ABIDJAN, 18 jan (IPS) – La production nationale de légumes couvre moins de 60 pour cent des besoins en Côte d’Ivoire à cause d’une seule offre saisonnière. Les producteurs entendent combler le déficit en variant les techniques agricoles capables de produire plusieurs fois dans l’année, selon des chercheurs.
Dans son bas-fond de 5.000 mètres carrés, à proximité d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, où il a l’habitude de cultiver du chou, de l’aubergine, de la patate, de la tomate et de l’arachide sur des buttes, François Adou, 43 ans, a creusé des tranchées sur 800 m2. Depuis plus d’un an, il y fait exclusivement de la culture de tomates. “Il s’agit de la technique hors sol”, révèle-t-il à IPS, ajoutant que les résultats sont déjà très flatteurs. “Lors des trois premiers mois (mars à mai), nous avons récolté entre quatre et cinq tonnes. Actuellement, nous procédons à une autre récolte et nous devons avoisiner les six tonnes”, expliquait Adou à IPS, en août 2010, l’air satisfait. Pour un investissement d’un million de francs CFA (environ 2.061 dollars) pour l’achat de substrat et l’entretien des plants, il a obtenu 2,7 millions FCFA (5.567 dollars) pour la vente de sa première production de cinq tonnes et demie. Sur le marché ivoirien, le prix du kilogramme de tomates varie entre 500 FCFA (1,03 dollar) et 600 FCFA (1,23 dollar). Au même mois d’août, son voisin Amidou Traoré, 45 ans, entamait le projet sur 600 m2. En décembre dernier, il était parvenu à écouler 1,750 tonne de tomates à des industriels. “J’ai pu engranger 962.500 FCFA (environ 1.984 dollars). La moitié m’a servi à rembourser une partie de l’investissement de 850.000 FCFA (1.752 dollars). Dans deux mois, je dois effacer l’ardoise”, affirme-t-il à IPS. Technique préconisée par la Maison du génie agricole (Agribusiness & Contract Farming – GenieAgro), une organisation indépendante locale basée à Abidjan, le hors sol permet d'utiliser à la place de la terre, un substrat composé de coques de cacao, résidus de scierie et déchets industriels d'origine végétale. Ce substrat peut être disposé dans des tranchées avec du plastique, dans des bacs en bois, ou dans des sachets. Et c'est sur cette matière (substrat) que poussent les plants, selon Agribusiness. “Pour une superficie de 1.000 m2, il faut un investissement de trois millions de FCFA (environ 6.185 dollars). Et le retour sur investissement est possible dès les trois premiers mois”, affirme Simplice Kouassi, un généticien. “Le cycle de production étant de trois mois, à chaque échéance, le planteur peut empocher un bénéfice de 1,19 million de FCFA (2.453 dollars)”. Seulement, à ce jour, l’entreprise de fabrication de substrat, basée à Songon, au sud-est d’Abidjan, a une faible production de 200 sacs de substrats par jour. Certains produits entrant dans la fabrication du substrat se font souvent rares. Ces dernières années, la production de tomates en Côte d’Ivoire a connu une baisse de plus de 50 pour cent, passant de 320.000 tonnes à 150.000 tonnes, selon les groupements de producteurs. Cette chute est due d’abord au flétrissement bactérien (maladie liée à la composition de la terre). Il y a ensuite l’abandon de la culture par des producteurs du fait du retard des pluies et de la forte concurrence de la tomate importée du Burkina Faso, du Mali et de l'Europe. “Il y avait une menace réelle sur la production locale de tomates qui demandait que l’on trouve une réponse rapide… dans le sud. Car le nord reste attaché à la culture traditionnelle sur terre ou encore la culture irriguée pas très productive”, explique à IPS, Antoine N’Guetta, un ingénieur agronome. Depuis 2009, avec l’adoption de la culture hors sol par près de 200 producteurs, la production a connu une hausse d'environ 50 pour cent, soit près de 225.000 tonnes en 2010. Le pays compte quelque 3.000 producteurs de tomates. Dans la localité d’Aniassué (est du pays), Brou Bernard N’guessan, 42 ans, et sa femme Antoinette Ahou Koffi, 37 ans, disposent chacun d’une parcelle de 500 m2. Le premier produit du maïs et de la banane plantain, tandis que la seconde a aménagé son site pour l’aubergine, le gombo et le piment. Dans cette zone aride du pays où l’eau se fait rare souvent, le couple a fait le choix de l’irrigation goutte-à-goutte depuis un an comme 150 autres producteurs locaux. Cette technique est caractérisée par un apport d'eau localisé, fréquent et continu utilisant des débits réduits à de faibles pressions. Seule la fraction du sol exploitée par les racines est continuellement humectée, selon des techniciens agricoles. “Il n’y a pas de période définie où j’effectue des récoltes”, se réjouit Ahou, formée il y a deux ans par une structure privée dénommée Initiative pour le développement agricole en Côte d’Ivoire, basée à Abidjan. “Chaque fois que l’occasion se présente, c’est la cueillette et la vente au marché”, dit-elle à IPS. Avec l’aide d’une bonne volonté, Ahou et Nguessan ont pu réunir la somme de 600.000 FCFA (environ 1.237 dollars) pour la réalisation de leur projet. “Notre premier revenu est intervenu après trois mois avec un gain de 135.000 FCFA (278 dollars) à la vente des produits de ma femme et du maïs”, ajoute N’guessan Brou à IPS. “Mais la banane a pris un peu de temps et nous avons pu en tirer 35.000 FCFA (72 dollars)”. “Toutes les initiatives sont encore menées par des particuliers et des organisations coopératives”, déplore André Coulibaly, un économiste. “Il est important que les pouvoirs publics investissent à l’installation des jeunes à ces différentes techniques agricoles. D’ici deux ans, elles peuvent garantir l’autosuffisance dans certains secteurs”, souligne-t-il à IPS.

