NAIROBI, 4 fév (IPS) – “L’une des choses que nous amènerons à Dakar”, déclare Onyango Oloo, “ce sont [des connaissances] sur ce qui peut empêcher d’organiser un Forum social mondial”.
Oloo était le coordinateur national du Forum social mondial (FSM) lorsqu’il a été organisé à Nairobi en janvier 2007, et avait observé de première main la controverse acrimonieuse qui a entouré le premier FSM organisé en Afrique. “Nous voudrions rappeler que le Forum social mondial a été le plus grand rassemblement qui ait été organisé sur le sol kenyan en termes de mouvements sociaux. Il avait suscité beaucoup d'intérêt, même [de la part de] certains mouvements tels que la communauté gay, lesbienne, bisexuelle, intersexuée. Ils avaient fait leur premier lancement, ils avaient la plus grande tente sur [le site du Forum à] Kasarani… beaucoup de choses intéressantes se sont passées”. Plus de 200 personnes avaient assisté à un évènement pré-Forum social mondial organisé par la société civile à Nairobi le 29 janvier, tirée de diverses organisations qui s'occupent des violations des droits humains, des droits des populations indigènes, du changement climatique et autres. L'événement avait eu lieu à Ufungamano Hall, à l'Université de Nairobi. Il visait à raviver l'intérêt des Kenyans dans le FSM. L'édition de 2007 avait attiré des critiques à la fois pour la présence très visible de grandes agences internationales et d’organisations non gouvernementales (ONG) ainsi que des frais d'inscription élevés qui avaient tenu à l’écart beaucoup de Kenyans pauvres. Les volontaires kényans travaillant au cours de l’évènement s’étaient également plaints de mauvais traitements. Dans une réflexion, Oloo affirme que ce qu’il faut au cours du Forum social mondial, c’est la forte présence de mouvements sociaux plutôt que d’ONG. “Les mouvements sociaux sont généralement progressistes, mais pas la plupart du temps. Par exemple, [au Kenya], nous avons le mouvement de Mungiki qui comprend des millions de membres. Ils font de bonnes choses, mais parfois ils sont impliqués dans des activités douteuses, presque criminelles. Alors, un mouvement social en soi n'est pas nécessairement toujours progressiste, mais ceux dont je parle sont des mouvements progressistes pour le changement social. Des mouvements du secteur informel, des travailleurs, des jeunes, des femmes – voilà le genre de mouvements dont je parle”. Njoki Njehu vient du Centre de ressources des filles de Mumbi, le noyau d'un réseau de groupes autonomes, de femmes notamment, travaillant sur des questions de souveraineté alimentaire, de droits des femmes, de participation civique et démocratique. Elle participe au FSM depuis sa création dans la ville brésilienne de Porto Alegre en 2001. Njehu convient que l'élan a été perdu après le Forum social de 2007, mais elle affirme que les membres de son groupe avaient leur mentalité transformée par leur participation au FSM de Nairobi, parvenant à comprendre leurs luttes individuelles comme faisant partie de celles qui sont des plus grandes. “Si vous luttez parce que quelqu'un vend de façon illicite de la bière ou du bhang [marijuana] dans votre communauté ou que vous ne recevez pas les services dont vous avez besoin parce que vous avez un problème, alors il ne s'agit pas que de vous, mais des services et de la situation dans votre communauté”. Mithika Mwenda est le coordonnateur de l’Alliance panafricaine pour la justice climatique, et l'un des organisateurs du pré-Forum social mondial. “Comme vous le savez, il est assez difficile pour nous tous de participer [en personne]. Donc, nous nous sommes demandé comment nous pouvons faire pour nous assurer que beaucoup de personnes participent à ce processus, pas en étant nécessairement à Dakar, mais par la pensée d'être à Dakar. Il déclare que la rencontre du 29 janvier avait capté l'esprit des mouvements sociaux en cherchant à harmoniser les Kenyans à travers les barrières ethniques et de classe. “Nous avons commencé à nous demander, oui, nous allons, mais sommes-nous vraiment en liaison avec nos collègues au niveau national? Qu'amenons-nous là-bas?”, a-t-il demandé. “L'esprit du Forum social mondial, c’est la participation populaire. Il s’agit d'essayer de voir comment les gens indigènes à la base, comment les communautés forestières et les pauvres, les personnes handicapées, les jeunes, et tous les autres, peuvent participer à la politique dans notre pays et même au niveau continental”. Comme les Kényans se rendent au FSM à Dakar, ils espèrent partager leurs expériences, et revenir au pays avec de nouvelles stratégies et des histoires d'espoir qu’ils peuvent emprunter pour atteindre leurs objectifs d'une société meilleure et plus juste, puisque le slogan du FSM dit: “Un autre monde est possible”.

