord devrait intervenir au sommet de Rio de Janeiro en 2012. Le Congo, l’Afrique du Sud – qui abrite à la fin de cette année le sommet de Durban sur les changements climatiques – et le Brésil ont reçu mission de préparer cet accord. Pour Sassou Nguesso, la dynamique lancée à Brazzaville ne devrait plus s’éteindre. “Désormais, face au reste du monde, les gouvernements des trois bassins parleront d’une seule voix au sujet des défis environnementaux, notamment celui des écosystèmes. Nous venons de faire œuvre utile à Brazzaville”, a-t-il déclaré. Les trois bassins tropicaux du monde – Amazonie, Bornéo-Mékong et Congo – renferment à eux seuls 80 pour cent des forêts du monde, et constituent le conservatoire des deux-tiers de la biodiversité de la planète. Considérés à juste titre comme les poumons verts de la terre, ces bassins font l’objet de sérieuses convoitises de la part des pays riches qui polluent l’atmosphère. Ces pays riches, qui sont les plus gros pollueurs de l’environnement, demandent aux trois bassins de ne pas exploiter leurs forêts de peur de déstabiliser le climat mondial. Mais les pays forestiers estiment que c’est grâce à ces ressources forestières qu’ils connaîtront leur développement.

Au sommet de Brazzaville, plusieurs pays ont expliqué comment ils subissent les effets négatifs du changement climatique. Sao Tomé et Principe, un petit pays insulaire d'Afrique centrale, a présenté une situation alarmante que traversent ses quelque 213.000 habitants. “Depuis 2009, nous avons maintenant des saisons sèches qui commencent deux mois à l'avance, et nous sommes menacés par la montée des eaux de l'océan. Il faut venir à notre aide…”, a lancé le président saotoméen, Fradique de Menezes. Le Sri Lanka, pays du bassin du Bornéo-Mékong, s’est également plaint de l’effondrement de son système économique à cause de la montée des eaux de mer. “Il y a un impact sur les secteurs comme l’agriculture, la pêche et l’industrie touristique. Une action urgente doit être prise en faveur de mon pays”, a plaidé Anura Priyadarshana Yapa, ministre de l’Environnement sri-lankais. “Les problèmes sont nombreux dans chacun de nos pays confrontés au développement. Pour parvenir à un bon accord, il faut beaucoup travailler pour rallier des points de vue. Nous avons déjà fait un pas ici à Brazzaville”, a affirmé un expert indonésien qui a requis l’anonymat. Pour le président Barrhat Jagdeo de Guyana dans l’Amazonie, nommé “ambassadeur itinérant” pour les trois bassins tropicaux, les pays riches doivent apporter des fonds nécessaires pour un développement responsable des pays pauvres forestiers. “Nous en Amérique du sud, nous avons déjà une position commune sur les financements de nouveaux choix du développement. Si les pays riches ne nous donnent pas l’argent nécessaire, nous ferons le développement à notre manière avec nos ressources”, a déclaré Jagdeo.

Plus radical, le président gabonais, Ali Bongo, a affirmé: “La meilleure protection des forêts, c'est assurer le bien-être des populations qui y vivent. Ceux qui pensent que notre action en faveur du climat doit se limiter à la préservation des forêts, ont tort”.

Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, dont le pays abrite 57 pour cent des forêts du Bassin du Congo, a dénoncé le fait que “les pays pollueurs ne tiennent pas leurs promesses”. Dans une déclaration au nom des pays du Bassin du Congo, Kabila a appelé à la prise “d'une position commune” des trois bassins pour l’obtention des fonds nécessaires à leur développement. Moins impliquée pendant le sommet, la société civile a dénoncé la non-prise en compte des communautés forestières. «Que ce soient les populations autochtones ou les communautés forestières, rien n’a été dit sur elles. Mais, comme l’accord n’a pas été signé, peut-être que l’erreur sera corrigée à Rio», espère Manassé Kanquaye, membre du Réseau Bassin du Congo.