EDUCATION-AFRIQUE: Recruter beaucoup d’enseignants qualifiés et les payer bien

LOME, 18 avr (IPS) – L’Afrique a besoin de plus de deux millions d’enseignants d’ici à 2015 pendant que la précarité dans le secteur de l’enseignement provoque des abandons, une fuite des cerveaux et une crise de vocation.

Ce constat a été fait par les participants à une conférence panafricaine sur «la question enseignante dans le contexte des réformes des systèmes éducatifs», qui a réuni des ministres et experts du 13 au 15 avril à Lomé, la capitale du Togo. Les ministres africains de l'Enseignement ont pris l’engagement d’améliorer le statut et les conditions de vie et de travail des enseignants. Ils ont recommandé, entre autres, la mobilisation de ressources additionnelles et l’accroissement des allocations budgétaires au secteur éducatif.

«Il y a un manque accru d’enseignants et cela pèse sur nos rendements», a déclaré à IPS, Venceslas Combaté, enseignant dans une école primaire au Togo. Ce témoignage illustre la situation qui prévaut dans plusieurs pays d’Afrique. La pénurie d’enseignants motivés et qualifiés en Afrique constitue un défi considérable pour les pays africains qui, selon certains enseignants, ne font pas assez d’efforts pour améliorer leurs conditions de vie et de travail difficiles. Plusieurs enseignants togolais du primaire et du secondaire, interrogés par IPS, avouent qu’ils ne sont pas bien payés et vivent dans la précarité.

Au Togo, les salaires des enseignants varient en moyenne entre 15.000 et 50.000 francs CFA par mois (entre 33 et 111 dollars environ). «Même si les salaires sont régulièrement versés pour certains, ils sont insignifiants pour nous tous et donc, il faudra valoriser ces salaires pour qu’ils satisfassent vraiment les besoins des enseignants», souhaite Massara Gbétoglo, une enseignante du cours primaire à Lomé.

Les enseignants délaissent de plus en plus l’éducation pour d’autres secteurs d’activités où ils sont mieux payés. «On note une véritable migration de l’enseignement vers d’autres secteurs et chez nous, au Congo, ils vont plus dans le secteur de la gestion financière», regrette Rosalie Kama Niamayoua, ministre de l’Enseignement primaire et secondaire du Congo-Brazzaville. Elle relève également que des enseignants partent d’un pays africain vers un autre où ils espèrent être mieux payés.

«A qualification égale, l’enseignant, qui évolue dans le secteur de l’éducation, est mal traité alors que son collègue qui évolue dans un autre système se retrouve tout de suite en train de le doubler sur tous les plans, surtout sur le plan matériel, et il faut trouver un moyen de corriger tout ça», admet Jean Pierre Ezin, membre de la Commission de l’Union africaine.

La ministre togolaise de l’Enseignement primaire et secondaire, Bernadette Legzim-Balouki, souligne que d’autres enseignants refusent de travailler dans les zones rurales et enclavées et préfèrent les zones urbaines. «Les enseignants qualifiés s’éternisent dans les villes et ne veulent pas aller en zone rurales, et je pense qu’il faut un redéploiement du personnel enseignant», dit-elle à IPS. On assiste également à une véritable fuite des cerveaux, avec des enseignants africains qui quittent le continent pour l’Occident à la recherche d’un mieux-être. La situation est préoccupante, surtout que plusieurs pays d’Afrique ont opté pour la gratuité de l’école primaire, ce qui provoque un afflux des enfants dans les écoles alors qu’il manque d’enseignants.

«Nous avons plus de 100 enfants dans les classes et il est très difficile de les gérer», affirme Koffi Akakpo, un enseignant de Lomé qui ajoute: «Si je trouve l’opportunité d’aller ailleurs, je laisserai l’enseignement qui est juste un gagne-pain».

Selon sa collègue Gbétoglo, beaucoup de jeunes arrivent dans l’enseignant sans formation initiale et cela constitue un handicap pour une bonne éducation des enfants. «Sans formation de base et face aux difficultés de terrain, ces jeunes jettent facilement l’éponge», explique-t-elle à IPS. Adoté Bill Cataria, responsable de l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), estime que «c’est tout à fait normal que les enseignants aient l’impression de ne pas être valorisés à cause des difficultés sur le terrain». Pour lui, il faut plus d’actions de la part des Etats et des partenaires. Les ministres africains ont unanimement reconnu que le secteur de l’éducation en Afrique connaît des problèmes avec beaucoup d’abandons. «Les jeunes qui s’engagent dans la profession, la quittent lorsqu’ils ont une autre meilleure opportunité d’emploi et pour beaucoup, l’enseignement est un emploi temporaire en attendant de trouver mieux», soulignent-ils dans le rapport final de la conférence. La conférence a été organisée conjointement par l’Union africaine, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). «Au regard de la situation actuelle et sachant que le défi majeur posé à l’Afrique se situe dans le déficit important d’enseignants, il faudrait recruter plus de deux millions d’enseignants d’ici à 2015 pour combler le déficit au niveau de l’enseignement primaire», indiquent les participants dans le rapport. «Dans le contexte actuel, l’Afrique doit se doter de ressources humaines compétentes pour relever les défis de développement», déclare Ann Thérèse Ndong-Jatta, directrice régionale de l’éducation à l’UNESCO.