ZIMBABWE: A la recherche de la solidarité du FSM contre la privatisation

HARARE, 12 fév (IPS) – Des activistes zimbabwéens ont soulevé la question de la privatisation au Forum social mondial (FSM), organisé du 6 au 11 février à Dakar, au Sénégal, et ont recherché la solidarité d'autres militants pour résister à une tentative renouvelée du gouvernement de vendre les entreprises publiques du Zimbabwe.

“La privatisation est l'une des questions dont nous parlerons dans diverses discussions. Nous avons vu ses ravages dans plusieurs pays où elle a été essayée. Tout ce qu'elle fait, c’est de laisser les pauvres à la merci des riches”, a déclaré à IPS, Darlington Madzonga, président du Forum social du Zimbabwe (ZSF), avant son départ pour le FSM de Dakar. “Nous voulons la mobilisation vers un nouvel ordre mondial dans lequel les gouvernements consultent les citoyens avant d'hypothéquer des propriétés publiques à travers la privatisation. Nous recherchons la solidarité internationale de la part des mouvements sociaux à travers le monde, dans notre lutte contre la privatisation”, a-t-il ajouté. Le ZSF est membre du Forum social d'Afrique australe, un regroupement informel d'organisations œuvrant pour la promotion des droits sociaux et économiques dans la région. Le gouvernement zimbabwéen s’est lancé dans un programme ambitieux de privatisation, présenté comme relançant les entreprises déficitaires qui pèsent sur le trésor public. Le pays veut sauver 10 entreprises publiques de la faillite par la restructuration, la commercialisation ou la privatisation en 2011. Les entreprises ciblées comprennent la 'Grain Marketing Board' (GMB), la Société nationale des chemins de fer du Zimbabwe (NRZ), l'opérateur de téléphonie fixe, Tel*One, et l’opérateur de téléphonie mobile, Net*One, 'AgriBank' (Banque de l’agriculture), la 'National Oil Company of Zimbabwe' (Société nationale des produits pétroliers du Zimbabwe – Noczim), la 'Zimbabwe Electricity Supply Authority' (Société d’énergie électrique du Zimbabwe – ZESA), Air Zimbabwe et la 'Cold Storage Company', la société de production de la viande de bœuf. La Société de production de fer et d’acier du Zimbabwe (Zisco) a été déjà vendue à une entreprise indienne. Le gouvernement d'union formé en 2009 par des rivaux politiques, l’Union africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF) et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a du mal à redresser une économie malade. Le ministre des Entreprises publiques, Gorden Moyo, a déclaré à IPS que le gouvernement est déterminé à changer la fortune des entreprises publiques, nombre d'entre elles étant en faillite en raison des années de mauvaise gestion. “Nous faisons des consultations en vue de mettre en œuvre la privatisation, mais nous utiliserons le meilleur modèle possible pour en faire profiter le peuple du Zimbabwe”, a confié Moyo à IPS. Selon les statistiques du ministère des Finances, si elles étaient bien gérées, les entreprises publiques pourraient contribuer pour 40 pour cent au produit intérieur brut (PIB) de ce pays pauvre d’Afrique australe. Par exemple, lorsque la Zisco fonctionnait à plein régime dans les années 1990, elle contribuait pour 10 pour cent au PIB. Mais les opposants au programme disent que la privatisation porte préjudice aux citoyens qui souffrent déjà des coûts élevés et de l'insuffisance des services publics. “Il est injuste d’espérer gagner des milliards à partir des services qui sont censés satisfaire la population, puisque c’est elle qui doit payer pour la fourniture de ces services”, a déclaré à IPS, Hopewell Gumbo, un activiste basé à Harare, qui travaille à la Coalition sur la dette et le développement du Zimbabwe (ZIMCODD). “Vendre au secteur privé signifie une perte du contrôle de l'Etat. Des ressources pourraient être utilisées à n’importe quelle fin”, a-t-il affirmé. La ZIMCODD est une organisation qui œuvre pour la promotion des droits sociaux et économiques. Donnant un exemple, Gumbo a indiqué qu’une entreprise comme la ZESA pourrait, après privatisation, décider de vendre de l'électricité à un pays voisin plus riche pour réaliser des bénéfices, laissant littéralement les Zimbabwéens dans le noir. L’Afrique du Sud s’est débattue avec des coupures de courant ces dernières années. Masimba Kuchera, qui travaille au 'Students' Solidarity Trust' (SST), un groupe de pression de l'enseignement supérieur, a dit à IPS que la privatisation n'est pas totalement préjudiciable, mais ne devrait pas être mise en œuvre dans des domaines qui sont vitaux pour la survie quotidienne des populations. “De par sa nature, la privatisation implique une réorientation des entreprises pour réaliser un bénéfice; elle doit donc se limiter aux domaines qui ne concernent pas la survie des populations”, a expliqué Kuchera. “Les services tels que l'eau, l'électricité, la santé et l'éducation ne devraient pas être privatisés”. Le secrétaire général du Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), Wellington Chibhebhe, a déclaré à IPS que “la privatisation concerne la maximisation des profits devant les besoins, les droits et intérêts humains”. Le ZCTU estime que la privatisation entraînera une exploitation massive, étant donné que la plupart des entreprises publiques détiennent des monopoles dans leurs marchés. Chibhebhe a évoqué le problème des tarifs élevés prélevés pour les services d'électricité, d'eau et de téléphone. Eric Bloch, un économiste, croit que la plupart des préoccupations par rapport à la privatisation ne sont pas fondées. “La commission sur la concurrence et les tarifs corrigera la tarification excessive et la maîtrisera”, a affirmé Bloch à IPS. Toutefois, le rôle de la commission demeure beaucoup plus celui d'un tigre en papier. Les partisans soutiennent que l'échec de la privatisation est largement dû au manque d'engagement politique, à la mauvaise conception, à l’insuffisance des ressources, à la mauvaise gestion et à la corruption. Par le passé, la privatisation au Zimbabwe a donné des résultats mitigés. Après la baisse des prix mondiaux de platine, de cuivre et de tantale vers la fin des années 1990, trois mines privatisées ont fermé et laissé derrière des villes fantômes et des milliers de travailleurs sans emploi. Cependant, une étude intitulée “Privatisation: les expériences africaines”, réalisée par le Réseau de recherche sur la main-d’œuvre africaine (ALRN), qui a des rapports avec les syndicats, a découvert des succès suite à la privatisation de l’entreprise 'Dairibord Zimbabwe Limited' (DZL). DLZ a réussi à élargir sa gamme de produits et lancer d'autres investissements locaux et étrangers au Malawi. Elle a réalisé une véritable croissance des volumes de ventes et de l'emploi, et a gagné des devises étrangères pour le pays. Elle contribue également au développement de petites fermes laitières à travers un programme spécial qu'elle finance. Mais en Zambie voisine, la privatisation a entraîné des pertes d'emplois lorsque des propriétés publiques ont été vendues. L'étude de l’ALRN a conclu que les femmes travailleuses sont souvent les plus durement touchées par les licenciements qui accompagnent la privatisation.