OUGANDA: Le traitement du cancer inaccessible aux femmes

SOROTI, Ouganda, 15 nov (IPS) – Josephine Adongo a sursauté en apprenant que deux médecins de Kampala offraient des examens médicaux gratuits à Soroti. On lui a diagnostiqué le cancer du col de l’utérus dans un hôpital régional il y a plus d’un an, mais elle n’avait pas les moyens de voyager sur la capitale pour se traiter.

Adongo est une agricultrice de 68 ans qui a tout perdu pendant le long conflit ougandais contre les insurgés de l’Armée de résistance des Seigneurs. En mai 2009, à l’hôpital local, on a découvert qu’elle avait le cancer du col de l’utérus. Mais le seul centre de traitement du cancer en Ouganda était à 300 kilomètres.

Elle a été déçue en constatant que les docteurs de passage sont seulement venus pour faire passer un test de dépistage aux femmes et pour envoyer toutes celles qui présentent des signes dangereux à Kampala.

Le test de dépistage, qui est un service rare pour les femmes ordinaires à travers l’Ouganda, est en train d’être offert par 'ISIS-Women's International Cross Cultural Exchange' (programme international d’échange transculturel des femmes d’ISIS), dans le cadre de la commémoration des 10 ans de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies. ISIS est une organisation de femmes qui vise à attirer l’attention sur la santé de la reproduction des femmes dans les zones post-conflictuelles.

Le cancer du col de l’utérus, principalement causé par le virus du papillome humain (VPH), est le deuxième plus courant cancer connu par les femmes dans le monde. En Ouganda, il se classe comme le plus fréquent cancer qui arrive aux femmes. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé de septembre 2010 intitulé, 'Human Papillomavirus and Related Cancers in Uganda' (le virus du papillome humain et les cancers connexes en Ouganda), chaque année, le cancer du col de l’utérus est diagnostiqué chez 3.577 femmes et 2.464 meurent de cette maladie.

Des femmes comme Adongo, se trouvant dans des régions éloignées, sont à haut risque.

Le nombre pourrait être aussi élevé en raison du faible taux de dépistage du cancer et d’informations limitées sur le poids du VPH au niveau de la population générale de l’Ouganda. Les services de dépistage du cancer ne sont disponibles que dans des hôpitaux régionaux de référence et la plupart des femmes sont incapables de s’offrir les coûts de transport vers ces centres.

Les femmes, surtout celles des régions touchées par la guerre, sont également à haut risque à cause des violences sexuelles massives, souvent des viols collectifs, auxquelles elles sont assujetties.

Selon Dr Tom Otim, gynécologue à l’hôpital de Mbale à l’est de l’Ouganda, les mariages précoces au sein des femmes des régions rurales les placent aussi dans une situation à plus haut risque.

“L’autre obstacle majeur à la prévention et au traitement du cancer du col de l’utérus est le manque d’informations”, a déclaré Otim.

“Si les femmes venaient au moment où les affections qui conduisent au cancer pouvaient être détectées, ça aiderait beaucoup. Mais peu de femmes ont d’informations sur l’existence de ce cancer”.

La plupart des femmes ougandaises se présentent aux centres de santé avec des niveaux avancés du cancer du col de l’utérus qui incluent des saignements vaginaux irréguliers et dans certains cas des saignements ménopausiques.

“La plupart des femmes protestent en disant: pourquoi vous nous envoyez à Mulago pour la radiothérapie alors que nous ne pouvons pas nous offrir cela?”, a déclaré Otim. ” C’est démoralisant de faire le diagnostic pour une femme et de ne pas pouvoir améliorer sa vie. Mais ce qui est même plus douloureux, c’est lorsque vous leur dites que le service est disponible, mais qu’elles ne peuvent pas se l’offrir parce qu’elles sont pauvres”.

Les quelques centres régionaux de dépistage et de traitement du cancer sont essentiellement financés par des bailleurs et une fois que les fonds du bailleur sont finis, le gouvernement s’intéresse peu aux projets.

Helen Angura est une sage-femme diplômée d’Etat formée au dépistage du cancer du col de l’utérus. L’hôpital régional de référence de Mbale, où elle travaille, n’a pas été en mesure de soigner les femmes pour qui les examens montrent les premiers symptômes qui pourraient évoluer en cancer du col de l’utérus.

Le projet de dépistage a été financé par 'Women Health initiative' (WHI – Initiative pour la santé des femmes), sous la houlette des Instituts nationaux de la santé. Il a été lancé en mai 2009 mais après une année la machine de radiothérapie de l’hôpital a cessé de marcher pas.

“Nous n’avons pas été en mesure de traiter les femmes ayant des lésions pouvant évoluer en cancer du col de l’utérus parce que le protoxyde d'azote utilisé pour faire fonctionner la machine s’est épuisé il y a quatre mois”, a déclaré Angura.

“Nous avons envoyé des lettres à l’administration de l’hôpital depuis juin et nous n’avons pas eu de leurs nouvelles. Des centaines de femmes que nous avons dépistées attendent”.

Dans un pays qui consacre moins de 10 pour cent de son budget annuel à la santé, des questions comme celles de la santé de la reproduction et spécialement les maladies comme le cancer du col de l’utérus sont le plus souvent ignorées.

L’Ouganda gère un système de soins de santé décentralisé mais le financement vient du gouvernement central.

Otim déclare que le gouvernement doit investir dans la prévention du cancer du col de l’utérus. Des vaccins qui préviennent les infections au VPH 16 et 18 sont maintenant disponibles mais peu d’Ougandaises peuvent se les offrir.

“Nous avons des vaccins très sûrs dont la capacité à prévenir le cancer du col de l’utérus a été prouvée mais l’on doit payer plus de 600.000 shillings (300 dollars) pour une dose entière”, a expliqué Otim.

Il y a seulement deux hôpitaux offrant la vaccination gratuite. Les programmes sont tous financés par 'Pathfinder International', une organisation qui vise à assurer aux gens le droit et la possibilité de vivre partout une vie saine en matière de reproduction.

Le rapport de l’OMS recommande que le gouvernement intègre les vaccins contre le VPH dans le programme national d’immunisation si le risque doit être fortement réduit. Le rapport a aussi fait appel à l’intégration de programmes de vaccination et de dépistage du cancer du col de l’utérus afin que chaque femme dépistée soit vaccinée. Il faudrait également une campagne nationale pour informer les Ougandaises ordinaires sur la maladie.

Pendant ce temps, les femmes comme Adongo, doivent attendre.