HARARE, 13 nov (IPS) – Une commission d’enquête parlementaire a commencé à compiler sur une nouvelle constitution des commentaires recueillis pendant 4.000 rencontres tenues à travers le Zimbabwe au cours des trois derniers mois.
Les activistes défendant l’égalité des sexes sont convaincus de ce que les opinions des femmes ont été exprimées; il revient aux rédacteurs qui vont finaliser la nouvelle constitution de faire en sorte qu’elles y transparaissent.
Plus de 700.000 personnes ont participé aux réunions publiques sur le projet de constitution du Zimbabwe. La création d’une nouvelle loi suprême du pays fait partie de l’accord politique global (GPA) du 15 septembre 2008, signé par le parti de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique du président Robert Mugabe et les deux formations du Mouvement pour un changement démocratique conduites par le Premier ministre Morgan Tsvangirai et Arthur Mutambara.
L’accord faisait suite à un rejet en masse d’un projet de constitution en 2000, avant les invasions brutales des fermes et la violence politique découlant de ce qui a été largement décrit comme des élections truquées – des évènements qui ont entraîné l’effondrement des structures légales et économiques du pays.
Le GPA fait une mention spéciale des femmes dans l’article IV de la constitution, notant que la loi prévue doit approfondir “les principes et les valeurs démocratiques [nationales] et la protection de l’égalité de tous les citoyens, surtout le renforcement de la citoyenneté à part entière et de l’égalité des femmes”.
Elever la voix des femmes Sylvia Chirawu, coordonnatrice nationale de l’ONG Femmes et lois en Afrique australe, déclare que son organisation a été, depuis l’année dernière, impliquée dans presque toutes les réunions des parties prenantes et qu’elle a discuté d’un certain nombre de questions que les femmes veulent voir intégrées dans la loi suprême, dont les droits socio-économiques.
“Le droit au logement, le droit à la santé, le droit à la terre, et aussi la question du droit coutumier auquel nous ne voulons plus être soumises”, déclare Chirawu.
Elle déclare que les groupes de pression, à travers la Coalition des femmes, ont élaboré la charte des femmes dans laquelle ils expriment toutes les préoccupations que les citoyennes aimeraient voir dans la constitution: “De ce point de vue, il y a une certaine forme de consensus”.
Chirawu a l’impression que certaines des questions débattues sont trop techniques pour la compréhension de la majorité des femmes. “Par exemple, comment détailler le préambule pour une femme ordinaire? Il revient maintenant aux rédacteurs de prendre en compte toutes les choses qui ont été dites et de sortir, nous espérons, un document qui reflète les vœux de tout le monde”.
La ministre de l’Intégration régionale et de la Coopération internationale – la seule femme ayant participé aux négociations entre partis, qui ont conduit au GPA – déclare qu’il y a eu en général un soutien à l’idée que les femmes avaient besoin d’être protégées par la loi suprême du pays.
Bien que les consultations publiques en cours soient restées un processus conduit politiquement, déclare Priscilla Misihairabwi-Mushonga, les groupes politiques ont été en mesure de transmettre les sentiments communs des membres féminins de la société.
“A en juger par les rapports qui viennent [des différentes régions du pays], les principales préoccupations des femmes ont été retenues dans le projet de document prévu”, a-t-elle déclaré à IPS.
Distractions Cependant, Misihairabwi-Mushonga accuse les divers groupes de pression des femmes du pays de ne pas présenter un message commun: “Ils ont passé trop de temps à essayer de lutter pour la reconnaissance, comme les parties politiques, au lieu d’éduquer les communautés sur ce qui se passe et de saisir les opinions publiques sur le processus”.
Mais Jenni Williams, chef de 'Women of Zimbabwe Arise' (WOZA – Femmes du Zimbabwe, debout!), déclare que son organisation a conduit “beaucoup de programmes parallèles” pour sensibiliser les femmes sur l’exercice en cours et sur la nécessité pour elles d’y participer.
Un rapport de septembre de la Commission d’enquête parlementaire sur la constitution (COPAC), dit que les femmes étaient légèrement plus nombreuses que les hommes lors de ses réunions de sensibilisation qui ont commencé le 23 juin.
Mais dans les rues de Harare, certains membres du public semblaient désintéressés de tout le processus, le considérant comme une question pour les politiciens.
“J’espère qu’ils s’en sortent sans la violence que nous avons connue pendant le referendum [de 2000]”, a déclaré Eniah Benyura, originaire du district de Zvishavane au sud. “Plusieurs personnes innocentes ont été tuées à cette époque. Ce qu’ils proposeront ne nous gênera pas tant que ça aide le pays à retourner à la normale”.

