RD CONGO: Gaëtan, un jeune séropositif de Matadi plein d'avenir

MATADI, RD Congo, 27 déc (IPS) – Gaëtan Matondo est né avec le SIDA. Il l'a appris plus tard après son arrivée dans un foyer de Matadi, une ville de l’ouest de la République démocratique du Congo (RDC). Il a été recueilli dans la rue où l'avait abandonné sa famille.

Mais, sa maladie ne l'empêche pas d'être un brillant élève à l’école et d'avoir des projets d'avenir, comme les autres adolescents. A 13 ans et demi, Gaëtan est déjà élève en classe de 4ème au cours secondaire à l'Institut technique agrovétérinaire de Mpozo, un quartier périphérique de Matadi, à plus de 350 kilomètres au sud-ouest de Kinshasa, la capitale de la RDC. Beau parcours scolaire pour ce garçon séropositif qui a bravé la maladie et focalise désormais son attention sur ses études. Il veut devenir ingénieur en chimie alimentaire. Il y a huit ans, il errait dans les rues de Matadi. Dans cette ville où la croyance en la sorcellerie est fortement ancrée, il a été accusé d'être sorcier. “Le pasteur d'une Eglise traditionnelle, chez qui nous étions conduits à la mort de maman, avait confirmé que nous avions 'mangé' (qu’ils étaient)”, explique-t-il. Tabassés, lui et Paul, son grand frère qui a aujourd'hui 17 ans, ils ont été chassés de la maison. C'est à la mort de leur père à Tshikapa, dans le Kasaï–Occidental (centre du pays), un an après celle de leur mère, qu'il sera établi que leurs parents souffraient en réalité du SIDA. Malheureusement, sa famille maternelle croit toujours dur comme fer qu'ils sont sorciers.

Dans la rue à l'âge de cinq ans, sa vie avec son grand frère a été rude. “Il fallait quémander pour avoir quelque chose à manger et la nuit, c'est sur des étals qu'on dormait”, raconte-t-il. Pris en pitié par des gens, ils ont été présentés au maire de Mvuzi à Matadi qui a confié son frère à la fondation Sauvons les enfants et lui au Centre de récupération des enfants en difficultés (CRED).

Vivre avec la maladie Au CRED, Gaëtan a trouvé une famille, une trentaine d'enfants de son âge dont bon nombre d’orphelins du SIDA étaient eux aussi accusés de sorcellerie. Parmi les rares à s'efforcer de parler français, il se distingue par son comportement ainsi que par ses résultats à l’école. Estimé de Jackie Matondo, la responsable du CRED, il va hériter de son nom. Il s'appelle désormais Gaëtan Matondo.

Une année après son arrivée, il tombe malade au CRED et sa santé se dégrade. “Je ne comprenais rien. Je n'avais plus d'appétit, j'avais la diarrhée, je maigrissais”, se rappelle-t-il. Il est allé d'hôpitaux en hôpitaux jusqu'à ce que le médecin découvre qu'il souffrait du SIDA. Dure nouvelle qui ne lui sera annoncée qu'un an plus tard… Aidé par sa nouvelle mère, il a accepté sa maladie. Jetant un coup d'œil à Jackie Matondo, il lance: “Maman, je ne l'oublierai jamais. Elle m'a beaucoup aidé”. En 2009, lorsque le CRED, manquant de moyens, insère les enfants dans des familles, Gaëtan rejoint les quatre enfants de la famille de Jackie. “J'ai été bien accueilli. Toute la famille qui sait que je suis séropositif m'aide beaucoup”, dit-il reconnaissant. Confiant en l'avenir Gaëtan, qui se souvient toujours avec grande tristesse de la mort de trois de ses amis au CRED, accorde une place de choix à la prière. “Je demande toujours à Dieu de me soutenir, car je n'ai rien fait de mal pour contracter le SIDA”. Pour lui, prier n'exclut pas de prendre des médicaments. A chaque rendez-vous, il se rend lui-même à Avenir meilleur pour les orphelins du Congo (Amocongo), une organisation non gouvernementale de lutte contre le SIDA, pour prendre ses anti-rétroviraux qui améliorent la santé en prolongeant la vie des sidéens. Depuis, il n'est plus jamais tombé malade.

Reconnaissant que le SIDA n'est pas une fatalité, Gaëtan n'hésite pas à prodiguer des conseils à son entourage sur cette maladie. En 2008, il a été choisi comme enfant reporter par l'UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance), ce qui lui a permis de suivre une formation à Matadi sur le montage numérique et le film. Dans son reportage, il a raconté sa vie. *(Alphonse Nekwa Makwala est journaliste pour Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).