AFRIQUE: La Banque mondiale identifie cinq Etats pauvres comme "Pôles de croissance"

JOHANNESBURG, 9 mars (IPS) – L’Afrique est en face d’une occasion sans précédent pour se transformer, affirme la Banque mondiale. Sa nouvelle stratégie pour le continent vise à mettre à profit l’accroissement des investissements Sud-Sud pour assurer un développement plus inclusif, tout en identifiant cinq Etats pauvres comme des “Pôles de croissance”.

La Banque mondiale indique que son nouveau plan priorisera l’emploi et la compétitivité, tout en abordant également les problèmes qui rendent les pays africains particulièrement vulnérables aux catastrophes, aux maladies et aux changements climatiques. Jusqu’à la crise économique mondiale, la croissance économique sur le continent atteignait la moyenne de cinq pour cent par an pendant une décennie. Mais, comme le reconnaît la nouvelle stratégie de la Banque mondiale, les pays africains continuent d’être confrontés à des défis de développement persistants et à long terme. Les faibles niveaux des investissements privés et du capital humain, avec une gouvernance fragile, demeurent des obstacles clés aux efforts de développement du continent, a souligné Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale pour la région Afrique. En outre, l’insuffisance des augmentations des emplois productifs formels, un énorme déficit en infrastructures, et les risques qui accompagnent les changements climatiques s’ajoutent tous aux malheurs de l’Afrique. La réaction politique contre l’aide étrangère, ainsi que les mesures d’austérité dans les pays développés, signifient que le continent recevra moins d’assistance financière que promis. Et les groupes marginalisés – les femmes et les personnes très pauvres – sentiront le plus ce déficit, a déclaré Ezekwesili au cours du lancement de la stratégie de la banque le 3 mars. “L’Avenir de l’Afrique et comment la Banque mondiale entend y contribuer”, le nouveau plan de la banque pour le continent, appelle à une intervention dans trois domaines clés: encourager la compétitivité, atténuer la vulnérabilité et renforcer les capacités pour une gouvernance améliorée. Cette stratégie vise à restructurer l’approche de la banque vis-à-vis du continent, redéfinissant l’Afrique comme étant “une proposition d’investissement” pour attirer les financements privés, notamment des économies émergentes telles que la Chine, l’Inde et le Brésil. Contrairement au Plan d’action pour l’Afrique (PAA) – le précédent document de stratégie régionale de la banque – le nouveau plan est l’aboutissement d’une année de processus de consultation qui a sondé 1.000 personnes à travers l’Afrique et 400 personnes en ligne. La Banque mondiale a tiré ses leçons de l’expérience du PAA, a reconnu Ezekwesili. “Auparavant, même s’il y avait un niveau de consultation, cela n’était pas suffisant”. Les personnes sondées ont identifié la mauvaise gouvernance comme le principal défi pour le développement du continent, attribuant les insuffisances en matière de fourniture d’infrastructures et de services sociaux à la corruption et au manque de capacité du secteur public à gérer les ressources. La Banque mondiale considère l’instabilité politique, la prolifération d’Etats fragiles à travers le continent, ainsi que les pays riches en ressources affligés par la corruption généralisée et les guerres civiles comme exacerbant les défis de la gouvernance. Ce plan de la banque est basé sur une fondation ambitieuse visant à développer la gouvernance et la capacité du secteur public, en augmentant l’accès des citoyens à l’information à travers un appui à la surveillance et aux enquêtes sur le suivi des dépenses conduites par des acteurs non étatiques. “Nous nous concentrerons à la fois sur l’aspect de l’offre et de la demande de la gouvernance”, a ajouté Ezekwesili. “Concernant la demande, notre stratégie sera de renforcer la voix des citoyens en utilisant les instruments de la responsabilité sociale et nous exploiterons l’utilité des TIC (Technologies de l’information et de la communication) pour fournir des moyens novateurs permettant aux citoyens d’exiger des résultats”. La stratégie vise à aider les pays à diversifier leurs économies et générer des emplois par l’exploitation de la croissance du secteur privé, notamment pour les quelque sept à 10 millions de jeunes qui entrent dans la main-d’œuvre chaque année sur le continent. Une attention est accordée au développement des compétences techniques, au secteur agricole et à l’augmentation proportionnelle des petits entrepreneurs dans des secteurs stratégiques. Le plan comprend la création de plusieurs “Pôles de croissance” pour appuyer le développement urbain à travers le déploiement “d’une masse critique de réformes, d’investissements dans les infrastructures et le renforcement des compétences des industries et des domaines ayant le potentiel le plus élevé”. La Banque mondiale prévoit des “Pôles de croissance” à Madagascar, au Cameroun, au Mozambique, en Gambie, et en République démocratique du Congo. L’accent est mis sur les interventions gouvernementales dans les industries qui ont un avantage concurrentiel latent, ainsi que celles qui cherchent à créer un environnement d’affaires moins contraignant. Le deuxième pilier de la stratégie de la banque se focalise sur l’atténuation des effets des chocs macroéconomiques, des impacts sanitaires, des catastrophes naturelles et des conséquences des conflits et des violences politiques. Le plan propose plus d’espace pour des réseaux de sécurité sociale qui peuvent être rapidement étendus face à l’augmentation des difficultés. Il envisage aussi des interventions plus larges dans le domaine de la santé publique, ainsi que “des mécanismes d’assurance” et le soutien pour les soins de santé privés afin de renforcer la capacité de prestation. Pour faire face aux changements climatiques, le plan de la Banque mondiale identifie des mesures rentables pour l’adaptation, priorisant la gestion durable des actifs existants, tels que l’eau douce, la pêche, les forêts et les zones humides. La banque cherche à mettre en œuvre sa nouvelle stratégie principalement à travers des partenariats, le développement des connaissances et le financement, soulignant un changement de priorités allant des instruments de financement au dialogue public-privé et au renforcement des structures régionales comme la Banque africaine de développement. Ezekwesili a insisté sur la nécessité pour les interventions de la Banque mondiale de compléter les politiques nationales. Elle croit que les gouvernements nationaux devraient prendre la responsabilité de leurs choix fiscaux et politiques. Cette stratégie renseignera sur l’engagement de la banque avec le continent au cours des 10 prochaines années, ainsi que sur ses institutions financières et de développement affiliées. Ezekwesili a conclu qu’à travers la sélectivité stratégique, la stratégie doit être mise en œuvre “afin de produire un impact pour les citoyens d’Afrique, pour qui la responsabilité première de fournir des résultats incombe à leurs propres gouvernements”.