BUJUMBURA, 16 déc (IPS) – Au Burundi, l'héritage revient, par tradition, aux garçons. Un projet de loi accordant quelques droits aux femmes est en discussion depuis environ dix ans. Dans ce petit pays surpeuplé, la question du partage des terres est sensible; des associations essaient de faire évoluer les mentalités.

Aujourd'hui encore, la loi ne dit rien sur le régime de succession au Burundi où la référence reste la coutume: la femme n'hérite pas des terres de son père et exploite celles de son conjoint. L'épouse peine même à hériter de son mari quand elle n'a pas de fils. “Les frères de mon époux veulent s'emparer de la propriété qu'il m'a laissée parce que je n'ai mis au monde que des filles”, témoigne une veuve. Un projet de loi, qui prévoit de partager plus équitablement l'héritage des parents entre garçons et filles, est en chantier depuis plus de dix ans. “Quand j'étais encore député, avant les élections de 2005, personne ne plaidait pour sa promulgation. À maintes reprises, le projet a été inscrit à l'ordre du jour, mais personne n'osait s'exprimer là-dessus”, rapporte un ancien parlementaire. Cette loi, impatiemment attendue par les femmes, imposerait un partage – cependant partiel – des biens : seuls les biens mobiliers et immobiliers (maisons) et le bétail seraient partagés équitablement. Les terres, elles, seraient récupérées par les frères à la mort de leur sœur. C'est déjà une avancée inconcevable pour certains. “S'ils veulent plonger encore le pays dans la guerre, qu'ils promulguent cette loi”, menacent des personnes interrogées par un magistrat de Ngozi sur les problèmes fonciers au centre du pays. Permettre à la femme d'avoir légalement droit aux terres équivaut, d'après eux, à ouvrir la porte au clan du mari et occasionnerait des conflits entre frères et beaux-frères. Dans un petit pays surpeuplé où plus de 90 pour cent des gens vivent de l'agriculture, les terres à cultiver sont rares et très convoitées. Il ne s'écoule pas de jours sans que la radio annonce que des personnes se sont entretuées pour des conflits fonciers, en particulier dans les provinces les plus peuplées (Kayanza, Ngozi, Muyinga). Les membres de certaines familles fuient vers d'autres provinces à la recherche de terres.

Premiers résultats des associations Dans ce contexte tendu, des associations comme Abatangamuco (Les éclaireurs, en kirundi) et Nawenuze (Viens toi aussi), soutenues par 'Care International', se mobilisent pour que les femmes ne soient pas systématiquement lésées. Très difficilement, elles arrivent à convaincre certains hommes. Pancrace Sabunda, 70 ans, de la commune de Gashikanwa, dans la province de Ngozi, dit avoir été convaincu par l'association Dushirehamwe (Mettons-nous ensemble). “Mes sœurs sont venues me voir. Nous avons partagé la propriété au prorata du nombre de personnes dans notre famille, filles et garçons”, assure-t-il.

Mais, dans les campagnes, les résistances sont fortes. Terrorisées par leurs frères qui les menacent de mort, les villageoises font profil bas. “Les intellectuelles cherchent à nous diviser avec nos frères avec qui nous aimerions entretenir de bonnes relations”, déclare timidement une jeune femme rencontrée avec d'autres à Muramvya, au centre du pays. C'est aussi par ignorance qu'elles ne se battent pas pour faire valoir leurs droits. “Si les femmes de Bujumbura (la capitale burundaise) réclament le partage, c'est qu'elles parlent uniquement des villas laissées (en ville) par leurs pères”, affirme une autre femme villageoise.

“La loi sur la succession sera bonne si elle est appliquée et bien appliquée. Il faut que les autorités fassent tout pour qu'elle soit promulguée”, insiste une femme juriste. Le débat est loin d'être terminé.

*(Audace Nimbona est journaliste pour Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).