GENEVE, 18 fév (IPS) – L'Afrique du Sud a exprimé une vive inquiétude au sujet des tentatives concertées des principaux pays industrialisés, notamment les Etats-Unis et l'Union européenne (UE), d’obtenir des engagements onéreux des pays en développement comme une condition pour finaliser les négociations commerciales du Cycle de Doha, dans l'impasse.
“Nous sommes profondément préoccupés par les tentatives d'élever le niveau d'ambition en amenant les pays industrialisés vers des produits et services industriels qui demanderaient un effort substantiel des pays en développement”, a déclaré à IPS, Dr Rob Davies, le ministre sud-africain de l’Industrie et du Commerce. A un moment où plusieurs pays africains ont du mal à sortir de l’insupportable crise économique mondiale qui a entraîné le chômage de masse, ce serait “injuste” d'attendre que soit l'Afrique du Sud soit des pays plus pauvres acceptent des engagements onéreux de fournir l'accès au marché des produits et services industriels, a-t-il indiqué. Il y a deux semaines, les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont intensifié des efforts pour accélérer les négociations commerciales du Cycle de Doha, qui est entré dans sa 10ème année. Le Cycle de Doha était censé avoir été achevé le 1er janvier 2005. Mais de fortes différences entre les pays industrialisés et certains pays en développement, d'une part, et une grande majorité de pays en développement et de pays les moins avancés, d'autre part, au sujet du niveau d'engagement à réduire les subventions énormes, les tarifs élevés prélevés sur les produits agricoles et les droits de douane perçus sur les produits industriels, ainsi qu’au sujet de l'ouverture du marché pour les services, ont mis à mal un premier accord. Récemment, l'ancien directeur général de l'OMC, Peter Sutherland, qui était chargé de finaliser les précédentes négociations commerciales du Cycle d'Uruguay, a publié un rapport invitant les membres à achever le Cycle de Doha cette année, faute de quoi la crédibilité du système commercial mondial sera irrémédiablement entachée. “Les pays émergents doivent fournir un important accès au marché pour les produits et services industriels pour finaliser le Cycle de Doha”, a-t-il confié à IPS. Les patrons de commerce des Etats-Unis et de l'UE ont fait des commentaires similaires au cours du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, en janvier. Les Etats-Unis et l'UE ont jeté leur dévolu sur un “réel” et “nouvel” accès au marché pour les produits et services industriels dans les pays émergents – la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et l'Argentine, entre autres – pour finaliser les négociations commerciales du Cycle de Doha de cette année. Au cours de la réunion de Davos, les ministres du Commerce ont réaffirmé leur engagement à profiter de cette “ouverture” pour achever les négociations de Doha cette année. Mais il demeurait des différences notées au sujet de ce qui devrait être le niveau d'ambition, et s’il est approprié de demander un gros effort aux pays en développement pour conclure les négociations. Les ministres du Commerce du Brésil, de l'Inde, de Chine et d'Afrique du Sud ont publié une déclaration commune à Davos selon laquelle le résultat final des négociations commerciales de Doha doit s'articuler sur le principe de “réciprocité” qui exigerait des engagements proportionnels entre les pays en développement et les pays développés. Plus important encore, les quatre ministres ont insisté que les engagements définitifs dans les domaines de l'accès au marché de l'agriculture, des produits et services industriels doivent être fondés sur le mandat qui a été convenu dans l'accord-cadre de juillet 2004 et la Déclaration ministérielle de Hong Kong en 2005. La déclaration et l'accord réaffirmaient l’importance du développement et des intérêts des pays pauvres dans le Cycle de Doha. Les ministres du Commerce ont indiqué qu'il ne devrait exister aucune “réouverture” des textes qui ont été présentés en décembre 2008 pour les produits et services industriels, et qui reflétaient les compromis finaux que les membres doivent faire. Toutefois, les grandes entreprises commerciales ne sont pas d'humeur à adhérer aux engagements comme l'ont suggéré la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. L'UE, par exemple, a déclaré qu'il y a de “l’asymétrie” dans ce qu'elle va apporter dans l'agriculture et dans ce qu'elle va recevoir pour les produits et services industriels, dans le cadre des engagements de Doha. Le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, a dit à ses homologues à Davos que Bruxelles aura besoin de plus d’accès au marché des pays émergents, quel que soit ce que le mandat stipule. Dans le même style, le représentant américain au commerce, Ron Kirk, a soutenu que les pays émergents portent la responsabilité de conclure les négociations commerciales de Doha. Il a indiqué que les Etats-Unis connaissent une montée du chômage, ce qui nécessite un vrai accès au marché des grands pays en développement émergents. Commentant ces positions contradictoires, le ministre sud-africain du Commerce a dit que “malgré un ensemble de mesures agricoles modérément ambitieuses (qui sont sur la table), nous avions déjà contribué davantage aux produits et services industriels. “Nous voulons un accord parce que nous sommes engagés à régler les problèmes systémiques dans le système commercial mondial, tels que le coton et l'accès à la franchise douanière/sans contingentement au marché”, a confié Davies, soulignant que la “crédibilité” du système commercial mondial repose sur la façon dont il traite les pays pauvres en Afrique et ailleurs. En dépit d'un mandat clair sur le coton, qui doit être abordé de manière “ambitieuse”, “rapide” et “spécifique”, conformément à l'accord-cadre de juillet 2004 et à la Déclaration ministérielle de Hong Kong en 2005, il n'y a pas de progrès parce que les Etats-Unis veulent régler la question seulement après l’obtention d’un accord dans tous les autres domaines. Les Etats-Unis ne sont pas non plus prêts à aborder l'accès au marché en franchise douanière et sans contingentement pour les pays les plus pauvres tant que toutes les autres questions ne sont pas réglées. Dans une série de rencontres des groupes de négociation de Doha sur les produits agricoles et industriels à l'OMC, il y a une semaine, les différences par rapport au niveau d'ambition entre les pays industrialisés et des pays en développement comme l'Inde, l'Afrique du Sud, et l'Argentine, se sont révélées. Alors que les Etats-Unis et l'UE ont insisté sur l'augmentation du niveau d'ambition en comblant le “fossé” entre les positions des membres, les pays en développement ont rappelé aux membres que le niveau d'ambition devra refléter l’alinéa 24 de la Déclaration ministérielle de Hong Kong en 2005 qui appelait à des recettes proportionnelles entre les produits agricoles et les produits industriels. “Il est difficile de croire que les pays, qui ont réussi à obtenir une gamme d'exceptions à l'accès au marché agricole, veuillent que les pays en développement offrent davantage pour les produits et services industriels”, a déclaré Davies, affirmant que ceux qui demandent davantage doivent également contribuer plus dans les domaines d'intérêt pour l'Afrique du Sud et d'autres pays africains.

