LIBERIA: Apprendre aux jeunes filles à mieux lire

MONROVIA, 15 déc (IPS) – La récréation est terminée dans une petite école religieuse à l’entrée de Monrovia, la capitale du Libéria. Les enfants en uniformes bleu vif, jaunes et blancs, retournent vers les salles de classes. Assis derrière des tables en bois de couleur brune, la sueur se séchant tout juste sur leurs petits corps, seuls quelques enfants ont de stylos et de cahiers. Ils apprennent à lire.

La plupart de ces enfants sont nés au milieu de la guerre civile de 14 ans au Libéria. Avec l’éclatement de la guerre à travers le pays, c’était trop dangereux pour la plupart des enfants d’aller à l’école.

Les derniers chiffres de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) montrent que cinq sur dix seulement des libériennes ayant plus de 15 ans peuvent lire et écrire. Pour les hommes, c’est six sur dix. Ce pays d’Afrique de l’ouest a maintenant l’un des taux les plus faibles d’alphabétisation au monde; il a été classé parmi les quinze derniers, selon l’UNESCO.

“Debout devant vous, je m’appelle Erica. J’ai neuf ans. Je vais à l’école internationale de la Communauté missionnaire chrétienne”, déclare Erica avec fierté.

Erica fait partie d’une nouvelle génération d’élèves au Libéria à qui l’on apprend à lire avec l’emploi de nouvelles techniques. L’étude sur l’évaluation des compétences fondamentales (EGRA) a été lancée au Libéria en octobre 2008. Cent quatre-vingts écoles ont été sélectionnées à travers sept des quinze comtés pour participer au projet pilote financé par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

“Ça faisait peur au début parce que toute l’approche d’apprentissage de la lecture est nouvelle au Libéria”, déclare Ollie White, qui a coordonné le programme au Libéria pour l’EGRA Plus.

Des moniteurs des divers comtés ont été formés au nouveau mode d’enseignement, et ils ont supervisé et encadré, à leur tour, les enseignants dans chacune des écoles. On a appris aux enfants à manipuler les sons dans les mots. Ils ont appris à lier ces sons aux lettres pour former des combinaisons d’orthographe, au lieu de répéter simplement les mots ou les lettres écrits sur un tableau noir.

Et les résultats parlent d’eux-mêmes. Les enfants ont été testés en facilité de lecture orale et en compréhension, au début du projet. A la fin des deux ans, les scores de leurs résultats avaient, en moyenne, triplé. Les enfants des écoles participantes au programme d’intervention complète de l’EGRA Plus ont appris en une seule année l’équivalent de trois années d’études par rapport à leurs pairs.

L’un des résultats inattendus du projet a été le progrès remarquable au niveau des capacités de lecture des filles. Les résultats de leur test se sont non seulement améliorés deux fois plus que ceux des garçons, mais la plupart d’entre elles les ont même dépassés à la fin du projet de deux ans.

“Nous avons constaté dans l’ensemble, sans distinguer si les moniteurs sont des hommes ou des femmes, qu’il y a eu un impact positif sur l’apprentissage de la lecture des filles dans toutes les écoles d’intervention complète”, déclare Marcia Davidson, le conseiller en lecture de l’enseignant du projet.

L’une des hypothèses pour expliquer ce qui s’est passé est que, dans ce programme, nous désignons au hasard les élèves pour répondre pendant l’instruction au lieu de désigner les élèves qui ont la main levée. Donc, il y a eu plus d’occasion pour la participation et l’engagement des filles dans l’enseignement. Cela est au grand avantage des jeunes filles qui pourraient être un peu timides et qui pourraient ne pas vouloir lever la main”, déclare Davidson.

La conscience phonologique a été utilisée en Europe et aux Etats-Unis pendant des années.

“Nous avons su que nous avions des problèmes au Liberia. Les enfants ne lisaient pas mais nous ne savions pas comment résoudre le problème”, ajoute Ollie White. “Avec l’arrivée de ce programme et la façon dont on s’est focalisé sur lui avec des plans de leçons méthodiques, préparés à l’avance, ainsi que du matériel dans les écoles, tout cela a contribué à en faire une réussite”, déclare-t-elle.

Le programme EGRA Plus a pris fin, mais le ministère de l’Education et l’USAID ont intégré la nouvelle méthode d’enseignement dans leur programme beaucoup plus large de formation de l’enseignant au Libéria. Les mathématiques de la première année ont été ajoutées au programme afin que la conscience phonétique et la phonétique soient utilisées pour renforcer les compétences en capacité de calcul et de lecture.