ZIMBABWE: Incertitude par rapport à la place des femmes dans la police

HARARE, 13 nov (IPS) – Les femmes continuent de s’engager dans la Police de la République du Zimbabwe (ZRP), malgré les diverses réactions, à leur présence dans l'application des lois, et les allégations de sévices de la part des collègues policiers.

L'inspecteur de police à la retraite, Pedzisai Shumba, exprime un point de vue largement répandu sur les rôles que les femmes peuvent jouer au sein de la police.

“Elles s’occupent du travail de bureau au niveau des barrages routiers pendant que les hommes font les perquisitions et elles sont souvent utilisées pour piéger les criminels dangereux et de haut niveau”, dit-il.

“Les femmes enquêtent également sur le viol mieux que les hommes, et les victimes de ces traumatismes sont plus à l’aise à parler aux policières qu’aux policiers”, explique-t-il.

Selby Hwacha, un célèbre avocat des droits humains, affirme que le travail de policier est non seulement physique, mais implique également des fonctions intellectuelles. “Je ne trouverais pas d’inconvénient à ce que ma fille s’engage dans cette force si elle la choisit comme carrière”.

Il déclare que les femmes au sein de la police sont particulièrement importantes en ce moment au Zimbabwe – “une nation traumatisée” – parce qu'elles sont mieux placées pour traiter des cas de violences conjugales, de viol et d'autres maux sociaux.

C’est un métier Selon le porte-parole de la ZRP, le commissaire adjoint, Wayne Bvudzijena, la ZRP ne “classe pas ses agents selon le sexe”. Ils sont formés ensemble, exercent les fonctions ensemble et sont promus sur mérite.

Les policières occupent des postes supérieurs au sein de la ZRP, dirigent les districts et provinces; et deux des cinq commissaires adjoints à la direction nationale sont des femmes, souligne Bvudzijena.

Cette force, composée de 30.000 agents en 2005, envisage d'accroître son effectif à 50.000, mais sans aucun effort délibéré pour recruter un nombre précis de femmes.

Chaque année, beaucoup de jeunes filles figurent parmi les nombreux jeunes qui abandonnent l'école en quête d’un emploi au sein de la ZRP.

“Je voulais être une enseignante, mais mes parents étaient incapables de payer les frais. Une ancienne camarade d’école m’a persuadée de la rejoindre dans la police, affirmant que la formation était gratuite et courte”, se souvient Constable Ernet Mudzori, 23 ans.

Selon Bvudzijena, les recrues, hommes et femmes confondus, s’engagent dans la police aujourd'hui en désespoir de cause, non pas par passion comme dans le passé.

“Ils veulent tout simplement quelque chose qui puisse les occuper [dans les difficultés économiques actuelles]”.

Mudzori affirme qu'elle a fini par aimer le travail après la formation. Elle avait également la chance d'avoir été affectée au service administratif de l'Unité de protection de la police, assurant la sécurité des fonctionnaires d'Etat comme les juges, les gouverneurs et les ministres.

Des allégations de sévices Tout n’est pas 'rose' pour la plupart des policières: la plupart sortent de leur formation avec des souvenirs qu'elles préfèrent garder pour elles-mêmes.

L’inspecteur à la retraite, Shumba, déclare: “Certaines de ces enfants subissent d'abord des sévices avant d'obtenir des emplois… L’année dernière, au [Centre de formation de la police] de Morris, deux instructeurs ont été licenciés pour cela”.

Shumba affirme que les règles de recrutement ont été “gravement compromises, principalement par les politiciens”.

“Ils se relayent sur les filles désespérées avant de les envoyer aux policiers supérieurs, qui les exploitent également jusqu'à la fin de la formation…

“Sur le terrain, il y a davantage de violations et les femmes finissent par s’y habituer”, affirme Shumba. “Je n’encouragerais pas ma fille à entrer dans la police… Je sais ce qui se passe parce que j'ai fait là-bas”.

Bvudzijena, le porte-parole de la police, réfute les allégations de Shumba faisant état de mauvais traitements des policières au cours du recrutement, de la formation et dans les commissariats.

Concernant l'affirmation selon laquelle deux instructeurs ont été licenciés pour des sévices en 2009, il a indiqué: “Celle-ci restera une allégation. Il n'existe pas de tels incidents”.

Tant qu'il n'y aura pas d'ingérence politique au sein de la police, déclare l’inspecteur adjoint à la retraite, Mugove Chipashu, les femmes demeureront une partie intégrante du système.

Il affirme qu’au sein de la police, tout comme dans toute main-d'œuvre impliquant des milliers d'employés, il y aura toujours de mauvais éléments dont il faut “faire face de façon décisive”.

Le Zimbabwe a lancé l’année dernière le Réseau des femmes de la ZRP pour améliorer la coopération, la coordination, le partage des meilleures pratiques, l'expertise, les compétences, les défis et les solutions sur les questions de genre au sein de la police.